C'est dans sa cellule, au fond d'une prison réservée surtout aux dissidents noirs, que Nelson Mandela a appris à dialoguer avec ses oppresseurs blancs. Dans une exposition consacrée au héros sud-africain, le Musée canadien pour les droits de la personne, à Winnipeg, nous montre à quel point ses 27 années d'emprisonnement l'ont mené vers la réconciliation.

Un texte de Laurence Martin

Il faut voir l’immense mur couvert de pancartes racistes, à l’entrée de l’exposition, pour comprendre à quel point la guerre civile en Afrique du Sud a été évitée de peu au début des années 90. À quel point la revanche des Noirs, nourrie par des décennies d’injustice, aurait pu être violente.

« Toilettes réservées aux femmes blanches ». « Hôpitaux pour les gens de couleur ». Et puis l’inscription « Européens seulement » sur un banc public.

Comme dans le sud des États-Unis, le régime de l’apartheid, instauré en 1948, avait fait du développement séparé entre les Blancs et les Noirs son idéal, sa raison d’être.

Pour mettre fin à l’oppression raciale, Nelson Mandela s’engage en politique dès les années 1940. Lorsque son parti, le Congrès national africain (ANC), est banni en 1960, il entre dans la clandestinité.

« Mandela passe 17 mois à voyager à travers l'Afrique, jusqu'à Londres même, avec un faux passeport », explique la commissaire de l’exposition, Isabelle Masson. « Il cherche du support pour la lutte armée. »

Le Musée présente d’ailleurs une des premières entrevues télévisées que Mandela a donnée à un journaliste britannique… à 2 h, en pleine nuit (clandestinité oblige!).

Dans la cellule de prison de Mandela

Mais, très vite, en 1962, Mandela est arrêté, puis emprisonné. Il passe 27 années derrière les barreaux, dont 18 à Robben Island, une île près du Cap.

La cellule de Mandela a été reproduite dans ses dimensions exactes au Musée canadien pour les droits de la personne de Winnipeg.

Les visiteurs peuvent y entrer et observer les objets qui se trouvaient à l’intérieur : un tapis en guise de matelas; une tasse, une assiette et une cuillère déposées sur une toute petite table; et puis, une poubelle qui servait à Mandela de toilette et qu’il devait nettoyer chaque jour.

Si ces années d’emprisonnement ont été très dures, elles ont aussi été formatrices pour Mandela, croit Christopher Till, directeur du Musée de l’apartheid, à Johannesburg, qui a contribué à l’exposition.

C'est durant ces 27 années qu’il a découvert l'importance de négocier avec ses ennemis, ajoute M. Till. « Et quand il est sorti de prison, Mandela ne voulait pas d'une guerre civile. Il voulait la réconciliation entre les Blancs et les Noirs. »

L’appui des Canadiens

La lutte contre l’oppression raciale n’a pas été que l’affaire de Mandela, et l’exposition présente aussi tout le mouvement qui a mené à la fin de l’apartheid.

Au Canada, dans les années 80, des milliers de personnes ont manifesté et exercé des pressions sur le gouvernement de Brian Mulroney pour qu’il impose, entre autres, des sanctions commerciales contre l’Afrique du Sud.

« Quand les progressistes-conservateurs arrivent au pouvoir [en 1984], ils sont néophytes en politique extérieure », raconte Aziz Fall, ancien membre du réseau québécois contre l’apartheid. L’occasion est parfaite pour les influencer.

Le gouvernement canadien finit par endosser des sanctions partielles et joue du même coup un rôle de leader sur la scène internationale.

Que reste-t-il de Mandela?

S’il n’y a aucun doute que la cause de Mandela a triomphé, avec sa libération en 1990 et, surtout, l’organisation des premières élections démocratiques en 1994, aujourd’hui, son héritage est remis en question, explique la commissaire Isabelle Masson.

« Pour les nouvelles générations, il y a le questionnement : "Mais qu’est-ce qui a tant changé?" C’est que l’apartheid a créé des inégalités socioéconomiques profondes », précise-t-elle.

Christopher Till, directeur du Musée de l’apartheid, reconnaît qu’avec la montée du racisme en Afrique du Sud, le message de réconciliation de Mandela pourrait s’effondrer. Et pourtant, plus que jamais, croit-il, le monde aurait besoin de ce leader d’exception.

« Je me demande ce que Mandela dirait de notre époque, s’il était encore en vie. Certainement, il aurait l’autorité morale, la stature, l’expérience politique et surtout le courage pour dire : “Ça n’a aucun sens. On doit aller au-delà de nos différences”. »

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