BILLET - Le calvaire du Canadien arrivera enfin à sa conclusion samedi soir. Disons les choses comme elles sont : Marc Bergevin et ses conseillers ont baissé leur garde et connu une mauvaise année. Par conséquent, le directeur général du CH doit assumer l'entière responsabilité de la débandade à laquelle les partisans ont assisté depuis le 25 novembre dernier.

Un texte de Martin Leclerc

L'été dernier, au lendemain de l'élimination de l'équipe contre le Lightning de Tampa Bay, Marc Bergevin a sans doute tenté de poser des gestes significatifs pour rehausser la qualité de sa formation. La signature du défenseur Jeff Petry pour cinq ans a été sa plus belle réussite. Mais malheureusement, handicapé par une hernie sportive cette saison, Petry n'a pu se faire justice.

Pour parer à la plus grande faiblesse du Canadien - le manque de punch en attaque - Bergevin a toutefois été contraint de faire ses emplettes au rayon des pièces usagées et abîmées. Ou au casino, c'est selon.

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Le 1er juillet, il a cédé Brandon Prust et un choix de cinquième tour aux Canucks de Vancouver contre Zack Kassian, dont les problèmes personnels étaient largement documentés. Ce pari n'a pas rapporté.

Impliqué dans un accident de la circulation et blessé au petit matin au début d'octobre, Kassian a passé plusieurs mois dans un centre de désintoxication et n'a pas disputé un match avec le Tricolore. Il a ensuite été échangé aux Oilers d'Edmonton.

Quant à Prust, son caractère et son enthousiasme n'ont jamais été remplacés.

À la fin juillet, Bergevin a acquis Alexander Semin pour une bouchée de pain sur le marché de l'autonomie. À l'évidence, cette embauche quasi désespérée avait très peu de chances de réussir. Et ce qui devait arriver arriva. Avant la fin de novembre, après avoir été utilisé sporadiquement, Semin montait à bord d'un avion en direction de la Russie.

Finalement, le vétéran de 31 ans Tomas Fleischmann a mérité un poste après s'être présenté au camp à titre de simple invité.

Fleischmann affichait sept buts et huit passes à sa fiche à la fin de novembre. En décembre, l'attaquant a commencé à avoir de la difficulté à suivre le rythme. Il n'a inscrit que trois buts lors des trois mois suivants avant d'être envoyé à Chicago.

Côté renfort offensif, Michel Therrien a donc dû ronger son frein.

Parmi les équipes qualifiées pour les séries l'an dernier, le CH était celle qui avait inscrit le moins de buts, et même si l'organisation avait été particulièrement épargnée par les blessures. Malgré la fragilité de la situation, l'état-major s'en est remis à des coups de dés et à des prières.

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Le même genre de faute a été commis à la fin de novembre quand Carey Price s'est blessé pour la seconde fois, sur la patinoire du Madison Square Garden.

Avant même que la saison débute, le CH apparaissait dangereusement vulnérable à la position de gardien. Un peu comme une équipe de la MLB entreprenant une campagne de 162 matchs avec un partant numéro un et quatre partants numéro cinq.

Après Carey Price, le numéro deux de la hiérarchie était Mike Condon, un gardien qui avait peu joué dans les rangs collégiaux américains et qui ne comptait qu'une saison d'expérience dans la Ligue américaine. Pour Condon, la perspective de disputer une quinzaine de matchs et de seconder le meilleur gardien au monde, dans le marché le plus impitoyable de la LNH, constituait déjà un défi de taille.

Le numéro trois de l'organisation, Dustin Tokarski, ne comptait que 33 matchs d'expérience dans la LNH et il avait perdu la confiance des entraîneurs du CH en 2014-2015. Quant à Zach Fucale, il n'était âgé que de 20 ans et entreprenait sa première saison chez les professionnels.

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Quand Price s'est blessé pour la seconde fois le 25 novembre, le pronostic des médecins annonçait une convalescence minimale de six à huit semaines, ce qui correspondait au quart du calendrier.

