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Manifestations dans six villes du Québec contre la culture du viol

« On vous croit. On vous croit. On vous croit. » Ces mots ont résonné en boucle, boulevard De Maisonneuve, au centre-ville de Montréal. L'indignation, elle, s'est fait sentir aussi dans cinq autres villes au Québec, où des milliers de personnes se sont rassemblées mercredi soir pour dénoncer la culture du viol.

Dans la foulée de l'affaire Sklavounos et des événements survenus à l'Université Laval, les organisatrices souhaitaient lancer un message fort contre la banalisation des agressions dont les femmes sont victimes. En plus de Montréal, des manifestations se sont tenues à Québec, à Saguenay, à Sherbrooke, à Gatineau et à Rouyn-Noranda.

Dans la foule à Montréal

« Je suis là parce qu'on est impuissantes, et puis ce soir, c'est comme si je sentais un début de révolte. J'avais besoin d'être ici », raconte une dame qui tentait de se faire entendre dans la cacophonie de la manifestation au centre-ville.

« J'ai une sœur, j'ai une mère, j'ai une copine », rappelle un participant. « On a tous des améliorations à faire dans nos comportements, dans nos paroles, dans nos gestes. Il faut être solidaires. »

Le rassemblement se voulait inclusif de toutes les femmes, en particulier des minorités ou de celles qui sont en situation de détresse. « Plus les femmes sont vulnérables socialement, plus elles sont à risque de subir des agressions sexuelles, les travailleuses du sexe, les femmes sans abri, les femmes trans, les femmes racisées », explique Émilie Nicolas, présidente de l'organisme Québec inclusif.

Après la manifestation qui a pris fin à la Place des Arts, plusieurs personnalités sont montées sur la scène du Club Soda, dont la journaliste Sue Montgomery, qui a lancé le mot-clic #beenrapedneverreported en 2014. Des artistes telles que Safia Nolin, les soeurs Boulay et Laurence Nerbonne ont interprété quelques chansons.

« Je suis féministe », lance Lise Thériault

Plusieurs ministres et députés étaient au rassemblement de Québec pour dénoncer le phénomène, notamment Hélène David, ministre de l'Éducation supérieure, Stéphanie Vallée, ministre de la Justice ainsi que Lise Thériault, ministre de la Condition féminine.

« Je veux que les filles puissent se promener partout. Les filles qui s'appellent Laurence, Alice, Nathalie et même les garçons [...] Je veux tous qu'on puisse se promener dans une société qui est saine où on va arrêter la culture du viol et de la banaliser », a clamé la ministre Thériault avant de lancer en dernier lieu un « Je suis féministe » à la foule.

Une culture qui blâme les victimes

« C'est nécessaire parce que nous avons vécu des événements dans les dernières semaines, et durant les dernières années, qui sont révélateurs d'une culture du viol qui est très présente. Qui blâme les victimes plutôt que de blâmer l'agresseur », déplore Marjorie Champagne, de la Marche contre la culture du viol à Québec.

Natasha Kanapé Fontaine, du mouvement Stop à la culture du viol, insiste aussi sur l'importance de dénoncer cette banalisation de la violence sexuelle. Selon elle, le traitement réservé à Alice Paquet, qui allègue avoir été agressée par le député Gerry Sklavounos, est éloquent à ce chapitre.

« L'élément commun, c'est la vulnérabilité de ces femmes-là qui est souvent utilisée pour tenter de discréditer le discours des femmes qui osent dénoncer leur agresseur. Ce qui arrive dernièrement, c'est qu'on tente de minimiser cette violence-là que les femmes ont vécue. »

Blagues sexistes et sifflements

La directrice générale de l'organisme Viol-Secours, Julie Tremblay, souligne que plusieurs personnes participent à cette culture du viol par des comportements qu'elles jugent tout à fait normaux. Elle donne en exemple « des blagues sexistes, des commentaires sur l'habillement, [le fait de] siffler sur la rue, plein de comportements qui s'accumulent ».

Selon elle, ces gestes visent de façon insidieuse à « culpabiliser les femmes et à les responsabiliser de ce qui leur arrive [lorsqu'elles sont victimes de violence] ».

Pression sur le gouvernement

En plus de vouloir conscientiser la population, les organisatrices espèrent aussi mettre de la pression sur le gouvernement pour qu'il adopte un plan d'action en matière d'agressions sexuelles.

« Celui que nous avons au Québec est échu depuis 2013, nous sommes en droit de nous attendre à ce que le gouvernement prenne des engagements clairs à ce niveau », conclut Julie Tremblay.

La porte-parole de Québec solidaire, Françoise David, a déclaré avoir reçu, de la part de la ministre de la Condition féminine, Lise Thériault, l'assurance que ce plan d'action serait déposé « incessamment ».

Mme David, qui s'exprimait sur les ondes d'ICI Radio-Canada Première, à l'émission Midi info, mercredi, souhaite que le gouvernement Couillard accompagne cette éventuelle politique de nouvelles ressources financières. « Il faut non seulement un plan, mais il faut agir pour aider les victimes et même les agresseurs », insiste Françoise David. Cette dernière rappelle que les organismes d'aide existent déjà, dans ce domaine, mais qu'ils ont de longues listes d'attente.

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