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« Malaise » devant le pire scénario envisagé par TransCanada

TransCanada a peiné à montrer devant le Bureau des audiences publiques sur l'environnement (BAPE) les impacts sur la santé et les cours d'eau en cas d'une fuite de l'oléoduc Énergie Est. Elle a ainsi laissé sans réponse plusieurs questions du président et des citoyens, et contredit les conclusions de la firme Savaria.

Un texte de Laurence NiosiTwitterCourriel et de Christine BureauTwitterCourriel

C'est la rivière Etchemin qu'a choisie TransCanada pour présenter mardi soir son « pire scénario vraisemblable », c'est-à-dire une rupture complète de la canalisation.

Si la conduite devait se rompre au point de traverse de la rivière Chaudière, près de la raffinerie de Valero, il faudrait 5,3 heures au pétrole pour se rendre au fleuve avec un volume estimé à 3,6 millions de litres, selon TransCanada. Les prises d'eau de Lévis et de Québec seraient alors menacées.

Dans le cas d'une rupture latérale, il faudrait deux heures et demie pour atteindre le fleuve, a soutenu TransCanada, sans aller dans les détails.

L'analyse a toutefois soulevé deux questions de la part du président de la commission, Joseph Zayed, qui a demandé au promoteur pourquoi il avait omis d'inclure dans ses récepteurs très sensibles (RTS) les bassins versants qui approvisionnent les prises d'eau des municipalités, ainsi que les puits qui desservent 15 habitants et moins.

« Comment pouvez-vous justifier cette exclusion en termes de récepteurs très sensibles? » a-t-il insisté, soulignant un « malaise » devant le manque de données de TransCanada sur sa simulation.

À la demande du président, le promoteur devra également profiter des prochaines séances pour préciser combien coûterait un déversement dans le cas où une prise d'eau serait atteinte. Son estimation, pour l'instant, se chiffre à 619 millions de dollars.

Des conclusions divergentes

Le BAPE a également entendu la présentation de la firme Savaria Experts-Conseils, qui a publié en mai 2015 un rapport commandé par la Communauté métropolitaine de Montréal sur les risques d'un déversement.

L'experte Chantal Savaria a semblé trouver optimiste le temps de réaction de 13 minutes prévu par TransCanada en cas de déversement. D'après la firme, dans ce « cas idéal », de 2 millions à 10 millions de litres seraient déversés au total. Si le temps de réaction était de 60 minutes - comme cela aurait été le cas d'Enbridge en 2011 à Terrebonne -, le déversement pourrait grimper à 16,4 millions de litres, selon la longueur des vannes de sectionnement.

En plus des conséquences sur l'environnement, l'inquiétude de Savaria concerne les prises d'eau. Alors que le rapport Stantec, préconisé par TransCanada, conclut qu'il faudrait au minimum 9,7 heures pour que le pétrole atteigne une prise d'eau sur la rivière des Outaouais, Savaria estime qu'il suffirait plutôt de 4 heures.

Questionnée à plusieurs reprises sur son plan d'urgence, TransCanada a assuré que de fournir de l'eau potable en cas de déversement était sa responsabilité financière et qu'elle continuait de travailler avec les municipalités pour mettre sur pied des plans conjoints, plus particulièrement dans la région de Montréal, où elle s'est engagée à rétablir les communications.

L'entreprise a également affirmé qu'elle prenait en compte qu'une fuite puisse survenir l'hiver, et que la glace pouvait même servir de plateforme pour l'aider à travailler.

Une possibilité de pénalités

Plus tôt en journée, l'Association canadienne de normalisation (CSA) a reconnu qu'il y avait toujours « une certaine subjectivité » dans l'analyse des risques, et qu'aucune base de données complète et comparable n'existait pour chaque pipeline.

L'Office national de l'énergie (ONÉ) a déclaré de son côté qu'il pourrait imposer des pénalités au promoteur en cas de déversement du projet d'oléoduc Énergie Est s'il y avait une preuve de non-conformité.

Par ailleurs, TransCanada a écarté l'option de l'utilisation de tuyau à double paroi, employé pour les pipelines de gaz naturel. Selon le promoteur, ce n'est pas une technique utilisée pour les pipelines qui couvrent de longues distances, comme le ferait Énergie Est.

Le promoteur n'a toutefois pas été en mesure de répondre à un citoyen qui demandait si la distance prévue de 13 mètres entre un pipeline et une voie ferrée était sécuritaire. « Une étude est en marche », a répondu Louis Bergeron, vice-président d'Énergie Est pour le Québec.

TransCanada a aussi promis une « étude détaillée » sur les barrages en amont du point de passage du pipeline, une autre source d'inquiétude de plusieurs citoyens.

Pour sa part, le ministère des Transports a mentionné qu'il « n'avait rien à signaler » quand il a été questionné sur les grands défis de l'industrie en matière de sécurité des pipelines.

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