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Marie-Maude Denis, Isabelle Richer et Alain Gravel surveillés comme des suspects par la SQ

Six journalistes ont été ciblés en 2013 par des mandats qui permettaient aux policiers de la Sûreté du Québec (SQ) d'obtenir le registre des appels entrants et sortants de leurs téléphones. Marie-Maude Denis, Isabelle Richer et Alain Gravel, de Radio-Canada, et Éric Thibault, du Journal de Montréal, ont été parmi les personnes visées. La SQ confirme cette procédure et affirme que ces journalistes étaient considérés comme des « suspects ».

En 2013, le ministre de la Sécurité publique de l'époque, Stéphane Bergeron, avait demandé au directeur général de la SQ d'alors, Mario Laprise, de faire la lumière sur les fuites autour de l'enquête policière sur la FTQ. M. Bergeron aurait formulé cette demande à la suite d'une plainte venant, elle, de Michel Arsenault, président de la FTQ.

Les journalistes étaient des suspects aux yeux de la SQ

La SQ a confirmé qu'elle a enquêté sur les activités de six journalistes en 2013. Son porte-parole, le capitaine Guy Lapointe, a affirmé à l'émission 24/60 que ces journalistes étaient considérés comme des « suspects », en vertu de l'article 193 du Code criminel qui porte sur l'utilisation ou la divulgation d'une communication privée.

Il a expliqué que c'est le seul dossier au cours des 20 dernières années qui a été révélé après les vérifications demandées par le gouvernement Couillard. Il a toutefois précisé que cette procédure ne prévoyait aucune écoute électronique ni surveillance par géolocalisation des personnes visées. 

Le directeur général de la SQ, Martin Prud'homme, en poste depuis deux ans, a réclamé mercredi au ministère de la Sécurité publique qu'une enquête soit effectuée par « un tiers indépendant » afin d'examiner le recours à cette méthode dans le cas de journalistes.

M. Lapointe n'a pas précisé si ce mandat devrait être confié au Bureau des enquêtes indépendantes (BEI), comme le réclame le Parti québécois. « Il va appartenir au ministère de la Sécurité publique de décider à quelle entité cette enquête sera confiée, a-t-il dit. Notre demande est que ce soit confié à un organisme indépendant de la Sûreté du Québec. »

Le ministre Coiteux annonce une enquête administrative sur la SQ 

Le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, ne juge pas utile de confier ce cas au Bureau d'enquêtes indépendantes, estimant que les mesures annoncées mardi par Québec étaient suffisantes.

« Le BEI, son rôle, c'est de faire des enquêtes de nature criminelle, portant sur des individus. Pas quelles sont les pratiques d'un corps policier », a-t-il précisé.

M. Coiteux préconise une enquête administrative qui sera menée par son département, assurant qu'« il y a une totale distance entre les équipes du ministère qui ont à faire respecter les lois et les pratiques au Québec et le corps de police qu'est la Sûreté du Québec. Il n'y a pas un cordon ombilical ».

Le ministre a rappelé que l'enquête de la SQ sur des fuites avait été décidée à la suite d'un appel d'un ministre de la Sécurité publique péquiste.

Stéphane Bergeron nie tout

Stéphane Bergeron, qui est désormais porte-parole de la sécurité publique pour le PQ, affirme n'avoir jamais « mis de pression » sur l'ancien DG de la SQ, Mario Laprise, pour lancer une enquête afin de découvrir la source des fuites.

« J'ai seulement demandé à M. Laprise ce qui se passait. Mario Laprise m'a dit qu'il avait quelque chose qui ne tournait pas rond et qu'il allait déclencher une enquête. »

Dans le cas de la surveillance des journalistes qu'auraient exercée les policiers, Stéphane Bergeron nie catégoriquement l'avoir autorisée.

En conférence de presse, aux côtés de son chef, Jean-François Lisée, il a déclaré : « Je n'ai évidemment pas demandé la surveillance. C'est une initiative que je n'aurais jamais autorisée, c'est une initiative dont je n'ai jamais été informé, avant il y a quelques instants. »

Stéphane Bergeron estime maintenant qu'il revient au Bureau des enquêtes indépendantes de faire la lumière sur cette affaire.

Une crise sans précédent, dit le directeur de l'information de Radio-Canada

« Nous allons prendre tous les moyens à notre disposition pour savoir ce qui s'est passé et nous assurer de la confidentialité de toute information qui touche nos journalistes », a déclaré Michel Cormier, le directeur de l'information à Radio-Canada.

De l'avis de Michel Cormier, « ce qui est en cause, ce sont les sources confidentielles ».

Le directeur de l'information de Radio-Canada qualifie la situation de « crise sans précédent ». « C'est une crise de confiance totale entre l'État et la police et c'est une crise de démocratie importante », dit-il. 

« Les services juridiques de Radio-Canada sont à pied d'œuvre pour savoir ce qui s'est passé et protéger les informations personnelles de nos journalistes », a ajouté Michel Cormier. Ce dernier exige de savoir « qui a fait quoi », de manière à comprendre « la genèse de ces décisions ».

Des dommages incalculables pour la liberté de presse

En entrevue sur ICI RDI, mercredi, les journalistes Marie-Maude Denis et Isabelle Richer se sont dites inquiètes pour la liberté de presse. 

« Ça ébranle tout ce qu'on prend pour acquis », a dit Marie-Maude Denis. « La liberté de presse est une chose volatile », a déploré quant à elle Isabelle Richer, qui affirme se demander « à rebours à qui [elle a] parlé ».

Les deux reporters s'alarment à l'idée que des gens puissent, à l'avenir, se retenir de communiquer des informations aux médias, de crainte d'être potentiellement surveillés par les forces policières. « Il ne faut pas que les gens arrêtent de nous parler », a plaidé Mme Denis.

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