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Macron fait face à la colère à Saint-Martin

Comme le roi néerlandais, le président français effectue une visite dans les îles antillaises dévastées par l'ouragan Irma. À Saint-Martin, une île particulièrement ravagée, Emmanuel Macron a rencontré des habitants mécontents et critiques envers son gouvernement.

Dès son arrivée à l’aéroport de Saint-Martin, mardi, le chef d’État français a été interpelé par des femmes contrariées par la suspension des rotations aériennes en raison de la visite présidentielle.

« On aurait préféré que le président ne bloque pas l'évacuation », a lancé l’une d’elles. « On est traités comme des cochons », a-t-elle déploré.

Dans la rue, Emmanuel Macron a été apostrophé à quelques reprises par des habitants qui se plaignent notamment du manque d'eau et de nourriture.

« Pourquoi êtes-vous venu? » lui a demandé, visiblement irritée, une jeune femme.

Critiqué pour la lenteur de l’intervention et les moyens déployés depuis le début de l'ouragan, le chef de l'État a répliqué que « l'anticipation a été complète ».

« Saint-Martin renaîtra », promet Macron

Le gouvernement « a répondu dès que l'information a été donnée, donc plusieurs jours avant, et constamment tout au long de cette crise », a-t-il martelé lors d'un point de presse un peu plus tôt, à son arrivée sur l’île française de la Guadeloupe.

Il a aussi rappelé le déploiement de « 2000 hommes sur le terrain ». « On n'a jamais fait un tel pont aérien et maritime », a-t-il précisé.

Tout en se disant « favorable » à la mise en place d'une commission d'enquête parlementaire réclamée par plusieurs partis d'opposition, il a indiqué que « le temps [était] à l'union nationale ».

Pour la reconstruction, « je bousculerai toutes les normes et toutes les procédures pour que le travail [...] se fasse dans les meilleurs délais. Nous ferons vite, nous ferons bien et nous ferons mieux », a insisté le président français.

« Pas une heure n'a été perdue [...] l’État a fait tout ce qu'il pouvait faire », avait souligné pour sa part le ministre français de la Transition écologique, Nicolas Hulot, dans le quotidien Le Parisien.

Le gouvernement français a organisé des ponts aériens et maritimes afin d’évacuer les personnes plus vulnérables dans un sens tout en ramenant des vivres et du fret dans l’autre. Quelque 85 tonnes de nourriture, un million de litres d’eau et 2,2 tonnes de médicaments ont ainsi été transportés.

« C’est triste de revenir à la maison pour se retrouver devant ça »

Les populations locales reprochent aux gouvernements européens d'avoir été lents tant à préparer les îles au passage d'Irma qu'à réagir par la suite à la catastrophe naturelle.

Certains accusent même les gouvernements européens de racisme dans leur réponse à la dévastation. Ils avancent qu'ils ont déployé plus d’efforts pour secourir les touristes blancs que les populations noires ou métissées des îles.

Privés de toit, souffrant de la faim et de la soif, des résidents de Saint-Martin se sentent abandonnés par les pouvoirs européens. Irma a privé des îles entières et des dizaines de milliers de personnes d’eau et d’électricité tout en réduisant de nombreuses résidences en miettes.

Résidente de Saint-Martin, Dominga Tejera doit se frayer un chemin entre les palmiers déracinés qui pourrissent dans la boue après une journée de neuf heures de travail comme concierge dans un hôpital d'une île qui était paradisiaque il y a encore peu de temps.

Elle se laisse choir dans une petite chaise de plastique qui lui sert de lit de fortune depuis que l’ouragan Irma a détruit le toit de sa maison.

« C’est triste de revenir à la maison pour se retrouver devant ça », confie-t-elle en se mettant à pleurer. « Tu essaies de rester forte en public, mais une fois seule, tu craques. »

« Il n’y a pas de nourriture ici »

Des milliers de personnes à travers l’île franco-néerlandaise tentent de retrouver leur vie d’avant le passage d’Irma, célébrant les petites choses comme une brise de fin de soirée qui rafraîchit l’air ambiant pendant une panne de courant ou un fou rire provoqué par un animateur de radio qui annonce, triomphant, que « le dentiste est ouvert! »

Mais nombreux sont ceux qui, comme Mme Tejera, peinent à maintenir un semblant de vie normale, luttant constamment contre la faim et la soif.

« Il n’y a pas de nourriture ici », déplore une autre résidente, Germania Perez, âgée de 70 ans. « Il n’y a pas d’eau ici », poursuit-elle.

D’autres visites officielles

Le roi des Pays-Bas Willem-Alexander a précédé M. Macron de quelques heures dans la partie néerlandaise de l’île de Saint-Martin. Il s’est dit choqué par la dévastation causée par Irma.

Le ministre britannique des Affaires étrangères, Boris Johnson, effectue quant à lui une visite dans les territoires britanniques - les îles Vierges et Anguilla - dans des conditions identiques. Des habitants des Caraïbes reprochent au gouvernement britannique l’absence d’évacuation avant le passage de l’ouragan.

Londres a réagi au passage de l’ouragan en débloquant près de 35 millions d’euros (environ 50 millions de dollars canadiens) pour venir en aide aux 88 000 Britanniques de la région. Il a notamment envoyé 10 avions contenant du matériel de secours, des vivres et de l’eau potable. Il a également déployé 700 militaires et plus de 50 policiers afin d’assurer le maintien de l’ordre public.

Plus puissant ouragan jamais mesuré dans l’océan Atlantique, Irma a fait au moins 40 morts sur son passage dans les Caraïbes et en Floride en plus de faire des milliers de sans-abri. La situation des populations de l’est des Caraïbes est particulièrement précaire : les gens ont un besoin urgent d’hébergement, selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

L’ouragan, qui a fait 10 morts à Cuba et deux en Floride, a provoqué la mort d’au moins 27 personnes dans les Petites Antilles, dont au moins 14 à Saint-Martin.

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