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Manque criant d’aide en santé mentale pour les réfugiés syriens

Depuis l'an dernier, 30 000 réfugiés syriens ont commencé à refaire leur vie en sol canadien. Mais on ne peut pas encore dire que l'opération est mission accomplie. Alors que les réfugiés syriens entrent dans une phase critique de leur intégration, plusieurs organismes d'aide aux immigrants dénoncent un manque criant d'aide en santé mentale.

Un texte de Christian Noël

« Nous sommes débordés », soutient Mulugeta Abai, directeur du Centre d’aide aux victimes de torture de Toronto. « La moitié de nos ressources vont à aider les réfugiés syriens. Ils ont vécu des situations traumatisantes, ils ont fui la guerre et ils ont parfois été témoins ou victimes d'atrocité », énumère-t-il.

Certains enfants font des cauchemars, font pipi au lit, ont développé des troubles d'angoisse de séparation de leur parent. Ça peut souvent être un symptôme d'un problème plus grave, comme un choc de stress post-traumatique.

Mulugeta Abai

Le Centre d'aide aux victimes de torture offre gratuitement, mais de façon sporadique, des thérapies de groupe et des thérapies individuelles avec des psychologues bénévoles. Mais recevoir un si grand nombre de réfugiés syriens en si peu de temps est tout un défi pour cet organisme.

« Il nous faut plus de ressources. Au moins trois psychologues permanents qui parlent arabe. Un pour travailler spécifiquement avec les enfants et un autre avec les femmes. Les soins en santé mentale sont essentiels à la bonne intégration de ces réfugiés », précise M. Abai.

Sans les soins adéquats en santé mentale, des problèmes mineurs peuvent s'envenimer, et deviendront encore plus durs à traiter, croit Mulugeta Abai. « Ça créera des pressions dans notre système de santé en général, et ça entraînera des coûts supplémentaires, pour les hôpitaux, oui, mais aussi pour les individus et leurs familles. »

Moment critique

Les réfugiés syriens accueillis à la fin de l'an dernier et au début de cette année arrivent maintenant à un moment crucial de leur intégration, dit la sénatrice Ratna Omidvar, qui est aussi l'ancienne présidente de l'organisme Lifeline Syria, créé pour aider les réfugiés syriens à s'installer au Canada.

« Ces familles reçoivent le soutien financier du gouvernement ou de leur famille d'accueil pendant leurs 12 premiers mois. Mais dès le treizième mois, cette obligation prend fin. Cette transition stressante peut déclencher des crises qui étaient jusqu'à maintenant refoulées », explique-t-elle.

Il faut féliciter le Canada pour sa générosité d'accueil. Mais c’est loin d’être mission accomplie. Il reste beaucoup de travail à faire. Si les Canadiens pensent que tout est maintenant sous contrôle, ils se trompent.

Ratna Omidvar, sénatrice

Mme Omidvar note que jusqu'à présent, le gouvernement a dépensé des centaines de millions de dollars pour amener les Syriens au Canada et pour leur fournir de l'aide financière et un logement. Elle pense que c'était la bonne chose à faire, mais qu'il faut maintenant donner la priorité à la question de santé mentale. « Notre rapport sénatorial déposé le mois dernier recommande au gouvernement de dédier des sommes précises pour améliorer ces soins aux réfugiés », indique-t-elle.

Le ministre fédéral de l'Immigration, John McCallum, semble reconnaître qu'il faut s'intéresser davantage au problème. Il assure qu’il va s’y attaquer en 2017, mais sans faire de promesse précise.

Quant au Centre d’aide aux victimes de torture, il espère qu’il n’aura pas à attendre jusqu’au dépôt du prochain budget au printemps, avant de recevoir de l'aide supplémentaire.

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