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Malartic, une communauté déchirée par le développement minier

La nouvelle ruée vers l'or à la suite de la relance de la mine Canadian Malartic a engendré une polarisation très forte dans la ville de 3300 habitants. La plus grande mine à ciel ouvert en milieu habité au pays fournit de l'emploi à plus de 1200 travailleurs, mais au prix de nuisances importantes pour ceux qui vivent à proximité.

Un reportage de Frank Desoer

La mine Canadian Malartic est la plus grosse mine d’or au pays. En 2005, la compagnie Osisko a démarré l’exploration de ce site minier et l’a exploité jusqu’en 2014, année où Agnico Eagle et Yamana Gold l’ont acquise.

À ciel ouvert, la fosse de la mine s’étend sur 2 km de longueur, 900 m de largeur et 110 m de profondeur, mais la minière n’entend pas s’arrêter là.

Cet été, le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) a recueilli une centaine de mémoires et entendu une cinquantaine de citoyens et groupes à propos d'un projet d’agrandissement pour 2017 qui doublerait pratiquement la longueur de la mine et prolongerait de six ans environ la durée des activités, c’est-à-dire jusqu’en 2028.

La mine représenterait annuellement plus de 600 millions de dollars de dépenses en capital et en exploration, sans compter 1,5 milliard de dollars en retombées fiscales, selon la Canadian Malartic.

Son directeur général, Serge Blais, estime que le projet se traduira par un apport économique considérable pour la communauté de Malartic et la région.

C’est le projet économique le plus important de l’Abitibi-Témiscamingue.

Serge Blais, directeur général de Canadian Malartic

Un soutien important à la communauté

La mine Canadian Malartic a acquis avec le temps un ascendant financier certain sur la communauté. En plus d’avoir contribué à la modernisation des infrastructures, elle aurait injecté plus de 1,7 million de dollars dans les coffres de plusieurs organismes communautaires. À elle seule, l’école secondaire locale a reçu plus d’un demi-million de dollars de la minière.

La minière est un citoyen corporatif exemplaire pour la communauté de Malartic.

Martin Ferron, maire de Malartic

Pour certains commerces, la Canadian Malartic représente littéralement une mine d’or. Parmi eux, Chaussures Leclerc, un magasin établi depuis 1947 à Malartic qui fournit l’essentiel des bottes et des vêtements de travail à la minière, ce qui représente la moitié du chiffre d’affaires du commerce. Son copropriétaire Sébastien Leclerc estime que la relance de la mine a transformé le visage de sa ville.

« Une chance qu’on a la mine. Autrefois, ça roulait beaucoup moins. Aujourd’hui, il y a du monde, l’économie est bonne! » lance M. Leclerc.

Un voisin envahissant

Les activités de la Canadian Malartic durent 24 heures sur 24, 365 jours par année. En l’absence d’une zone tampon, elles génèrent, pour les quelques centaines de foyers situés le long de la fosse, beaucoup de bruit, de vibrations et de poussière.

En outre, deux fois par jour, le matin et l’après-midi, la mine procède à des dynamitages importants. Pierre Fontaine, qui habite à quelques centaines de mètres de la fosse, estime que la mine à ciel ouvert a sérieusement réduit la qualité de vie de sa famille, en plus de miner sa sécurité financière. Il pense que les explosions ont causé des fissures à sa maison, ce qui a fait baisser sa valeur sur le marché.

Ma maison, c’est mon fonds de pension. Est-ce que c’est normal qu’elle perde de la valeur à cause de la mine?

Pierre Fontaine

Pour sa part, Guy Morissette, 73 ans, retraité, craint pour sa sécurité.

Durant les périodes d'explosions, c’est rendu que je ne veux plus descendre dans mon sous-sol parce que j’ai peur et que ça me stresse.

Guy Morissette

Attente d’une décision gouvernementale

Dans son rapport du 13 octobre dernier, le BAPE a fait le constat de ces multiples problèmes. Il a conclu que le projet d’agrandissement de la minière pourrait être acceptable à condition que la compagnie procède à des modifications substantielles de ses pratiques.

Le promoteur doit agir de façon proactive pour éviter que la poursuite et la prolongation de l’exploitation continuent à nuire à la qualité de vie des Malarticois autant que ce qu’il leur a fait subir à ce jour. La situation actuelle n’est pas soutenable, en particulier pour les résidents vivant le plus près des activités minières.

BAPE

La Canadian Malartic offre un programme de compensations financières de 50 millions de dollars.

En plus de verser des indemnités pour les dommages causés au cours des trois dernières années, elle s’engage à racheter les propriétés des résidents de la zone sud à la valeur du marché et non à la valeur de remplacement, comme le demandent plusieurs citoyens et le BAPE. Il y a deux semaines, 94 % des résidents de Malartic (dont 81 % dans le quartier sud) ont souscrit à cette entente.

Quelques centaines de citoyens rejettent toujours l’offre. Ils sont regroupés dans un comité qui a intenté un recours collectif de 70 millions de dollars au nom des familles de la zone sud vivant à moins de 800 m de la mine.

Des auditions sont prévues en avril. Par ailleurs, une demande d’injonction a également été faite en Cour supérieure pour qu’on ordonne à la minière de cesser immédiatement toute nuisance à la qualité de vie de ses voisins. Ce recours devrait être entendu en mars.

De son côté, le gouvernement du Québec, en se basant sur le rapport du BAPE, devrait rendre sa décision sur le projet d’agrandissement de la mine au cours des prochains mois.

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