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Marine Le Pen minimise le fait que les élus québécois ne veuillent pas la rencontrer

Aucun politicien québécois n'a voulu rencontrer la présidente du Front national (FN), Marine Le Pen, en voyage d'une semaine au pays, mais la principale intéressée assure ne pas s'en formaliser. Son « rôle », a t-elle affirmé à Radio-Canada, est d'alerter la population face aux « dangers » de l'immigration, du multiculturalisme et de la mondialisation.

Le fait que les élus du Québec la boudent est révélateur de leur frilosité et non du message qu'elle véhicule, a-t-elle affirmé au micro de Michel C. Auger, à Midi Info.

« La classe politique québécoise me fait penser à la classe politique française d'il y a 20 ans, pleine de bons sentiments, très dans le consensus, où personne n'ose dire la vérité, personne n'ose appeler un chat un chat », a-t-elle soutenu.

« Je suis en quelque sorte le symbole de tout ce à quoi ils se sont soumis, de tout ce qu'ils ont renié dans le combat pour l'identité, pour la souveraineté, alors ils n'aiment pas beaucoup être mis face à ce miroir, à cette réalité. C'est peut-être pour ça qu'ils cherchent à me fuir », a-t-elle ajouté.

« L'immigration est un danger, [...] le communautarisme est un danger, dit-elle sans ambages. Il serait bon qu'une voix se lève, courageuse, pour venir défendre l'ensemble des Québécois qui ont cette pensée-là et qui m'écrivent à moi. »

Plaidoyer contre la rectitude politique

« Il n'y a pas de débat au Québec sur tous ces sujets-là. Le débat est tabou, le débat est interdit. Dès que vous n'êtes pas d'accord avec la pensée unique, vous êtes traités de fascistes, de racistes, de xénophobes, etc. », a-t-elle affirmé, accusant le premier ministre, Philippe Couillard, et le chef de l'opposition officielle, Pierre Karl Péladeau, de se soumettre « à cette pression du politiquement correct ».

Si, au cours des derniers jours, Marine Le Pen a dit voir des intérêts communs avec le Parti québécois - la défense de la francophonie et de la souveraineté -, le chef de la formation, Pierre Karl Péladeau, a tenu à se « dissocier formellement » de la rencontre que de jeunes militants péquistes ont eue avec elle. Le Front national est « aux antipodes des valeurs du Parti québécois », a-t-il déclaré.

Au cours de l'entrevue, la réplique de Marine Le Pen a été cinglante, celle-ci accusant le chef péquiste de mal connaître les valeurs du Front national et de se soumettre au « terrorisme intellectuel ».

Son voyage, dit-elle, suscite des doutes sur la volonté du PQ de défendre la francophonie. Le PQ aurait dû dénoncer l'augmentation des droits de scolarité des étudiants français au baccalauréat, poursuit-elle, passant sous silence que le tiers des étudiants français s'inscrivent en fait à l'Université McGill.

Elle dresse le même constat sur la défense de la souveraineté. « Je finis par m'interroger, car l'immigration massive, l'ouverture totale, la soumission à tous les traités de libre-échange, c'est exactement l'inverse de la défense de la souveraineté », argue-t-elle.

Elle approuve davantage le style du républicain Donald Trump ou du démocrate Bernie Sanders, qu'elle qualifie d'« hommes libres ». Leur ascension démontre selon elle le rejet populaire des classes politiques « issues du consensus », soumises aux intérêts particuliers et à l'argent. 

Sus à l'immigration

Si plusieurs jeunes Français quittent la mère patrie pour immigrer au Québec, elle y voit un rejet du modèle européen.

« Les Français qui ont fui la France et qui me contactent me disent qu'ils ont fui l'immigration massive, ils ont fui le communautarisme, ils ont fui les accords de libre-échange qui sont en train de ruiner notre économie », affirme-t-elle, se posant notamment en lanceuse d'alerte contre « la mondialisation sauvage ». Dans les faits, le Canada est signataire de nombreux traités de libre-échange et il a amorcé des négociations et des discussions préliminaires avec plusieurs interlocuteurs pour éventuellement en signer d'autres.

Comme elle l'a fait dimanche dans le cadre de la Journée de la Francophonie, elle a en outre livré un réquisitoire contre l'immigration, notamment l'arrivée au Canada de 25 000 réfugiés syriens. « C'est une erreur parce que d'autres suivront », lance-t-elle.

« Je crois également qu'accueillir une immigration massive dans un modèle communautariste, c'est prendre le risque de la confrontation des cultures, des identités », ajoute Marine Le Pen.

« Le Québec me fait penser à la Belgique, qui elle aussi était très défenseur du modèle multiculturel, communautariste, qui s'en est réjouie et qui, aujourd'hui, pleure le choix de ce modèle parce qu'[elle] est confrontée, évidemment, à toute une série de difficultés très lourdes, au premier rang [desquelles] le terrorisme », a-t-elle soutenu.

« Des groupes politico-religieux se servent [du] communautarisme pour recruter, pour faire pression sur les gouvernements afin de soumettre les lois à leur vision des choses, croit-elle. Celle des fondamentalistes islamistes est tout à fait incompatible avec nos valeurs », dit-elle. 

« Il y a un problème fondamentaliste islamiste au Canada. Ne pas le voir, refuser de le voir, c'est à mon avis extrêmement grave. Il y a des gens qui professent, il y a des gens qui recrutent, et le problème, c'est que le pays des Bisounours dans lequel semble vivre la classe politique canadienne leur rend à mon avis le travail assez facile. »

Il serait illusoire de croire que le Canada est à l'abri d'attentats, poursuit la politicienne, qui croit que le groupe armé l'État islamique a infiltré les réfugiés syriens. 

« Vous avez déjà subi un attentat, quand même. Vous voyez que les modes de vérification ne sont pas toujours adéquats », avance-t-elle, avant que Michel C. Auger ne souligne que les attentats d'Ottawa et de Saint-Jean-sur-Richelieu, en 2014, avaient en fait été commis par des citoyens canadiens.

Aux élections présidentielles de 2012, les Français de Montréal ont voté à 6,8 % pour Marine Le Pen, doublant ainsi le score de son père Jean-Marie Le Pen en 2007.

McCallum pas surpris

Invité à commenter la venue de Mme Le Pen au Canada, en marge des travaux à la Chambre des communes, le ministre de l'Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté du Canada, John McCallum, a affirmé : « Je pense qu'il y a au Canada un bon consensus au moins parmi la classe politique, au Québec et au Canada, en faveur de ces réfugiés. Donc le fait, selon ce que j'ai entendu, que les politiciens ne veulent pas lui parler ne me surprend pas. »

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