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Lise Bissonnette quitte le conseil d’administration de l’UQAM

Excédée par les inégalités « flagrantes » qui persistent entre les universités à charte et les établissements du réseau de l'Université du Québec, la présidente du conseil d'administration de l'UQAM a remis sa démission mardi soir. Mais Québec nie qu'il y ait une telle iniquité.

Dans la lettre publiée dans Le Devoir qui explique les raisons de son départ, Lise Bissonnette affirme d’entrée de jeu quitter ses fonctions pour « retrouver sa liberté de parole » et dénoncer publiquement le traitement injuste que reçoit, selon elle, l’Université du Québec de la part des gouvernements.

Assurant que ni ses collègues ni ses interlocuteurs ne l’ont jamais empêchée de s’exprimer, elle estime que sa position de présidente du conseil d’administration de l’UQAM lui imposait une certaine retenue, dont elle se libère aujourd'hui.

Alors que l’UQAM s’apprête à célébrer ses 50 ans d’existence l’an prochain, Mme Bissonnette écrit qu’elle anticipait cet événement avec un certain ressentiment face à la situation injuste dont pâtit l’Université du Québec à Montréal, fondée en 1969 pour rendre les études universitaires accessibles aux francophones des classes moins fortunées.

Saluant les nombreuses réussites de l’UQAM en termes d’enseignement, de recherche et de création, Lise Bissonnette se dit particulièrement fière de l’aptitude de son université « à vouloir refaire le monde en s’imposant d’abord de le repenser » en dépit du manque de soutien, voir du « mépris » des pouvoirs publics à son égard.

Au fil des décennies, le réseau public de l’Université du Québec, qui aurait dû fleurir, voire s’imposer chez nous, selon elle, n’a jamais reçu un traitement égal à celui des universités à charte, qui sont largement financées par l’État elles aussi, rappelle Lise Bissonnette.

Trois fois plus d'argent public aux « universités privées »

Mme Bissonnette évoque à ce chapitre le Plan québécois des infrastructures 2017-2027 (PQI) où les huit universités que Québec considère comme « privées » se partageront plus de 3 milliards de dollars, alors que les 10 établissements de l’Université du Québec n’auront droit qu’à 850 millions de dollars.

En entrevue à Radio-Canada, la ministre responsable de l'Enseignement supérieur, Hélène David, soutient que le réseau de l'UQ n'est en aucune façon défavorisé par le gouvernement.

« J'ai très à coeur autant l'UQAM que le réseau de l'UQ », assure-t-elle.

« Alors effectivement, si on est dans une université plus jeune, comme le réseau de l'UQ peut l'être, il y a moins de vétusté », insiste Mme David qui souligne aussi qu'il est évident qu'un établissement où moins d'étudiants sont inscrits recevra moins d'argent.

Même situation au fédéral

La situation n’est guère mieux en ce qui a trait au financement fédéral, estime Lise Bissonnette dans sa lettre.

Dans son Fonds d’investissement stratégique canadien (FIS) lancé en 2016, le gouvernement Trudeau proposait de généreuses subventions pour le développement des infrastructures, notamment dans le domaine de l’enseignement supérieur.

« Le tri des projets relevait du gouvernement du Québec, dont la contribution était également requise […] À Montréal, en excluant les collèges, la somme disponible a atteint plus de 380 millions pour les universités, relate Lise Bissonnette.

Indifférence générale

Qui plus est, cette situation n’a soulevé aucune critique dans les rangs des partis d’opposition à l’Assemblée nationale, écrit Mme Bissonnette. « La cordiale complicité entre gouvernements successifs est constante », souligne-t-elle.

La planification, avec des fonds publics, de la construction d’un pavillon de HEC Montréal au centre-ville à « proximité concurrentielle » de l’École des sciences de la gestion de l’UQAM est également une situation que dénonce Lise Bissonnette, qui rappelle que ce projet a reçu 94 millions de dollars de fonds publics « au moment où tout le secteur public était mis au régime sec ».

En termes de règles de gouvernance, les établissements de l’Université du Québec sont enfermés dans « des carcans absurdes imposés aux seules universités de l’UQ ».

Alors que les universités à charte sont libres de payer les membres de leur direction comme elles l’entendent, les universités de l’UQ sont, elles, soumises aux grilles de la fonction publique, nettement moins avantageuses.

La ministre David concède que les directions des deux types d'universités ne sont pas rémunérées de la même manière : « Je suis très consciente qu'il y a une différence [...] Je lui donne raison. »

Mme David n'est cependant pas prête à préciser à ce moment-ci de quelle façon elle compte agir.

Par ailleurs, les universités à charte sont exemptées de la vérification financière qui est imposée à tous les établissements de l’Université du Québec, et rien n'indique une quelconque volonté de Québec de remédier à cette situation, rappelle l’ex-présidente du conseil d’administration de l’UQAM.

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