Comme en témoigne cette chronique datée du 1er décembre 2015, l'urgence de la situation sautait aux yeux et la plus élémentaire prudence commandait l'acquisition rapide d'un gardien d'expérience pour s'assurer de stabiliser le bateau.

La catastrophe était clairement annoncée. Tous les voyants lumineux étaient rouges. Malgré cela, l'état-major du Tricolore a décidé de persister avec le duo Condon-Tokarski. C'est à ce moment précis que s'est joué le sort du Canadien.

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De façon générale, la formation a répondu de façon honorable à l'absence de Price. Le CH a continué à dominer ses adversaires pour la possession de rondelle (10 fois en 14 matchs en décembre) et à obtenir plus de chances de marquer que ses adversaires. Mais devant le filet, tout s'est écroulé.

Entre le 1er décembre et le 26 janvier, les gardiens du CH ont affiché un taux d'efficacité de ,900 pas moins de 15 fois en 25 matchs (soit, 60 % du temps). Or, dans la LNH, les chances de victoire s'élèvent à 7 % quand un gardien maintient un taux inférieur à ,900.

D'un même élan (et pas nécessairement lors des mêmes matchs), les gardiens du CH ont accordé le premier but 15 fois durant cette séquence de 25 rencontres. Pour mesurer l'importance de cette statistique, notons qu'une seule équipe de la LNH présente une fiche supérieure à ,500 cette saison (Washington) après avoir accordé le premier but au cours d'un match. La saison dernière, seuls les Islanders de New York avaient réussi l'exploit.

Incapable de jouer du hockey de rattrapage en raison de son manque de profondeur à l'attaque, le CH a présenté une incroyable fiche de ,722 cette saison lorsqu'il inscrivait le premier but. Mais quand l'adversaire était le premier à secouer les cordages, le taux de réussite du Tricolore s'est élevé à... ,227!

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Durant ces huit semaines surréalistes au cours desquelles Michel Therrien et ses hommes ont été abandonnés à leur sort, l'équipe a compilé une fiche de 6 victoires et 19 revers. Elle a traversé la pire séquence de son histoire, rien de moins.

Le 27 janvier, la côte à remonter était devenue tellement abrupte que l'équipe était déjà éliminée du portrait éliminatoire. Même si Price était revenu au jeu au début de février, les dommages étaient tels que l'équipe aurait probablement raté les séries de toute manière. L'élimination du club n'est donc pas le fruit d'un mauvais pronostic des médecins.

Il est vrai que Bergevin avait fait l'acquisition du vétéran gardien Ben Scrivens dans les dernières heures du mois de décembre.

Mais il était alors déjà trop tard. Sans oublier le fait que Scrivens était alors le quatrième gardien de l'organisation des Oilers d'Edmonton. On ne parle pas d'une grosse bouée de secours. Encore là, cette acquisition offrait de très faibles possibilités de succès.

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Le 28 décembre dernier, Bergevin a justifié son immobilisme en déclarant que, de toute manière, il était impossible de dénicher sur le marché un gardien capable de remplacer Carey Price.

Avec respect, c'était Mike Condon, un gardien recrue, qu'il fallait remplacer. Pas Carey Price.

Et le 21 janvier, le DG du Canadien a courageusement affronté la tempête. Il a alors déclaré qu'il assumait l'entière responsabilité de la débandade de son club.

Encore aujourd'hui, on ne peut que partager cette analyse.

Marc Bergevin a réalisé un travail colossal depuis son arrivée à Montréal, mais les faits parlent d'eux-mêmes : il a baissé sa garde cette année. Ça arrive dans les meilleures familles. L'effondrement des derniers mois aura au moins eu le mérite de faire ressortir des faiblesses qui ne peuvent plus être ignorées. Son bilan de la semaine prochaine s'annonce donc extrêmement intéressant.

À toute épreuve, le blogue de Martin Leclerc.

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