La période électorale est l'occasion pour les citoyens d'exprimer leur mécontentement et la reine de beauté canadienne Ashley Callingbull l'a fait en exhibant un t-shirt sur lequel apparaît la mention « Fuck Harper », vendredi à Winnipeg.

Un article de Bahador Zabihiyan

La photo a été prise le vendredi 2 octobre, lors d'un événement public au Manitoba lors duquel la récente gagnante d'origine autochtone du concours de Madame Univers voulait inciter les jeunes à aller voter.

« Une artiste qui est une des mes fans [...] m'a donné le t-shirt en cadeau. Elle m'a demandé si je pouvais prendre une photo avec elle, en tenant son oeuvre », indique-t-elle à Radio-Canada.

Mme Callingbull a déjà appelé à plusieurs reprises les Canadiens à voter contre Stephen Harper, ces dernières semaines. « Croyez-vous vraiment que j'étais pour rester là et faire la belle? Certainement pas », avait-elle écrit sur les réseaux sociaux.

Elle a notamment critiqué les actions du gouvernement conservateur concernant le dossier des femmes autochtones disparues et assassinées.

Celle qui fabrique ces t-shirts est Jackie Traverse, une artiste de Winnipeg.

« En tant qu'artiste visuelle, j'ai le droit de m'exprimer, j'ai ma liberté d'expression », dit Jackie Traverse, qui s'est impliquée dans le passé au sein du mouvement Idle No More.

Elle n'est pas la seule à avoir utilisé l'expression pour s'en prendre à Stephen Harper.

Fin août, un automobiliste avait affiché une pancarte avec la même expression sur le pare-brise arrière de son véhicule. Un policier lui avait imposé une amende, car il avait estimé que la pancarte distrayait les autres automobilistes.

Peut-on se faire poursuivre si on insulte un politicien?

À part une amende dans un cas particulier comme celui-ci, les citoyens qui souhaitent insulter un homme politique ne risquent pas de se faire poursuivre. « C'est une désapprobation exprimée de façon vulgaire », constate Christian Leblanc, avocat spécialisé en droit des médias et diffamation chez Fasken Martineau.

« Je doute fort que l'on puisse faire cesser cette pratique bien que plusieurs pourraient dire que ça n'est pas trop de bon goût », soutient-il.

« Il est clair qu'on peut aller plus loin dans la critique d'un politicien, et on justifie ça devant les tribunaux par le fait que les politiciens sont là pour diriger, pour adopter des politiques, et donc doivent faire face à la critique, c'est un peu l'ultime liberté d'expression », poursuit-il.

En fait, la marge de manœuvre des responsables politiques victimes d'insultes est limitée, comparativement à celle des citoyens, dit Felipe Morales, avocat en litiges.

« Pour un simple citoyen, si quelqu'un avec qui je fais affaire, dit que l'avocat Morales est un escroc, un voleur [...] il le dit à tout le monde, je peux le poursuivre en diffamation, ça, c'est certain », soutient M. Morales.

Mais si les citoyens peuvent insulter les personnalités politiques sans risquer grand-chose, ils ne peuvent porter atteinte à leur réputation de manière injustifiée. M. Morales rappelle ainsi le cas de l'ancien animateur de radio André Arthur qui avait faussement accusé en ondes le premier ministre Daniel Johnson d'avoir favorisé une entreprise dans l'octroi de fonds publics.

M. Johnson avait poursuivi M. Arthur et avait obtenu gain de cause.

Du côté d'Élections Canada, on indique que les tierces parties qui font de la publicité électorale lors d'une campagne doivent s'enregistrer si elles dépensent plus de 500 $. Mais il n'existe aucune règle concernant le contenu grossier. « La loi électorale est muette là-dessus », dit Francine Bastien, conseillère en relations médias à Élections Canada.

Jackie Traverse indique que ces t-shirts font partie de son œuvre artistique. Elle dit ne pas en avoir informé Élections Canada.

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