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Lisée plaide l'urgence d'avoir des règles claires sur la laïcité et l'immigration

Le chef du PQ, Jean-François Lisée, a présenté sa politique en matière de laïcité, de francisation, d'immigration et d'intégration. Fruit d'un consensus au sein du caucus péquiste, cette politique sera plus tard présentée au congrès du parti, en 2017, afin d'y être débattue et adoptée.

Après moult déchirements lors de la course à la direction du parti, le caucus péquiste a enfin une position unifiée sur les questions délicates de l’identité, de l'immigration et du port de signes religieux par les employés de l’État.

Son approche en la matière a été révélée par Jean-François Lisée en conférence de presse, qui a plaidé d'entrée de jeu pour la mise en place de règles claires dans tous ces domaines.

Le chef du PQ reporte à plus tard le débat sur l’interdiction du voile intégral (burqa et niqab) dans l’espace public. Cependant, le PQ entend interdire aux employés de l'État de porter le tchador, ce voile qui recouvre la tête et le corps.

De plus, le PQ interdirait non seulement aux juges, gardiens de prison et policiers, mais également aux enseignants et aux éducatrices en garderie d'afficher leurs convictions, notamment religieuses. Cette mesure serait cependant appliquée graduellement, les salariés actuels préservant leurs droits acquis.

L'État établira aussi des « balises claires » pour les institutions scolaires qui doivent répondre à des demandes d'accommodement.

Les fonctionnaires devront offrir leurs services à visage découvert; les citoyens devront aussi avoir le visage découvert pour demander un service de l'État, sauf pour « motif de santé et de sécurité impératif et avéré ».

Les priorités du caucus péquiste, élaborées dans un document intitulé « Identité : une approche résolue, équilibrée et responsable », sont, dit-on, destinées à favoriser « l’intégration réussie des Québécois d’adoption ».

Fixer le principe de la laïcité de l'État

Advenant qu’il prenne le pouvoir, le PQ envisage de légiférer en février 2019 pour baliser, dans la Charte des droits et libertés de la personne, les paramètres qui encadrent les accommodements religieux. Il s'agira notamment de s'assurer d'interdire tout accommodement qui contrevient à l'égalité entre les hommes et les femmes.

Le caucus du PQ entend inscrire le principe de la laïcité de l’État dans la Charte des droits.

Le chef du PQ reconnaît que les positions du caucus relativement à la laïcité se rapprochent des siennes. « Comme j'ai gagné la course [à la direction du parti], il est un peu normal que mes idées soient assez largement partagées », a-t-il ironisé.

« Francisation 100 % »

M. Lisée entend améliorer les services de francisation et d’intégration des immigrants pour atteindre « l'objectif de francisation 100 % ».

Cela veut dire que les travailleurs qualifiés qui voudront venir au Québec devront démontrer une connaissance intermédiaire ou avancée du français pour obtenir leur certificat de sélection. C'est une clause éliminatoire.

Jean-François Lisée

Pour aider les travailleurs étrangers désireux de s'établir dans la province, le PQ veut :

- qu'un lien plus efficace soit créé entre les services de l'immigration et ceux de l'emploi;

- que le délai de délivrance d'une évaluation des diplômes soit réduit à quelques jours;

- qu'une aide financière remboursable soit offerte à ceux qui doivent obtenir de la formation ou faire un stage;

- que des ententes de reconnaissance réciproque des compétences professionnelles soient conclues avec la Tunisie, le Maroc et l'Algérie.

« Le chiffre de l'échec »

Le PQ prévoit aussi dépolitiser le processus de détermination des seuils d’immigration en confiant à la vérificatrice générale du Québec la tâche de faire des recommandations au gouvernement. La vérificatrice serait assistée dans son travail par des experts en démographie, en emploi et en intégration.

Jean-François Lisée dit continuer de penser qu'accueillir 50 000 immigrants par année au Québec, « c'est le chiffre de l'échec ». Le chef du PQ estime qu'il faut trouver « un nombre dont on peut raisonnablement assurer le succès ».

La CAQ et sa publicité « mensongère »

Le chef du PQ a par ailleurs réagi avec virulence à la publicité que fait circuler la Coalition avenir Québec (CAQ), dans laquelle on voit un montage photographique illustrant une femme vêtue d'un tchador, aux côtés des portraits du premier ministre Philippe Couillard et du chef péquiste Jean-François Lisée.

Le chef du PQ qualifie sans ambages cette publicité de « mensongère ». « Je ne me souviens pas d'un moment où on était favorable au tchador », affirme M. Lisée au sujet des positions passées du PQ.

Jusqu'ici, au Québec, « on avait échappé au mensonge » et à ce genre de publicité « à l'américaine », dit encore Jean-François Lisée, qui estime que la CAQ recourt ainsi à la « démagogie ».

De l'avis du chef péquiste, les Québécois n'auront pas envie de confier le poste de premier ministre au chef de la CAQ, François Legault, et réagiront à cette publicité en disant : « Ouache! Ce n'est pas ça qu'on veut ».

Enfin, M. Lisée avance l'hypothèse que les troupes de François Legault optent pour ce genre de publicité parce qu'« on sait que ça va mal [ pour la CAQ ] dans Arthabaska et Saint-Jérôme ». Le chef du PQ fait ainsi allusion aux élections partielles qui se tiendront dans quatre circonscriptions le 5 décembre prochain.

« Ça va super bien pour la CAQ » - Nathalie Roy

La députée de Montarville pour la CAQ, Nathalie Roy, rétorque qu'au contraire, « ça va super bien pour la CAQ » dans les circonscriptions visées par des élections partielles. En entrevue sur ICI RDI, jeudi, Mme Roy a aussi défendu la publicité décriée par le PQ, une publicité qui dit la vérité, selon elle.

En effet, explique la députée, M. Lisée a voté en faveur du projet de loi 62 sur le respect de la neutralité religieuse de l’État. Or, explique-t-elle, « Jean-françois Lisée sait très bien que ce projet de loi va permettre le port du tchador aux enseignants, par exemple ».

En conférence de presse jeudi, le chef du PQ avait expliqué qu'aux yeux de sa formation politique, le projet de loi 62 représentait « un pas en avant ». Il a aussi rappelé que le PQ souhaitait amender ce projet de loi. Le gouvernement de Philippe Couillard avait toutefois rejeté d'emblée les huit amendements suggérés par le PQ.

Mais qu'à cela ne tienne, pour Nathalie Roy, le chef du PQ « change d'idée comme il change de chemise » et son parti « devient timide sur la question identitaire, peut-être pour plaire à Alexandre Cloutier [du PQ], à Manon Massé ou à Françoise David [toutes deux de Québec solidaire].

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