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Madrid fait arrêter une douzaine de responsables du gouvernement indépendantiste catalan

Une douzaine de responsables du gouvernement indépendantiste de la Catalogne ont été arrêtés, mercredi, à 11 jours du référendum sur l'autodétermination de la région, déclaré illégal par Madrid. Pas moins de 42 endroits, dont six bureaux de l'exécutif catalan, ont été perquisitionnés, et 9,8 millions de bulletins de vote ont été saisis.

Le bras droit du vice-président Oriol Junqueras, Josep Maria Jove, qui est aussi conseiller à l’économie et aux finances du gouvernement régional, a notamment été arrêté par des membres de la Garde civile espagnole, tout comme Xavier Puig, responsable des technologies de l'information au ministère des Affaires extérieures.

Les ministères de l’Économie, de l’Intérieur, des Affaires étrangères et du Trésor ont notamment reçu la visite des policiers, tout comme le Centre des télécommunications et des technologies de l’information de la Catalogne. Des résidences privées de dirigeants catalans et des compagnies ont aussi été perquisitionnées.

Le président catalan, Carles Puigdemont, a réagi en accusant le gouvernement espagnol de Mariano Rajoy d’être « antidémocratique » et « totalitaire ». Il a appelé les Catalans à défendre la démocratie face à ce « régime répressif et intimidant » en participant en masse au référendum du 1er octobre.

La Garde civile espagnole et le ministère de l’Intérieur, dont elle relève en partie, n’ont pas dévoilé les motifs de ces arrestations. Selon Associated Press, le juge qui a approuvé l’opération a imposé une ordonnance de non-publication empêchant de les divulguer.

Un porte-parole de l’exécutif catalan a précisé pour sa part que les arrestations avaient un lien avec « les sites Internet du référendum ».

Selon le ministère espagnol de l'Intérieur, 9,8 millions de bulletins de vote qui devaient être utilisés pour le référendum ont aussi été saisis dans la localité de Bigues, à 45 kilomètres au nord de Barcelone. Des formulaires pour la constitution des bureaux de vote et pour l'enregistrement des électeurs ont aussi été saisis.

Le ministère de l'Intérieur a aussi fait savoir que des membres de la Garde civile espagnole et la police nationale seront déployés en Catalogne pour empêcher la tenue du vote. Tous les congés accordés à des agents de ces deux corps policiers ont été annulés.

L’arrestation de hauts responsables du gouvernement catalan a entraîné une manifestation spontanée de milliers de personnes devant le ministère régional de l’Économie, premier bâtiment à avoir été visé par les perquisitions. « Ils ne passeront pas » et « Nous voterons », scandait la foule.

Certains manifestants ont tenté de bloquer le passage à des voitures de police, ce qui a entraîné des accrochages avec les forces de l'ordre.

D'autres manifestations ont aussi eu lieu ailleurs en Catalogne.

Il faut « garantir que la loi est respectée », dit Rajoy

« C'est une opération judiciaire visant à garantir que la loi est respectée », a commenté le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy. « Je demande que cessent les menaces des radicaux contre les maires, les conseillers et les fonctionnaires qui défendent la légalité. »

C’est la première fois que des responsables du gouvernement de la Catalogne sont arrêtés par la justice depuis que la campagne pour l’indépendance de la région a commencé à prendre de l’ampleur, en 2011.

Les arrestations de mercredi s’inscrivent dans une série de mesures répressives adoptées par Madrid depuis que la Cour constitutionnelle a suspendu la loi du gouvernement régional de Catalogne mettant en oeuvre le référendum sur l’autodétermination.

Plus de 700 maires de la région qui seraient disposés à mettre des locaux à la disposition de l’exécutif catalan pour ce scrutin sont notamment visés par une enquête ouverte par le parquet général d’Espagne.

Madrid a également adopté la semaine dernière un nouveau système de contrôle des dépenses afin d'éviter que des deniers publics soient investis dans la campagne pour l’indépendance et l’organisation du référendum.

Le gouvernement indépendantiste de la Catalogne a toujours maintenu qu’il ira de l’avant avec son référendum malgré toutes les mesures déployées par le gouvernement Rajoy et la justice espagnole pour l’en empêcher.

Le FC Barcelone en faveur du « droit à décider »

Dans un communiqué publié mercredi, après les arrestations de hauts responsables catalans, la direction du FC Barcelone, club emblématique de l'identité catalane, a condamné toute forme d'entrave au « droit à décider » de la Catalogne.

« Après les faits survenus ces derniers jours, et en particulier aujourd'hui, en lien avec la situation politique de la Catalogne, le FC Barcelone, fidèle à son engagement historique en faveur de la défense du pays, de la démocratie, de la liberté d'expression et du droit à décider, condamne toute action susceptible d'empêcher le plein exercice de ces droits », peut-on y lire.

« En ce sens, le FC Barcelone manifeste publiquement son soutien à toutes les personnes, structures et institutions qui travaillent pour garantir ces droits », a ajouté le club, qui dit vouloir respecter « la volonté de la majorité du peuple de Catalogne ».

Si les sondages indiquent que la population catalane est divisée sur l'opportunité d'accéder à l'indépendance, ils montrent en effet que l'idée de tenir une consultation populaire sur le sujet bénéficie d'un important appui.

Bien qu'il bénéficie d'une réputation mondiale, le Barça est étroitement lié au sentiment nationaliste catalan, dont il a longtemps été un porte-drapeau sous le régime franquiste (1939-1975).

En mai dernier, le FC Barcelone avait publiquement adhéré au « Pacte national pour le référendum », lancé par les autorités régionales dans le but de négocier la tenue d'un référendum avec Madrid.

À plusieurs reprises ces derniers mois, l'Union européenne des associations de football (UEFA) a sanctionné le club pour le déploiement de drapeaux indépendantistes dans son stade, en arguant qu'il s'agissait là d'une manifestation politique inappropriée.

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