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Lino Zambito accuse l’UPAC d’avoir orchestré elle-même des fuites

L'ancien entrepreneur Lino Zambito a durement critiqué la direction de l'Unité permanente anticorruption (UPAC), dimanche, en conférence de presse, l'accusant même d'avoir orchestré les fuites d'informations dans les médias dont elle le suspecte.

Un texte de Yannick Donahue

M. Zambito lui refusera sa collaboration tant et aussi longtemps que d’importants changements ne seront pas apportés, a-t-il dit.

Il n'accepte pas de figurer parmi les personnes soupçonnées d'être responsables de fuites d'informations sur des enquêtes en cours.

Il se questionne sur les façons de faire de l’UPAC, visant directement le commissaire Robert Lafrenière, et lui reproche notamment d’enquêter sur les témoins qui acceptent de collaborer avec ses enquêteurs et, ce faisant, de nuire à l’avancement de ses propres enquêtes.

Réputation ternie

Les médias ont eu accès jeudi à des documents décaviardés qui révélaient que l’UPAC mène depuis l’an dernier une chasse aux sources journalistiques, son enquête couvrant une période de deux ans.

Selon ces documents, les policiers soupçonnent quatre personnes d’être à l’origine de fuites d’information aux journalistes, soit Lino Zambito, l'ex-policier Richard Despaties, le policier Stéphane Bonhomme et le député libéral Guy Ouellette. Ces quatre personnes ont toutes nié avoir divulgué de l’information aux médias.

Lino Zambito a assuré dimanche ne pas les fréquenter.

« Richard Despaties, je ne le connais pas. Je ne l’ai jamais rencontré. […] Stéphane Bonhomme, je ne le connais pas non plus. Et puis encore là, l’UPAC a mes relevés téléphoniques, qu’ils aillent voir si jamais il y a eu une communication quelconque entre nous. Je peux vous garantir qu’ils n’en trouveront pas », a dit M. Zambito, qui avait plaidé coupable à plusieurs accusations de fraude, de complot et de corruption en 2015.

À ce jour, aucune accusation n’a été portée dans ce dossier. Les allégations contenues dans l’affidavit de la police n’ont pas été testées en cour.

Pas le suspect recherché

De plus, l'ex-témoin vedette de la commission Charbonneau a affirmé ne pas être l’auteur de la fuite des documents concernant l'enquête Mâchurer. Il a dit ne pas avoir accès aux dossiers d'enquête.

« Je veux que ça soit clair pour tout le monde et pour la population du Québec: Lino Zambito n’est pas le suspect que l’UPAC recherche dans la fuite des documents dans les médias, a-t-il assuré. Je n’ai rien à voir là-dedans. J’ai des enquêteurs qui me donnent de l’information. On discute. Je discute avec des médias. À aucun moment, je n’ai eu un document de Mâchurer dans mes mains. »

Selon lui, la fuite proviendrait de l’UPAC elle-même.

Personne n’a encore été accusé dans l’enquête sur les fuites, et les policiers liés à l’UPAC qui sont soupçonnés nient y avoir participé.

M. Zambito a également soulevé la question de la transparence dans le domaine des enquêtes.

« Il faut arrêter que l’UPAC – vous allez peut-être me trouver dur – que "la clique à Lafrenière" enquête sur les flics, sur les fuites dans les médias. Moi, je peux vous dire qu’on ne peut pas enquêter sur soi-même », a dit M. Zambito.

L'enquête Mâchurer vise l'ancien premier ministre Jean Charest de même que Marc Bibeau, un important collecteur de fonds du Parti libéral du Québec. Personne n'a cependant fait l'objet d'accusations.

Enquête indépendante

Par ailleurs, Lino Zambito a réclamé une enquête indépendante au sujet de l'UPAC. Il a suggéré au ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, de la confier au Bureau des enquêtes indépendantes ou à l'avocat Michel Bouchard, qui a écrit un rapport sur la division des Affaires internes du Service de police de la Ville de Montréal.

« On a un problème – on le voit à travers vos reportages – que les enquêteurs quittent l’UPAC, l’atmosphère n’est pas bonne, les enquêtes n’aboutissent pas, on a des fuites, donc à partir de là, je demande au ministre Coiteux d’agir. […] Il faut sortir l’enquête des fuites des médias. II faut l’enlever des mains de la haute direction de l’UPAC », a déclaré M. Zambito.

Il a aussi fortement insisté sur le bris de confiance qui existe avec la haute direction de l’UPAC. Il accuse même le commissaire de mentir à la population du Québec.

« La confiance n’est plus, on n’a plus confiance les gens qui collaborent et les gens qui sont sur le terrain avec M. Lafrenière et sa clique », a-t-il déclaré, réclamant qu’un ménage soit effectué à la tête de l’UPAC.

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