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Liberté de presse : pourquoi s’en préoccuper?

Dure semaine pour la liberté de presse au Québec. Huit journalistes, dont trois de Radio-Canada, ont été espionnés par le Service de police de la Ville de Montréal ou la Sûreté du Québec.

Un texte de Mathieu Dion correspondant parlementaire à Québec

« Le travail des journalistes, c'est un rouage de la démocratie », a rappelé le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, après l'annonce de la création d'une commission d'enquête publique, jeudi, pour faire la lumière sur cette affaire.

Le premier ministre Philippe Couillard avait aussi insisté sur l'importance de la liberté de la presse en milieu de semaine.

En effet, et encore en 2016, 54 journalistes ont été tués dans le monde en raison d'activités liées à leur travail, selon Reporters sans frontières. De plus, 170 autres ont été emprisonnés.

Recul de la liberté de presse au Canada

La liberté de presse, inscrite dans la Charte canadienne des droits et libertés, est un véritable baromètre de la démocratie, selon Thierry Watine, professeur de journalisme à l'Université Laval. « Aujourd'hui, on se rend compte qu'il y a des vulnérabilités des médias et des journalistes [au Québec], observe-t-il. Avec les moyens techniques qui sont les nôtres, on se rend compte que la surveillance devient de plus en plus facile. »

Le Canada se trouve maintenant au 18e rang du classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières, une baisse de 10 points par rapport à 2015. L'organisme international attribue ce recul à la limite d'accès au gouvernement fédéral qu'avait imposé l'ancien premier ministre canadien, Stephen Harper, et aux craintes liées à la Loi antiterroriste.

Pourquoi les sources acceptent-elles de parler?

Au cœur de la controverse soulevée cette semaine figure la protection des sources journalistiques, bien souvent essentielles aux sujets sensibles.

Selon les Normes et pratiques de Radio-Canada, une source prend une tout autre dimension lorsque l'information est transmise sous le couvert de l'anonymat ou sous le sceau de la confidentialité.

Dans un contexte où ces sources craignent d'être compromises, elles auront moins tendance à se confier aux journalistes.

La clé demeure néanmoins pour ces sources qu'elles soient protégées. « Comment fait-on pour rassurer une source qui veut parler, qui veut donner de l'information? Lui garantir l'anonymat, affirme M. Watine. Et pour garantir l'anonymat total, c'est de ne pas utiliser le téléphone, ni les médias sociaux. »

Il invite donc les journalistes à revenir à la bonne vieille méthode, qui est de rencontrer ses sources en personne.

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