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« Ma déviance sexuelle sera toujours là » : incursion dans l’esprit d’un agresseur multirécidiviste

Stéphane Duperron jure qu'il ne laissera plus ses fantasmes déviants le pousser à commettre des erreurs irréparables. Mais après avoir agressé sexuellement une dizaine de femmes, la Couronne a peu d'espoir qu'il arrive un jour à se contrôler et à ne plus représenter un danger pour la société. Elle demande qu'il soit déclaré délinquant dangereux.

Stéphane Duperron a un lourd passé criminel. Depuis l'âge de 19 ans, il a fait de multiples allers-retours derrière les barreaux. En plus de condamnations pour vol et agression armée, il a été reconnu coupable d'une dizaine d'agressions sexuelles. La plus jeune de ses victimes avait 14 ans. Certaines ont été agressées à la pointe d'un couteau.

À 50 ans, Stéphane Duperron n'a plus l'allure de ses jeunes années. Maintenant grisonnant, il a coupé sa tignasse et sa moustache et porte une veste à carreaux. Il sourit et fait un clin d’œil amical à son frère présent dans la salle d'audience.

Dans le box des accusés, les larmes coulent sur ses joues lorsqu'il raconte au juge l'été fatidique où il a récidivé, une dernière fois.

En juin 2010, il séjournait en maison de transition à Montréal après avoir passé 15 ans derrière les barreaux.

Depuis un mois, il sentait la colère monter en lui et constatait que ses fantasmes déviants revenaient. Un soir, il est parti à vélo dans un parc et a vu une jeune femme du coin de l’œil. « Faut pas qu'elle passe ici », s'est-il dit, appréhendant de pas parvenir à se contrôler. Mais la femme de 20 ans est passée près de lui. Et il lui a sauté dessus, l'a frappée et l'a violée.

Par la suite, il l'a entraînée vers une piscine pour éliminer les traces d'ADN.

Il jure qu'il comprend maintenant tout le mal qu'il a pu faire à ses victimes.

C'est terrible, c'est sûr que c'est terrible. J'ai été le pire malheur dans leur vie, ça c'est certain.

Stéphane Duperron, agresseur sexuel multirécidiviste

Duperron implore le tribunal de lui laisser une chance et de ne pas le déclarer délinquant dangereux. Cela signifierait que, après qu'il aura purgé une peine de sept ans, la Commission des libérations conditionnelles réévaluerait son cas tous les deux ans.

Il demeurerait détenu pour une période indéterminée, tant que les commissaires estiment qu'il représente un risque trop grand pour la société. Et s'il était libéré un jour, il serait surveillé jusqu'à sa mort.

« J'ai appris à demander de l'aide »

Stéphane Duperron reconnaît qu'à l'heure actuelle il représente un risque de récidive élevé. Mais il assure vouloir suivre des thérapies pour apprendre à se contrôler et pouvoir un jour réintégrer la société.

« Je vais être agresseur sexuel toute ma vie, mais je vais travailler là-dessus tous les jours », explique-t-il.

Il soutient qu'il aura toujours une déviance sexuelle, mais qu'il veut apprendre à bien la contrôler pour ne pas commettre d'autres « graves erreurs ».

En réponse aux questions de son avocate de l'aide juridique, Isabelle Lavoie, il se dit moins impulsif qu'avant et veut améliorer sa gestion de la colère et du stress. Il affirme aussi avoir cessé de consommer de la drogue depuis près de 20 ans.

Stéphane Duperron soutient avoir eu une enfance difficile. Il a été agressé sexuellement par un voisin lorsqu'il était enfant, et sa relation conflictuelle avec sa mère a suscité beaucoup de colère en lui.

Aucune thérapie depuis six ans

Contre-interrogé par la Couronne, Stéphane Duperron admet que, depuis sa dernière arrestation, en 2010, il n'a suivi aucune thérapie en prison.

La procureure Louise Blais récite une liste d'une dizaine de thérapies qu'il avait suivies derrière les barreaux avant sa dernière récidive. Stéphane Duperron dit qu'il a appris à repousser ses fantasmes déviants.

« Ça ne vous a pas empêché de récidiver de manière fort violente en 2010 », affirme Me Blais. « Dans combien de temps pourriez-vous être un risque assumable pour la société? » Le quinquagénaire l'ignore.

La procureure se réfère à une psychiatre qui a évalué Stéphane Duperron et déterminé qu'il correspond aux critères de délinquant dangereux.

L'intervention thérapeutique d'un milieu spécialisé en déviance sexuelle ainsi qu'un encadrement légal serré ont été un échec et monsieur a récidivé dans un délit sexuel similaire aux délits sexuels qui avaient amené une lourde sentence fédérale.

Extrait du rapport la psychiatre France Proulx, 30 août 2012

Du côté de la défense, le psychiatre Louis Morissette a plutôt recommandé qu'il soit déclaré délinquant à contrôler. Cela signifie qu'il aurait une peine à durée déterminée et ferait l'objet d'une surveillance maximale de 10 ans.

En amour depuis sept ans

Stéphane Duperron espère un jour pouvoir faire vie commune avec sa conjointe des sept dernières années. Il l'a rencontrée alors qu'elle était bénévole, derrière les barreaux.

Il l'a informée de tous ses délits et soutient qu'elle l'accepte comme il est. Il assure n'avoir jamais été violent avec elle.

Malgré cela, le Service correctionnel du Canada lui interdit d'être avec elle dans une « roulotte », c'est-à-dire dans une unité de visite familiale privée.

Les parties seront de retour en cour le 19 décembre prochain.

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