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Malgré les pressions de l'Europe, Londres attendra avant d'officialiser le Brexit

Le premier ministre britannique, David Cameron, n'officialisera pas le Brexit de sitôt auprès de ses partenaires de l'Union européenne, malgré des appels en ce sens lancés par Paris, Berlin et Rome. Réunis dans la capitale allemande lundi, les dirigeants de ces trois pays ont prévenu qu'il n'y aurait aucune négociation formelle avant que le Brexit ne soit formalisé.

Prenant la parole lundi après-midi à la Chambre des communes, M. Cameron a écarté l'idée d'invoquer rapidement l'article 50 du traité de Lisbonne, qui enclenchera formellement la procédure de divorce, comme il l'avait déjà laissé entendre la semaine dernière.

La décision d'agir de la sorte revient au seul gouvernement britannique, a précisé M. Cameron, après avoir fait savoir qu'il entend consulter les dirigeants écossais, gallois et nord-irlandais au sujet de la voie à suivre.

Le premier ministre affirme avoir déjà informé la chancelière allemande, Angela Merkel, le président français, François Hollande, le président du Conseil européen, Donald Tusk, et d'autres leaders européens de cette décision.

Avant d'invoquer l'article 50, « nous devons déterminer le genre de relation que nous voulons avoir avec l'Union européenne, et cette décision doit revenir au prochain premier ministre et à son cabinet », a-t-il poursuivi. Selon lui, « le Royaume-Uni quitte l'Union européenne, mais ne doit pas tourner le dos à l'Europe et au reste du monde ».

« Je crois que tout le monde convient que nous voulons les liens économiques les plus forts possibles avec nos partenaires européens », a encore dit M. Cameron. Il a aussi plaidé pour poursuivre en bonne partie « la coopération poussée en matière de sécurité » qui existe déjà entre le Royaume-Uni et l'UE.

M. Cameron a par ailleurs tenu à dissiper toute ambiguïté sur la position de son gouvernement au sujet du Brexit. « Il ne peut y avoir aucun doute à propos du résultat. [...] Je suis clair, et le cabinet était d'accord ce matin : la décision doit être acceptée », a-t-il dit.

Après le vote-choc, M. Cameron avait déjà laissé entendre qu'il laisserait à son successeur le soin d'officialiser la demande de sortie du Royaume-Uni de l'UE, puisqu'il n'estime pas avoir « la légitimité » de le faire. Le nouveau chef du Parti conservateur ne sera cependant pas choisi avant le 2 septembre.

Le moment où le gouvernement britannique invoquera cet article est crucial pour les négociations qui vont suivre. Une fois enclenchée, la procédure de divorce devra être conclue dans les deux années qui suivront, à moins que les 27 pays membres de l'UE n'en décident autrement. Cela requiert cependant l'unanimité.

Berlin, Paris et Rome veulent éviter une « incertitude » prolongée

À Berlin, Angela Merkel, François Hollande et le chef du gouvernement italien, Matteo Renzi, se sont rencontrés lundi pour discuter des réponses que l'UE devrait apporter au Brexit.

Ils ont souligné que l'Europe des 27 n'entreprendrait aucune négociation avec le Royaume-Uni tant et aussi longtemps que l'article 50 n'aurait pas été formellement invoqué. Entre-temps, l'UE va tout de même se préparer en vue des pourparlers à venir.

Plus tôt en matinée, Mme Merkel avait dit comprendre que Londres ait besoin « d'un certain temps pour analyser les choses » avant d'officialiser sa demande de sortie de l'UE. Elle avait soutenu que l'Europe « ne peut pas se permettre une longue période d'incertitude ».

« La demande doit venir du gouvernement britannique, et je n'ai là ni de frein ni d'accélérateur », avait-elle mentionné.

Mme Merkel et M. Hollande ont dit comprendre la situation politique dans laquelle se trouve le Royaume-Uni dans la foulée de ce référendum, mais ont tout de même appelé son gouvernement à ne pas tarder indûment à confirmer son intention.

Il « ne faut pas faire traîner les choses », a lancé Mme Merkel, tandis que M. Hollande a appelé Londres à « ne pas perdre de temps » et à invoquer l'article 50 « le plus tôt possible ». Selon le président français, l'UE doit faire preuve de respect à l'égard du Royaume-Uni, mais ce dernier doit offrir le même respect à l'UE.

M. Hollande a dit regretter « profondément » le choix des Britanniques, en soulignant que 48 % d'entre eux, et « notamment beaucoup de jeunes », voulaient tout de même demeurer membres de l'UE. Néanmoins, l'Europe des 27 gardera des « relations fortes » avec le Royaume-Uni, pays « ami » et « allié ».

Malgré la « tristesse » qu'engendre la décision, l'UE a donc le devoir d'agir avec « responsabilité » dans ce dossier, a-t-il précisé. « Rien n'est pire que l'incertitude » puisque cela « génère souvent des comportements politiques irrationnels ».

En début de journée, Matteo Renzi avait lui aussi estimé que les négociations entourant le départ du Royaume-Uni ne devaient pas traîner en longueur.

« L'Europe peut tout faire sauf ouvrir une discussion pendant un an sur les procédures. Si tout se résume à une négociation sur les procédures, on perd de vue ce qui s'est produit » au Royaume-Uni, a-t-il déclaré devant le Sénat.

M. Renzi a rappelé que l'Union européenne a déjà pris une année pour négocier des conditions visant à empêcher le départ du Royaume-Uni de l'UE. Ces mesures, annoncées au printemps, n'ont pas suffi à empêcher le Brexit.

Mme Merkel et MM. Hollande et Renzi ont par ailleurs appelé leurs collègues des 24 autres pays membres de l'UE à donner une « nouvelle impulsion » à l'Union européenne. Les questions de sécurité, de croissance et d'harmonisation fiscale doivent être les priorités, au même titre que les questions liées à la jeunesse.

Des ministres français pressés d'en finir

En matinée, le ministre français des Affaires étrangères n'avait pas caché qu'il préférerait que M. Cameron invoque lui-même l'article 50 lors du Conseil européen qui se tiendra mardi et mercredi à Bruxelles, afin que les négociations puissent « démarrer le plus vite possible ».

« Pour exprimer un souhait, je dirais que c'est mieux qu'il le fasse », a déclaré Jean-Marc Ayrault à Prague, où il doit rencontrer ses homologues tchèque, polonais, hongrois et slovaque pour débattre des conséquences du Brexit.

« Bien sûr, il faut que les Britanniques règlent le problème de qui les représente », a concédé le chef de la diplomatie française.

« On ne peut pas être dans l'à-peu-près, on ne peut pas être dans l'indéfini, dans "on verra plus tard" », a pour sa part dit le ministre français des Finances, Michel Sapin. « Il y a une décision qui a été prise, elle est totalement démocratique, elle doit être respectée par nous-mêmes comme elle doit être respectée par les Britanniques. »

Pour le commissaire européen Guenther Oettinger, Londres doit annoncer rapidement ses couleurs au nom de la stabilité économique de tout un chacun. « À chaque jour d'incertitude, les investisseurs du monde entier seront découragés à l'idée d'investir au Royaume-Uni et ne croiront plus à l'Europe », a-t-il prophétisé.

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