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Les troupes de Bachar Al-Assad reprennent le nord-est d'Alep

La bataille pour le contrôle d'Alep, capitale économique de la Syrie, tourne nettement à l'avantage du régime, qui a reconquis ces dernières heures tout le nord-est de la ville, soit environ le tiers du territoire contrôlé par les rebelles, rapporte l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).

Désormais confinés aux quartiers du centre et du sud-est d’Alep-Est, où ils demeurent encerclés par les forces du régime, les insurgés essuient ainsi « leur plus grand revers depuis 2012 », affirme Rami Abdel Rahmane, directeur de l’OSDH.

L’organisation, qui s’appuie sur un réseau d’informateurs en Syrie, soutient en outre que 10 000 personnes ont fui les combats ce week-end, dont 6000 qui ont trouvé refuge dans une petite enclave contrôlée par les Kurdes, dans le nord de la ville. D’autres ont fui vers les zones gouvernementales.

« C’est le premier exode de ce genre à Alep-Est », contrôlé par les rebelles depuis plus de quatre ans, a commenté M. Abdel Rahmane. Il y a quelques semaines à peine, des corridors avaient été ouverts pour permettre aux résidents de quitter la ville, mais en vain : presque personne n’était parti.

Selon des estimations, quelque 250 000 personnes sont toujours retranchées dans les secteurs d’Alep-Est contrôlés par les rebelles, où les conditions de vie sont devenues particulièrement précaires depuis que le régime a réussi à les encercler en juillet.

Les résistants manquent de vivres et de médicaments, et les soins médicaux se sont réduits comme une peau de chagrin, les hôpitaux du secteur ayant été régulièrement bombardés.

La chute du nord-est d’Alep est annoncée moins de deux semaines après que le régime eut lancé une nouvelle offensive terrestre et aérienne, le 15 novembre. Plusieurs témoignages ont fait état de bombardements d’une intensité sans précédent.

Selon l’OSDH, cette offensive s’est soldée jusqu’ici par 225 morts parmi les civils d’Alep-Est, dont 27 enfants. Les rebelles, qui ont tenté de briser le siège il y a quelques jours, ont également fait 27 victimes avec des tirs sur les zones gouvernementales dans l’ouest de la ville.

La progression des forces du régime s’est accélérée en fin de semaine avec la prise des quartiers de Massaken Hanano, de Djabal Badro et d’Holok. Selon l’OSDH et les médias d’État syrien, l’armée s’est ainsi ouvert une voie pour prendre le contrôle lundi des quartiers de Sakhour, Haydariyé et Cheikh Khodr.

L'objectif est d'isoler les quartiers rebelles les uns des autres avant « de les capturer », a expliqué le quotidien Al-Watan, proche du pouvoir. Les « hommes armés devront alors se rendre... ou accepter la réconciliation nationale selon les termes fixés par l'État syrien ».

Une déroute qui profite aussi aux kurdes

Toujours selon l’OSDH, les forces kurdes ont profité de la déroute des rebelles pour prendre le contrôle du Cheikh Fares. Les Kurdes, qui contrôlent une vaste zone dans le nord de la Syrie, ne sont théoriquement alliés ni de Damas ni des rebelles, mais ces derniers les accusent de coopérer avec le régime.

Un responsable rebelle interrogé par Reuters dément que le quartier stratégique de Sakhour soit tombé au cours des dernières heures, tandis qu’un autre soutient que la situation reste nébuleuse.

En entrevue avec l’AFP, un responsable du groupe rebelle Noureddine al-Zinki, un des principaux d'Alep, ne cache toutefois pas que les insurgés sont poussés dans leurs derniers retranchements.

La lutte est devenue trop déséquilibrée, car « nous affrontons l'Iran et la Russie [...] des milices venues du monde entier », déplore Yasser al-Youssef. « L'aviation détruit tout méthodiquement, zone par zone », ajoute-t-il, alors que les rebelles ne disposent d’aucune arme antiaérienne.

La prise d'Alep par le régime « serait un tournant » dans la guerre qui dévaste la Syrie depuis cinq ans et demi, estime Fabrice Balanche, expert de la Syrie au Washington Institute, car elle montrerait que « l'opposition est incapable d'avoir un succès majeur sur le plan militaire » et de se poser comme « alternative » face à Damas.

Il s'agirait également d'un échec pour tous ceux qui les ont appuyés, dont les pays occidentaux, États-Unis en tête, mais aussi l'Arabie Saoudite, le Qatar et la Turquie, qui les ont soutenus de différentes façons.

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