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Logan, symbole de l’Amérique du désespoir et de la colère

Le 8 novembre, la classe ouvrière blanche en colère aux États-Unis s'apprête à voter fortement pour le candidat républicain Donald Trump. Le ressentiment de cet électorat face à l'élite démocrate et à l'« establishment » politique à Washington trouve une excellente illustration en Virginie-Occidentale, un État qui a subi un important déclin économique en raison de la fermeture de nombreuses mines de charbon.

Un texte de Frank Desoer à Désautels le dimanche

Le comté de Logan, au sud de la Virginie-Occidentale, est une région montagneuse essentiellement constituée de villages ruraux et miniers qui ont prospéré autrefois grâce à l'exploitation du charbon.

À l'époque faste, au début des années 50, le comté de Logan comptait près de 80 000 habitants. Il n'en reste plus aujourd'hui que la moitié.

Visite d'une communauté minière emblématique

Logan, avec ses 1700 habitants, est l'une des villes aux États-Unis ayant voté le plus massivement pour Donald Trump lors des primaires républicaines : plus de 90 % d'appuis.

Dans l'ensemble, la Virginie-Occidentale est un bastion républicain où le candidat républicain jouit, selon les dernières estimations, d'une avance confortable d'une dizaine de points sur son adversaire démocrate Hillary Clinton.

Cet appui important pour Donald Trump s'explique en grande partie par le déclin économique dans ce comté.

La ville de Logan est devenue aujourd'hui presque une ville fantôme, où le chômage a fait des ravages en raison de la fermeture des mines de charbon.

Beaucoup de maisons à Logan ont été détruites ou abandonnées depuis des lustres. Dans certains cas, elles sont devenues des refuges pour les toxicomanes, qui sont légion dans le secteur.

Patti Miller a toujours vécu à Logan et ne reconnaît plus sa ville aujourd'hui.

Richard Ojeda, originaire de Logan, a passé 24 ans dans l'armée et a combattu notamment en Afghanistan et en Irak. Il est aujourd'hui candidat démocrate au Sénat de Virginie-Occidentale et se donne pour mission de remettre sur pied sa communauté.

Une catastrophe environnementale et économique

Le directeur du West Virginia Center on Budget and Policy, Ted Boettner, explique que le déclin de l'industrie du charbon est dû notamment à l'épuisement des gisements locaux et à la concurrence très forte du gaz naturel.

L'exploitation des mines de charbon a eu des conséquences dramatiques sur l'environnement. Pour accéder plus facilement au minerai, on a recours à la technique du MTR (Mountain Top Removal). Grâce à de puissants explosifs, on décapite le sommet des montagnes pour parvenir à extraire le charbon.

La directrice sortante de l'Ohio Valley Environmental Coalition, Janet Keating, estime que l'impact de l'exploitation des mines de charbon sur la santé et l'environnement est une « honte nationale » et que la Virginie-Occidentale doit lui tourner le dos pour assurer son avenir.

Mais pour de nombreux citoyens de Virginie-Occidentale, les réglementations environnementales imposées par l'administration Obama constituent la raison principale du déclin du charbon et de la perte d'emplois qui en a résulté. L'élection d'Hillary Clinton à la présidence, à leurs yeux, ne ferait qu'aggraver la situation. À Logan, le maire a même décrété qu'Hillary Clinton était désormais persona non grata dans sa ville.

Rick Abraham, entrepreneur dans le secteur minier à Logan, juge que tout ce qu'Hillary Clinton promet à la Virginie-Occidentale, « c'est de l'aide sociale déguisée. »

Kenny Jefferie, retraité, a passé plus de 40 ans dans la mine. « Obama est en train de tuer ce pays. Si Hillary poursuit son œuvre, ce sera terrible! [...] Sans aide de Washington, beaucoup de mes amis vont perdre tous leurs avantages sociaux. »

Beaucoup de jeunes gens ont quitté la région de Logan faute d'emploi et surtout faute d'espoir. Sabrina Shrader, jeune trentenaire, a décidé de rester et de travailler à faire revivre sa communauté. Elle est candidate démocrate à la Chambre des représentants de Virginie-Occidentale.

« C'est vraiment le temps que ça change et qu'on dise enfin ce qu'on veut plutôt que d'attendre qu'on nous l'impose. »

La présidentielle américaine 2016 - notre section spéciale

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