BILLET - Relisez le titre à haute voix.

Un texte de Guy D'Aoust

Encore.

Bon. On peut commencer.

Vous avez maintenant une idée des tours pendables dont Lionel Duval faisait l'objet lorsqu'il lisait les bulletins sportifs de fin de soirée à Radio-Canada dans les années 1980.

L'équipe du bulletin, pour rigoler, ajoutait souvent, à l'insu de Lionel, un texte de fin de bulletin, sans illustration; un texte portant sur un obscur tour cycliste ou un tournoi de lutte gréco-romaine.

L'événement n'existait même pas! Les téléspectateurs l'ignoraient. Lionel aussi.

Et les rédacteurs parsemaient leur texte-piège de noms imprononçables pour lesquels ils ne gaspillaient surtout pas les voyelles.

Lionel découvrait le texte en direct, sans télésouffleur, écrit en petits caractères mal imprimés. Et il se faisait un devoir de lire le nom du pseudo vainqueur Borthldhanedyshk qui, pour l'anecdote, avait devancé le Hongrois Sprthuhtz et le Yéménite Hashimite Mutawakilite, ce dernier ayant chuté dans la pente de Naypyidaw.

Le bulletin s'achevait et Lionel retrouvait les collègues, pliés de rire... mais secrètement impressionnés qu'il ait réussi à lire tout ça. Et on recommençait deux mois plus tard en retranchant deux voyelles.

C'est un homme profondément attachant qui s'en est allé, vendredi. Lionel Duval (1933-2016) a semé des sourires partout où il est passé. Ce sont ces sourires qu'on a le plus souvent évoqués pour lui rendre hommage et souligner sa disparition.

Lionel Duval est inconnu de la plupart des amateurs de sport de moins de 40 ans. Sachez, jeunes impies, qu'il a été un brillant annonceur, un excellent descripteur, un pionnier en matière d'entrevues sportives et un ami pour ceux qui l'ont côtoyé.

À une époque où René Lecavalier et Richard Garneau étaient les Wayne Gretzky et Mario Lemieux de la télévision sportive, Lionel était un modeste Joe Sakic, un humble Mike Bossy. Brillant, mais toujours dans l'ombre des deux premiers.

On respecte René Lecavalier, on affectionne Richard Garneau. Mais les sourires? Les sourires, c'est pour Lionel, qui avait même accepté d'être le « Linel » de Claude Meunier.

Un grand monsieur nous a quittés. Il arrive qu'on chante aux funérailles. À celles de Lionel, on sourira.

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