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Malgré ce qu'on en dit, notre cinéma se porte mieux que jamais

Après les controverses, les scandales, le faible taux d'assistance en salle, voilà, du moins l'espère-t-on, un Gala Québec Cinéma prêt à célébrer notre septième art.

Au fait, comment se porte aujourd'hui le cinéma québécois, lui qui en a vu de toutes les couleurs, pour qui cela n'a jamais été facile? Comment vont les réalisateurs pour qui la pratique de leur art n'a jamais été simple, véritable bataille de tous les instants?

Eh bien, on peut dire sans trop se tromper que notre cinéma ne s’est jamais porté aussi bien, mais qu’il n’a jamais été autant en danger.

Ainsi, jamais sur le plan international les cinéastes québécois n’ont eu à ce point la cote. On peut nommer les Jean-Marc Vallée, Denis Villeneuve, Philippe Falardeau, François Girard, Xavier Dolan, qui font rayonner leur talent à travers le monde avec des films qui portent leur griffe. Ne me dites pas qu’ils font des longs métrages américains ou français. Non. Les productions sont peut-être d’ailleurs, mais leurs films, eux, ont une âme qui leur est bien propre.

Essayez maintenant de nommer quatre ou cinq réalisateurs allemands ou espagnols qui se démarquent et font parler d’eux internationalement. Il n’y en a pas tant.

Il semble clair que ces réussites, puisque c’est bien de cela qu’il s’agit, sont le résultat de nombreuses années de travail et d’investissement.

Or, notre cinéma, comme le cinéma en général, est indéniablement à une croisée des chemins. Il trouvera sa niche dans l’univers révolutionnaire de la réalité virtuelle, comme le réalisateur Alejandro González Iñárritu en a fait la démonstration au Festival de Cannes avec Carne y Arena. On en est rendu là et il se trouve que Montréal, qui se démarque dans le monde des nouvelles technologies, est plutôt bien placée pour amorcer ce virage. Bon point pour nous.

En même temps, nous ne sommes plus dans les années 1970. Le temps et le travail ont engendré des réalisateurs et les générations s’additionnent. Ainsi, pendant que Denys Arcand travaille à un nouveau long métrage, il y a des dizaines et des dizaines de cinéastes de chez nous, certains plus jeunes que Dolan qui flirtent avec les caméras et les technologies, amoureux qu’ils sont des récits et de l’image.

Quand, un peu plus haut, je parlais des dangers auxquels doit faire face notre cinéma, il y a bien sûr ici plus qu’ailleurs celui de l’argent. Les films coûtent de plus en plus cher à produire. L'alliance développée au fil des années avec Hollywood a forcément fait augmenter les frais qui se rattachent aux méthodes de production.

Des gouvernements qui refusent de voir la réalité

Les institutions comme Téléfilm Canada et la SODEC n’arrivent pas à suivre et mettent de moins en moins de sous à la disposition de cet art qui, de plus en plus confronté à la compétition, en a de plus en plus besoin. Ce qui est déplorable, et on l’a répété mille fois, ce sont les gouvernements qui refusent de voir à quel point le cinéma est générateur d’emplois, à quel point il engendre des retombées touristiques, économiques, etc.

Il suffit de penser à la fresque que termine en ce moment François Girard sur les origines de Montréal pour constater l’ampleur de la machine. Le cinéma n’est pas seulement « subvention », il rapporte beaucoup plus pour chaque sou versé que n’importe quelle entreprise aéronautique ou de construction qui bénéficie des largesses de l’État. Au cinéma, chaque dollar avancé a un effet de retour de deux dollars dans la société. Des études se sont longuement penchées là-dessus. Les retombées positives sur l’économie sont énormes et le rayonnement culturel est si important qu’il fait du cinéma québécois notre meilleur ambassadeur.

Avec les nouvelles plateformes et la compétition, sortir un film en salle et l’y garder le temps nécessaire pour qu’il se rentabilise est toutefois plus difficile. La preuve, l’excellent film de Philippe Falardeau Chuck n’est resté que quelques jours à peine en salle et, pourtant, ce n’est pas par manque de qualité.

J’en arrive ainsi au débat de l’heure, à celui pour le moins qui a secoué Cannes. Dans ces conditions, peut-on s’étonner si un jour Falardeau se dit : « Si je veux que mes films soient vus, peut-être devrais-je les faire avec Netflix? » Ce jour-là, pourra-t-on lui donner tort?

Les films sont faits pour être vus

Au Québec, il y a peu de distributeurs. Quant aux propriétaires de salles, ils peuvent monter aux barricades. Or, il est trop tard. Le virage est amorcé. Netflix compte 100 millions d'abonnés dans le monde à 10 $ par mois, ce qui lui rapporte un milliard de dollars mensuellement. On ne parle pas ici d’avenir, on parle d’une réalité actuelle. Doit-on alors s’étonner de voir Martin Scorsese, Adam Sandler ou Brad Pitt s’allier au géant numérique?

En attendant, malgré les écueils, notre cinéma se porte peut-être mieux que jamais. Montréal est une ville cinématographique d’importance.

Toutefois, doit-on le rappeler, les écrivains écrivent des livres pour qu’ils soient lus; les chanteurs chantent pour être entendus; et les cinéastes font des films pour qu’ils soient vus.

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