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« M. le président, vous devez agir » – Le père de la journaliste tuée

Le père de la journaliste tuée mercredi en Virginie pendant une entrevue en direct à la télévision part en croisade pour le contrôle des armes à feu et en appelle au président Obama pour instaurer au plus tôt des mesures fermes.

« Vous devez le faire... Je vais vous aider à le faire et les médias seront derrière vous puisqu'ils viennent de perdre l'une des leurs », a affirmé Andy Parker en entrevue à BBC.

La journaliste Alison Parker, 24 ans, et le caméraman Adam Ward, 27 ans, ont été tués vers 6 h 45 mercredi matin alors qu'ils effectuaient une entrevue pour l'émission matinale d'une chaîne de télévision locale en Virginie, dans l'est des États-Unis. Le suspect, Vester Lee Flanagan, 41 ans, a ouvert le feu à bout portant sur les deux collègues avant de prendre la fuite et de retourner son arme contre lui.

Cette attaque a ravivé le débat sur le contrôle des armes à feu aux États-Unis.

Andy Parker presse les législateurs des États et du fédéral de passer des lois restreignant l'utilisation des armes à feu, et en particulier pour faire en sorte qu'elles ne se retrouvent pas entre les mains de personnes qui sont mentalement instables.

« Je ne serai pas tranquille tant que ça ne se fera pas. Il faut que nos élus se crachent dans les mains et cessent d'avoir peur de légiférer », a-t-il dit plus tôt sur les ondes de CNN.

Même s'il est pour le droit constitutionnel de porter une arme, il critique la position de la National Rifle Association (NRA), le puissant lobby proarmes, qui prétend que des tueries auraient pu être évitées si les victimes avaient été armées elles-mêmes.

« Ça n'aurait pas changé quoi que ce soit », affirme Andy Parker. « Combien d'Alison devront mourir encore avant qu'on fasse quelque chose? », se demande-t-il.

Il reconnaît toutefois que la lutte sera ardue, mais croit que le président Obama peut y parvenir, puisqu'il a déjà fait réussi à mettre en place des mesures difficiles à faire adopter, comme sa réforme des soins de santé (Obamacare).

Jeudi, la chaîne de télévision WDBJ7, qui employait Alison Parker et Adam Ward, leur a rendu hommage avant de reprendre le cours habituel de ses programmes.

Se tenant les mains sur le plateau, la présentatrice et deux de ses collègues ont observé une minute de silence à 6 h 45, heure à laquelle s'est produit le drame mercredi, pendant que des photos des journalistes tués étaient diffusées à l'antenne.

Contrôle des armes à feu

Barack Obama avait bien tenté de pousser vers un durcissement de la législation après le massacre de 20 enfants dans l'École élémentaire Sandy Hook à Newtown, dans le Connecticut, en décembre 2012, mais sans succès.

Le président américain a d'ailleurs avoué le mois dernier que son échec sur ce sujet, alors qu'il a été bloqué par le Congrès, restait la plus grande frustration de ses deux mandats.

« Il n'y a eu aucune mesure au niveau national en ce qui concerne le contrôle des armes ces dernières années en raison de l'ascendance du Parti républicain et aussi parce que le lobby des armes est très efficace sur le plan politique et celui de la mobilisation de ses membres », souligne Robert Spitzer, professeur à l'université de l'État de New York et auteur de quatre livres sur le contrôle des armes à feu.

« Le lobby des armes a aussi été très efficace pour faire passer le message selon lequel des lois pour le contrôle des armes ne changeraient pas grand-chose », ajoute-t-il.

« Il y a pourtant des preuves que des lois en la matière changeraient les choses, en particulier au regard des personnes qui ne devraient pas avoir le droit d'avoir accès à des armes. Mais ce n'est pas le message qu'entend le grand public, qui croit toujours que des lois [...] ne feraient qu'embêter des gens honnêtes, sans avoir aucune influence sur ceux qui commettent des atrocités. »

Sarah Trumble, du groupe Third Way - un groupe de réflexion de Washington qui dit prôner des idées au « centre » du spectre politique - a peu d'espoir de voir le Congrès, contrôlé par les républicains, adopter de telles mesures.

Selon elle, la joute se joue sur le plan des législatures des États. « Il n'y a pas de livre qui dicte la marche à suivre », dit-elle. « Mais c'est vraiment dans les États que l'action se passe », ajoute-t-elle.

Après la tuerie de mercredi, le président Obama a exprimé une fois de plus sa frustration, disant que les États-Unis devaient « faire un meilleur travail pour s'assurer que les gens qui ont des problèmes, les gens qui ne devraient pas avoir d'armes, n'en ont pas ».

Toutefois, même des lois restreignant la circulation des armes ne seraient pas la solution universelle. « La plupart des auteurs de fusillades achètent leurs armes légalement », rappelle Harry Wilson, professeur de sciences politiques à l'université de Roanoke, en Virginie.

« Une question importante que l'on devrait se poser, c'est aussi de savoir pourquoi des gens en arrivent à vouloir commettre de telles tueries. C'est une question importante », dit-il.

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