Les anciennes stations météo construites après la Deuxième Guerre mondiale, puis abandonnées sont nombreuses en Arctique. Mais celle de l'île Padloping est unique : elle pourrait regorger de secrets sur la naissance de la Terre.

Un texte de Marie-Laure Josselin, à bord du CanadaC3

L’histoire de l’île Padloping remonte à bien plus longtemps. C’était d’abord une communauté inuite. Puis, en 1941, le capitaine Elliott Roosevelt de la United States Air Force effectue une reconnaissance aérienne et détermine que la pointe de l’île ferait une bonne base d’atterrissage. Et une bonne station météorologique : Crystal III (les deux autres sont Iqaluit et Kuujjuaq).

La station fut exploitée par les Américains puis par le ministère des Transports du Canada jusqu’à son abandon, en 1956. « Et quand ils ont quitté, ils ont tout laissé leurs déchets sur place », explique Geoff Green, le chef de l’expédition CanadaC3, en montrant l’île du bout du doigt : bâtiments à l’abandon, sols contaminés, huiles usées, matières dangereuses.

Dans les années 50, en plein milieu de la guerre froide, de nombreux laboratoires et stations météo ont été construits dans l’Arctique canadien pour surveiller le Nord. En tout, 63 stations ont été construites, à environ 300 kilomètres du cercle polaire, dont 42 au Canada. En 1963, à cause des avancées technologiques, 21 sites ont été abandonnés.

« Mais maintenant, le nettoyage a commencé et ça coûte des millions et des millions de dollars », poursuit Geoff Green, à l’avant du Polar Prince, le brise-glace qui permet de se faufiler entre les glaces le long de l’île Padloping, entouré par des fulmars qui virevoltent.

En 2012, la compagnie Englobe a remporté le contrat de réhabilitation environnementale de l’ancienne station météorologique, mais aussi la réhabilitation d’une ancienne station radar. Son mandat, entre autres, comprend la démolition des bâtiments, l’excavation de sol contaminé, des débris enfouis, la gestion de matières dangereuses (BPC, amiante, plomb), le traitement biologique de sol contaminé aux hydrocarbures et le rapatriement de tous les débris et sols contaminés non traitables dans le sud pour l’élimination finale.

« Il y a des secrets de la Terre qui sont préservés à Padloping », lance Jason Carpenter, le coordonnateur du programme technologique environnemental du Collège Arctique du Nunavut. En 2016, des chercheurs, dont la chercheuse principale Hanika Rizo de l’UQAM, ont publié une étude dans la revue Science sur la découverte de traces de la naissance de la Terre.

Les roches volcaniques de l’île Padloping contiennent des quantités anormalement élevées de tungstène-182, ce qui indique qu'elles proviennent de parties très anciennes du manteau terrestre. Alors habituée à étudier les roches anciennes pour trouver des anciennes informations, elle a décidé d’aller étudier des roches plus jeunes, mais y a trouvé de vieilles informations à l'intérieur.

En fait, les trappes de l'île Padloping se sont formées lors d'éruptions volcaniques qui ont eu lieu il y a 60 millions d'années, des roches modernes si on compare aux 4,5 milliards d'années d'histoire de la Terre. « C’est comme quand tu fais des cookies et que tu mélanges tous les ingrédients. À un moment, tu trouves une boule de sucre et tu te demandes pourquoi elle n’a pas été mélangée. C’est ce qui est arrivé », vulgarise Jason Carpenter. C'est là-dessus que travaillent les chercheurs.

Quant aux habitants de l'île Padloping, ils ont été relocalisés quelques années plus tard, car le gouvernement a transféré ses services à Qikiqtarjuaq... et les habitants ont suivi.

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