En septembre 2002, Maher Arar revient au Canada après des vacances en Tunisie. Lors d'une escale à l'aéroport JFK de New York, il est détenu par les autorités américaines qui le soupçonnent injustement d'appartenir à Al-Qaïda.

Plutôt que de rentrer chez lui à Ottawa, il est envoyé en Syrie où il sera détenu dans une minuscule cellule insalubre.

Maher Arar est torturé à répétition pendant dix mois et dix jours, durant lesquels il dit à ses geôliers qu'il a fréquenté un camp d'entraînement terroriste en Afghanistan.

Cela est faux.

« J'étais prêt à dire n'importe quoi pour faire arrêter la torture. Je n'ai jamais mis les pieds en Afghanistan », dit-il peu de temps après son retour au pays.

Maher Arar reviendra finalement au Canada en 2003, grâce aux intenses efforts de sa femme Monia Mazigh, épaulée par des militants pour les droits de la personne et quelques politiciens sympathiques à sa cause.

Après une longue enquête publique, Maher Arar reçoit en 2007 des excuses officielles du gouvernement canadien pour le rôle joué dans ses mauvais traitements ainsi que 10,5 millions de dollars en dédommagement.

Quatorze ans après le début de son cauchemar suivi d'un tourbillon médiatique, l'homme aujourd'hui âgé de 45 ans est à nouveau prêt à reprendre l'avant-scène. Cette fois dans des circonstances sous son contrôle.

L'entrepreneur né

D'aussi loin qu'il se souvienne, Maher Arar s'est défini comme un entrepreneur.

Enfant à Damas, il vendait déjà du maïs soufflé durant ses vacances.

« Dès cet âge, j'ai su que je ne voulais pas avoir de patron. »

Diplôme de génie informatique de l'Université McGill en poche, Maher Arar s'intéresse rapidement au monde des nouvelles technologies et des entreprises émergentes.

Il peut passer des nuits blanches à tenter de résoudre des problèmes.

« C'est ce que je suis. Beaucoup de gens ne savent pas que lors de mon arrestation, je travaillais sur un prototype de logiciel. J'avais un plan d'affaires, un très gros plan d'affaires! », raconte-t-il.

Croupissant dans sa cellule en Syrie, Arar estime que ses instincts d'homme d'affaires l'ont aidé à tenir bon.

« L'entreprenariat vous apprend la résilience. Mon expérience m'a servi durant ce cauchemar et, aujourd'hui, ce cauchemar m'aide à redevenir un entrepreneur. »

La renaissance

Dans son bureau situé au sous-sol d'un édifice commercial de l'est d'Ottawa, Maher Arar dit être dans son élément.

Avec deux amis devenus collègues, Mohamed Maamoun et Ahmad Jadayel, il en est à finaliser une nouvelle application mobile que sa nouvelle entreprise, CauseSquare, va lancer d'ici quelques semaines.

Résultat, une application qui connectera les jeunes qui veulent consacrer temps ou argent à une cause qui leur est chère.

« On pense que les gens devraient pouvoir se brancher en un clic avec leur cause préférée. Ça devrait être amusant et valorisant, c'est comme ça que l'idée nous est venue. On veut devenir l'application de référence pour ceux qui veulent s'investir dans une bonne cause », explique M. Arar.

Un nom encore controversé

Maher Arar a beau avoir été complètement blanchi, son nom est encore associé par certains au terrorisme.

Dès la création de l'entreprise, les fondateurs de CauseSquare se sont ouvertement demandé s'il était recommandé de faire de l'homme de 45 ans le visage de la compagnie.

Mohamed Maamoun, lui aussi un immigrant né au Moyen-Orient, admet que la situation peut être délicate.

« Il y a des pours et des contres, tout le monde le sait », avoue-t-il.

Maher Arar le reconnaît également.

« Il y a aura des aspects négatifs, peut-être que certaines personnes ne voudront pas me parler. »

Faire des affaires en portant le nom Arar complique les choses. Maher Arar choisit de ne pas se rendre aux États-Unis, puisqu'il croit toujours être sur la liste d'interdiction de vol, ce qui l'empêche de rencontrer des clients ou de prendre part à des conférences.

D'appuis à clients

Malgré tout, ses partenaires et lui estiment qu'avoir Maher Arar à bord dans cette aventure est un avantage.

L'homme investit bien sûr son argent dans le projet, mais les liens qu'il a établis avec plusieurs organismes de défenses de droits de l'homme, des clients potentiels, sont également un gros avantage.

Aministie internationale, l'organisme qui a défendu sa cause dès le tout début, est un des premiers clients de CauseSquare.

Son secrétaire général à Ottawa, Alex Neve, voit dans cette entreprise le meilleur de Maher Arar.

« Ça lui permet d'allier ses deux grandes forces, ses compétences informatiques et son rôle de défenseur des droits humains », indique-t-il.

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