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Manque de soins pour les sevrages derrière les barreaux, selon d’ex-détenues

Deux anciennes toxicomanes et ex-détenues du centre correctionnel Pine Grove, en Saskatchewan, se sont confiées en exclusivité à Radio-Canada pour dénoncer le manque de soins de santé adéquats dans cette prison. Tanya Sayer et Chantel Huel espèrent attirer l'attention sur le sort des femmes incarcérées dans ce centre.

Un texte d'Omayra Issa

Bien qu'elles soient aujourd'hui en liberté et qu'elles ne soient plus dépendantes à des substances illicites, Tanya Sayer et Chantel Huel sont toujours à fleur de peau lorsqu'elles se rappellent leur sevrage d'opiacés pendant leur détention au centre correctionnel Pine Grove. Elles allèguent qu'elles n'ont pas été traitées pour des symptômes de sevrage dans cette prison pour femmes lors de leur séjour.

Délaissées en douleur

Tanya Sayer souffrait de dépendance à la cocaïne, à l'héroïne, à la morphine, à l'hydromorphine et à la ritaline lorsqu'elle est arrivée à Pine Grove en 2012. Elle soutient qu'elle n'a eu aucun examen médical à son arrivée, bien que la province doit soumettre les prisonniers à une évaluation médicale dans les 24 heures suivant leur arrivée dans un centre correctionnel.

Son sevrage a été très éprouvant, témoigne-t-elle. Elle a souffert de diarrhée, elle a vomi, a eu des douleurs musculaires à tel point qu'elle pensait se suicider pour mettre fin à sa souffrance. Elle allègue avoir été au lit pendant 14 jours et qu'aucun employé de la prison ne vienne la voir. Mme Sayer affirme qu'elle n'a reçu aucune aide médicale pendant son sevrage.

Chantel Huel a elle aussi mené un combat acharné contre une dépendance aux opiacés, à la méthadone et au crack. Pendant sa détention, en 2013, elle a été malade pendant dix jours. Seules ses codétenues lui ont tendu la main pendant son sevrage, dit-elle.

Le ministère de la Justice n'a pas voulu commenter les allégations des deux femmes. Le porte-parole Drew Wilby assure que la province révise ses pratiques d'intervention auprès des toxicomanes en prison à la lumière de récents décès.

Un accès restreint aux services de santé

La directrice générale de la Société Elizabeth Fry en Saskatchewan indique que son organisation reçoit très souvent des appels de prisonnières qui n'ont pas accès à des soins médicaux. Sue Delaney précise que les services sont quasiment inexistants au moment voulu. Elle souligne que plusieurs femmes en sevrage sont laissées à elles-mêmes dans leur cellule.

Les femmes toxicomanes devraient recevoir des services de désintoxication dans la communauté plutôt que d'être incarcérées, fait valoir Sue Delaney.

La toxicomanie : un problème de grande envergure

Environ 80 % des prisonniers de la Saskatchewan ont des problèmes de dépendances, selon le porte-parole du ministère de la Justice, Drew Wilby. Il reconnaît que l'ampleur du problème force le gouvernement à revoir ses politiques d'intervention auprès des toxicomanes, notamment à la lumière de récents incidents dans les centres correctionnels.

Le ministère de la Justice soutient que des infirmières sont en poste au centre correctionnel Pine Grove de 7 h à 22 h 45, sept jours sur sept, mais Drew Wilby ne précise pas si la province a un programme de désintoxication pour les toxicomanes. Il souligne qu'un médecin peut aussi être joint par téléphone si une prisonnière a des facultés affaiblies en raison de consommation de drogues. Il ajoute qu'en cas de toxicomanie, les prisonnières sont surveillées et transférées dans un centre médical au besoin.

Fortes de leur expérience, Tanya Sayer et Chantel Huel disent que ce n'est pas suffisant. Elles croient qu'un programme de désintoxication dans la prison Pine Grove est nécessaire.

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