Je viens de traverser le Midwest. De Saint Louis à Détroit. Plus de 800 kilomètres d'asphalte entre cinq États. Partout, on a condamné les propos vulgaires de Donald Trump envers les femmes. Indéfendables, inappropriés, affirment les républicains à qui j'ai parlé.

Yanik Dumont Baron

  Un texte de Yanik Dumont Baron

Ce qui est plus nuancé, c'est leur réponse à cette avalanche d'accusations. Faut-il lâcher Trump? Du mieux qu'on puisse en juger à la suite de trop courtes conversations, voici les gens qui appuient encore le controversé politicien.

Il y a les bénévoles loyaux, comme Bonnie Rybold. Le local de campagne du Parti républicain à Springfield en Ohio a beau être désert, elle garde espoir. « Il va gagner », dit-elle. Elle me parle de sondages auxquels il ne faut pas se fier, de complots fomentés par les médias « libéraux » pour salir la réputation de Donald Trump. À ses yeux, même Fox News n'est plus toujours crédible.

Chez les partisans loyaux, il y a aussi les purs et durs, comme ce jeune homme qui est sorti les bras en l'air du bureau où il a voté par anticipation. Jason Godfrey tenait à être l'un des premiers à voter. Il veut tout bousculer à Washington. Voter Trump, c'est pour lui un grand doigt d'honneur aux élites du pays.

Dans un bureau de vote, il y avait aussi une dame plus âgée qui ne s'en fait pas trop avec tout ce que Trump a dit [et aurait fait] aux femmes. « C'est fair game, Hillary Clinton a fait pire », m'a-t-elle expliqué sans donner de précisions ni son nom. Elle fait partie des Américains pour qui l'ex-secrétaire d'État ne pourra jamais rien faire de bon.

Ce sentiment anti-Clinton, qui remonte souvent aux années 1990, semble en motiver beaucoup. À Terre Haute, en Indiana, Allerissa Orman l'expliquait ainsi : « Il est le moins mauvais des deux. Même s'il dit les choses les plus ridicules. Ah que j'aimerais pouvoir lui installer un filtre! »

Chez un barbier de Terre Haute (le plus rapide en ville, m'a-t-on assuré!), j'ai rencontré un de ceux qui appuient Trump parce que Barack Obama... John Stadler lui attribue bien des maux : le chômage, le coût de la vie qui grimpe, cette idée que les États-Unis ne sont plus craints ailleurs dans le monde. Et comme Clinton veut poursuivre dans la même direction... « Avec des personnes solides autour de lui, peut-être que Trump va aider les États-Unis. Peut-être qu'il a les réponses. »

D'autres voteront Trump pour des raisons idéologiques. Ce n'est pas l'homme qu'on appuie, mais plutôt son parti, ses valeurs. Et cette promesse de choisir des juges bien conservateurs à la Cour suprême, les derniers remparts contre ces petites révolutions sociales qui transforment le pays. Si ce n'est pas maintenant, « ça prendra une génération avant qu'on retrouve une majorité conservatrice à la Cour », avance Linda Smith, l'une des responsables du Parti républicain en Ohio.

Il y a aussi des pragmatiques, comme l'homme d'affaires Kyle Koehler. Donald Trump, « c'est le choix de notre parti ». Pas d'ambiguïté. Il faut l'appuyer, respecter la volonté des électeurs. Sa position est bien sûr intéressée : il espère être réélu comme républicain à la Chambre des représentants de l'Ohio. Il a besoin que ceux qui appuient Trump lui donnent aussi leur vote.

Dans un vieux restaurant de Springfield, j'ai rencontré trois personnes qui appuient le candidat républicain pour son message économique. Contre les traités de libre-échange, pour les boulots manufacturiers aux États-Unis. Trump « dit tout ce qu'on veut entendre », admet Carl Baumgartner, qui a appuyé les deux grands partis au cours de sa vie.

Ses deux soeurs et lui avaient de la difficulté à l'avouer : ils sont déçus. Ils ont cru aux promesses du républicain, à son message différent. Ils sont déçus parce qu'ils ont tiré un trait sur sa candidature. Incapables d'appuyer un candidat qui en dit souvent trop. « Au début, on était tout excités, explique Clairita Wilmeth, et puis, il a fait virer [la campagne] en soap opera. C'est bien, bien triste. »

Des trois, une seule appuiera Hillary Clinton. Les deux autres sont encore ambivalents. « C'est décevant, le genre de choix qu'on a dans cette élection », se lamente Carl.

Cette déception, ce goût amer en bouche, c'est ce qui m'est resté en tête en rentrant dans la capitale américaine. C'est un Midwest un peu gris que j'ai visité. Morose. Un coin de pays fier de son passé industriel, à la recherche de son avenir. Un coin de pays qui pensait s'être trouvé un champion...

La présidentielle américaine 2016 - notre section spéciale

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