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Maria Toorpakai, une raquette contre les talibans et le sexisme

Une jeune Pakistanaise de Toronto est sortie des griffes des talibans pour devenir une athlète d'élite mondiale. Maria Toorpakai a vaincu la discrimination dans son Pakistan natal pour devenir championne de squash. Et, aujourd'hui, elle lutte pour les droits des jeunes filles à l'éducation.

Un texte de Christian Noël

Une goutte de sueur coule sur sa tempe droite. Maria Toorpakai l'essuie distraitement. Elle reprend son souffle après un petit entraînement de squash. Quand elle parle, sa voix est douce, mais ses yeux brillent de détermination. Une détermination qu'elle a forgée en vivant une vie secrète dès son jeune âge.

« Quand j'avais quatre ans et demi, j'ai coupé mes cheveux, j'ai brûlé mes robes de petite fille et j'ai mis les vêtements de mon frère. J'ai dit à mon père que je voulais être comme les garçons et jouer dehors, au lieu de rester à l'intérieur comme les autres filles », témoigne-t-elle.

Son père est favorable à l'idée. Il décide de cacher l'identité de sa fille et de l'élever comme un garçon. Cheveux courts, vêtements masculins. Elle allait à la chasse avec les hommes et assistait aux compétitions sportives.

 Ce fut un point décisif. « Mon père n'aurait jamais remarqué mes qualités athlétiques si je n'avais pas été élevée comme un garçon. »

Une double vie dangereuse

Maria a grandi dans un village ultraconservateur de la région du Waziristan, une région tribale du Pakistan, à la frontière avec l'Afghanistan.

« Pour une fille, c'est un sacrilège d'avoir les cheveux courts, sans voile, avec des vêtements de garçon. Je devais cacher mon identité. C'était dangereux. »

Elle a l'appui de son père, un progressiste qui prêche en faveur du droit des femmes dans les conseils régionaux.

« Mon père nous disait : "peu importe votre sexe, ce qui compte c'est l'être humain et votre âme. Et l'âme, ce n'est ni masculin ni féminin". » Ce qui lui vaut souvent des représailles de ses voisins.

Le squash et les talibans

Enfant, Maria a une personnalité agressive. Elle se bat souvent contre des garçons (et gagne!). Pour canaliser cette énergie, son père l'inscrit à des cours de squash. C'est la piqûre! Elle joue dans la catégorie des garçons.

« Mais à l'adolescence, mon corps de jeune fille a commencé à changer. C'était plus difficile de cacher mon identité. » Quand son secret est éventé, tout change.

« Les garçons ne voulaient plus jouer contre moi, parce qu'ils avaient peur de perdre et d'être déshonorés. Mes anciens amis m'ont lâchée, se rappelle-t-elle. Je me faisais harceler dans la rue, crier des insultes. C'était surprenant et choquant pour moi. J'avais été élevée comme un garçon, je n'avais jamais été exposée à ça. »

Plus tard, quand elle est devenue une athlète d'élite, elle a soulevé l'outrage dans la communauté et attiré l'attention des ultraconservateurs.

Isolée, elle doit abandonner ses compétitions et son entraînement. Elle est forcée de rester à la maison. Elle continue de frapper des balles de squash contre le mur de sa chambre, mais ce n'est pas la même chose.

Un Canadien à la rescousse

Privée de compétitions pendant trois ans, Maria désespère. Elle envoie des milliers de courriels dans les collèges et les universités occidentales, afin de trouver un entraîneur pour la prendre sous son aile. Elle reçoit une seule réponse : celle du Torontois Jonathon Power, ex-champion mondial, une sorte de Mario Lemieux du monde du squash.

« C'est quasiment impossible pour une jeune fille d'arriver au top dans une culture d'hommes, indique Jonathon Power. Il faut avoir une détermination sociale, un caractère fort, et je voulais l'aider. » 

À leur première rencontre, Maria lui dit qu'elle veut devenir championne mondiale de squash. Malgré son talent avec une raquette (un style classique pakistanais), Jonathon lui dit qu'elle aura du pain sur la planche. « Elle était dans sa chambre pendant trois ans sans jouer. Alors, quand elle est arrivée au Canada, elle n'était pas en forme. »

Mais la principale qualité de Maria, ajoute-t-il, c'est sa détermination.

Retour au Pakistan

En cinq ans, Maria est devenue la championne du Pakistan en squash, et s'est hissée au 50e rang mondial. Quand elle retourne dans son pays natal pour des compétitions, elle est accueillie en héroïne par des centaines de jeunes filles.

« Le squash au Pakistan, c'est comme le hockey ici, explique Jonathan Power. Les jeunes filles voient Maria comme un Dieu, elles sont tellement fières. »

Aujourd'hui, en plus de vaincre ses adversaires sur le court, Maria se bat pour le droit des jeunes filles du Pakistan et de l'Afghanistan. Sa fondation construit des écoles et des centres sportifs.

« Les jeunes filles doivent savoir qu'elles peuvent devenir des athlètes, des ingénieures ou des médecins », dit-elle.

Elle reconnaît avoir eu de la chance, celle d'avoir des parents à l'esprit ouvert qui l'ont appuyée.

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