« Je suis extrêmement préoccupé », a dit le ministre de la Sécurité publique Martin Coiteux, vendredi, après avoir pris connaissance de nouvelles allégations, potentiellement criminelles, au sein du SPVM. Apparemment, une guerre de clans entre policiers gangrène depuis des années le deuxième corps de police en importance du Québec. Le gouvernement a donc décidé de sortir l'artillerie lourde et s'engage dans une enquête exceptionnelle afin de passer au peigne fin le SPVM. Une opération complexe qui nécessitera un leadership robuste.

Une analyse de Martine Biron

Le simple fait de marcher près d’un nid de guêpes peut déclencher chez ces insectes une attaque mortelle. Dès qu’elles se sentent menacées, la défense est impitoyable, les guêpes attaquent et deviennent hyper agressives. Disons-le ainsi, le gouvernement Couillard, en déclenchant une enquête majeure sur divers agissements au sein du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), vient peut-être de marcher sur un nid de guêpes.

Pour réussir à faire un véritable ménage et à changer la culture au sein du corps policier, sa volonté politique devra être inébranlable.

20 ans après le rapport Poitras

L’histoire récente nous apprend que ce serait une erreur de sous-estimer la résistance des policiers de Montréal à l’enquête que vient d’ordonner le ministre Coiteux. En fait, la culture du silence, l’omerta, semble faire partie de l’ADN du policier.

Le rapport de la commission Poitras sur les méthodes d’enquête à la Sûreté du Québec, pour ne nommer que celui-là, nous en donne un aperçu. Rendu public en 1998, ce rapport comporte un véritable répertoire de déviances policières. On ne compte pas les cas de policiers qui ont commis des délits de toutes sortes et qui n’ont jamais été accusés parce que leurs collègues ont simplement fermé les yeux.

Le rapport note « qu’une solidarité malsaine, se traduisant par la loi du silence et des représailles, semble sévir dans l’organisation ». Effectivement, ceux qui ont pris le risque de parler l’ont payé très cher. Ostracisés par leurs collègues, abandonnés par leurs syndicats, plusieurs ont dû quitter le service policier prématurément.

Les choses ne semblent pas avoir beaucoup changé. On peut certainement s’étonner que le chef Philippe Pichet, à la tête du SPVM depuis un an et demi, n’ait pas eu vent des allégations dans ses rangs.

L’enquête sur le SPVM, a dit le ministre Coiteux, regroupera les meilleurs enquêteurs du Québec. Aux enquêteurs de la Sûreté du Québec s’ajouteront d’autres des corps policiers de Québec, Longueuil et Gatineau ainsi que de la Gendarmerie royale du Canada (GRC).

L’ampleur du déploiement apparaît impressionnante, mais il faudra tenir compte des rivalités entre policiers de différents corps. Le gouvernement a donc nommé Me Madeleine Giauque pour cogérer l’enquête. La dirigeante du Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) connaît très bien la culture policière et elle n’est pas du genre à se laisser intimider. Sa détermination est reconnue.

À l’enquête criminelle s’ajoutera une enquête administrative, alors que le gouvernement parle d’un problème « systémique ». Là encore, s’il veut réussir, le ministre de la Sécurité publique devra choisir un enquêteur solide.

Mais, ultimement, la réussite de cette opération nettoyage reposera sur la volonté des policiers eux-mêmes d’assainir leurs mœurs. Il faudra les convaincre.

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