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Malgré les embûches, la pilule abortive bientôt réellement accessible au Québec

Même si la pilule abortive est gratuite au Québec depuis un mois, elle demeure encore peu accessible. La situation est cependant sur le point de changer. Radio-Canada a appris que le gouvernement a conclu une entente de principe avec les omnipraticiens pour qu'ils puissent offrir ce service.

Un texte de Marie-Laurence Delainey

À la mi-décembre, le ministre de la Santé Gaétan Barrette avait annoncé que la pilule, qui permet d’interrompre une grossesse dans un délai de neuf semaines et moins, était disponible un peu partout dans la province. Mais seuls les gynécologues pouvaient distribuer le médicament, alors que la plupart des avortements au Québec sont pratiqués par des médecins omnipraticiens dans les cliniques spécialisées.

Au cours des prochains jours, les médecins de famille travaillant dans les cliniques spécialisées en avortement et ceux ayant un contrat avec de telles cliniques, entre autres, pourront offrir aux patientes le choix de la méthode d'avortement.

« Ce qu'on veut, c'est que ce soit accessible aux patientes le plus rapidement possible », indique le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), Louis Godin.

La FMOQ convient toutefois que prescrire la pilule RU-86, commercialisée sous le nom de Myfegymiso, est un acte médical au moins aussi complexe que de procéder à l'avortement par instrument, parce que le médicament est conçu pour provoquer une fausse couche et peut entraîner une série d'effets secondaires.

Le directeur de la Clinique médicale Fémina, Claude Paquin, rappelle lui aussi que le « processus nécessite plus de suivis qu'un avortement chirurgical qui dure huit minutes où, dans 99 % des cas, dit-il, on ne revoit pas le docteur après ».

Le coût de la pilule abortive varie entre 300 $ et 400 $, mais le médicament est offert gratuitement. Elle peut être distribuée par le médecin directement ou par le pharmacien avec une ordonnance.

Fin de la pénurie en pharmacie

Même les pharmacies ont dû répondre à des problèmes d'approvisionnement, explique le pharmacien propriétaire Jean-François Gagnon.

« Avec le modèle québécois qui est vraiment particulier, où il y a une distribution en pharmacie, ça a mis l'inventaire à mal, puis on s'est ramassé avec une situation où la plupart des grossistes n'avaient plus de produits », explique-t-il.

L'Ordre des pharmaciens du Québec assure que la situation est maintenant réglée.

La facturation, elle, pose toujours problème. La RAMQ aura terminé son système de remboursement aux pharmaciens le 7 février seulement, soit près de deux mois après l'annonce.

Pour la directrice générale du Centre de santé des femmes de Montréal, Anne-Marie Messier, il était temps que le Québec offre le médicament. « Ici, on a plus d'endroits, de points de services que partout dans le monde. Là, on va avoir cette méthode. C'est un choix de plus et ça, pour les femmes, c'est très bien. »

La pilule abortive est déjà distribuée dans une soixantaine de pays, dont la France et les États-Unis.

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