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Marier fine cuisine et réinsertion sociale à Mont-Laurier

À Mont-Laurier, dans les Hautes-Laurentides, un restaurant de fine cuisine permet à une dizaine de personnes vivant de l'aide sociale de reprendre leur place dans la société. Mais l'établissement, très couru dans cette région, voit son avenir compromis par la réforme de l'aide sociale de Québec.

Un texte de Francis Labbé

Le Café de La Gare propose depuis quatre ans un menu de type gastronomique en cinq services. Sa popularité est grandissante, au point où il faut s'y prendre longtemps à l'avance pour y obtenir une table lors d'occasions spéciales, comme le temps des Fêtes.

Autre particularité, ici, on ne remet pas d'addition aux clients. « Les gens font une contribution volontaire, que l'on remet à l'organisme qui chapeaute le Café de La Gare, La Maison Lyse-Beauchamp », explique le coordonnateur du Café, Luc Fleurent.

« Les gens sont généreux, nous avons atteint l'équilibre budgétaire pour la première fois l'an dernier », poursuit Luc Fleurent. 

Réinsertion sociale

L'établissement est avant tout un plateau de travail, qui permet à une dizaine de personnes de reprendre une place en société. C'est le cas de François Dubuc, qui est serveur depuis quatre ans.

« Je suis arrivé ici avec seulement un sac de vidanges. Toutes mes affaires étaient dedans », confie-t-il.  À l'époque, il traversait une crise personnelle qui l'a emmené en centre d'hébergement.

Il s'est retrouvé à la Maison Lyse-Beauchamp, un organisme de Mont-Laurier qui offre plusieurs services aux personnes dans le besoin, notamment pour les toxicomanes aux prises avec un problème de santé mentale.

Dès l'ouverture du Café de La Gare il y a quatre ans, François Dubuc y a fait son entrée. « Ce que ça m'a rapporté? Oh là là. Une nouvelle vie, un nouveau départ. Et la récupération de mon fils. »

« J'accueille du monde, parfois ils sont sur l'aide sociale, parfois ils sont en cure », précise Luc Fleurent, qui voit particulièrement à l'insertion sociale de ses employés.

Martine Cardinal est passée elle aussi par le centre d'hébergement de la Maison Lyse-Beauchamp avant de faire son entrée comme aide-cuisinière au Café de La Gare en avril dernier.

« Ça nous aide beaucoup à revenir sur le marché du travail. C'est très bon pour l'estime de soi, ça nous valorise beaucoup et c'est un très bon climat de travail », explique Mme Cardinal, qui a célébré dernièrement sa première année de sobriété.

Lors de notre passage, Jessy Scott en était à sa première visite. « C'est très bon. Pour un repas à plusieurs services, c'est abordable à n'importe qui. Et comme les fonds vont à la Maison Lyse-Beauchamp en plus, c'est bien pour la communauté », explique M. Scott.

Des organismes en danger

La Maison Lyse-Beauchamp étant touchée de plein fouet par la récente réforme de l'aide sociale du gouvernement du Québec, la survie à long terme du Café de La Gare est menacée.

Depuis mai dernier, un bénéficiaire de l'aide sociale qui vit dans un centre d'hébergement voit sa prestation passer de 700 $ à 200 $ par mois. Pour éviter cette perte de revenus, ils délaissent les établissements comme celui-ci. Les chambres sont vides et les coffres de plusieurs centres d'hébergement aussi.

La majeure partie du financement de l'organisme est versé par Québec en fonction du nombre de personnes hébergées.

L'organisme était dans une telle précarité que le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) des Laurentides a modifié les versements de son aide financière pour lui apporter plus de liquidités à court terme.

« Tout ce qu'on peut faire localement, je crois qu'on l'a fait », explique le porte-parole du CISSS des Laurentides, Alain Paquette.

« Cet organisme-là permet entre autres d'éviter le recours à l'urgence pour certaines clientèles. Donc c'est important d'être solidaire avec cet organisme-là, qui réalise de petits miracles quotidiennement dans la communauté. »

Les employés indignés

Au Café de la Gare, la réforme de l'aide sociale indigne les employés, qui sont passés par là il n'y a pas si longtemps.  « Personnellement, je trouve ça horrible parce que les gens se prennent en main et le gouvernement les coupe. Il va y avoir plus de toxicomanie, de crimes », affirme Sylvie Champagne, employée depuis trois ans.

Les dirigeants de la Maison Lyse-Beauchamp et des représentants du ministère de la Solidarité sociale doivent se réunir au cours des prochains jours pour amorcer les procédures qui pourraient mener à une aide d'urgence. 

« Il nous faut une solution permanente au financement pour que nous puissions poursuivre notre mission », conclut Fanny Gauthier.

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