L'écrivain d'origine polonaise Martin Gray, dont la vie tragique a inspiré le livre Au nom de tous les miens, adapté plus tard pour le cinéma et la télévision, est mort dans la nuit de dimanche à lundi.

L'homme de 93 ans a été retrouvé dans la piscine de sa ferme de Ciney, dans l'est de la Belgique. Son corps sera examiné par un médecin légiste, même s'il n'y a « a priori rien de suspect », a précisé un porte-parole du parquet de Namur.

Né Mietek Grayewski à Varsovie en 1922, Martin Gray a été déporté au camp nazi de Treblinka, après que les nazis eurent envahi la Pologne. Sa mère et ses deux frères y seront assassinés dans une chambre à gaz.

Membre des sonderkommandos, ces équipes de juifs chargées de vider les chambres à gaz des corps, il est parvenu à s'échapper et à regagner le ghetto de Varsovie, où il retrouve son père, à la tête d'un groupe d'insurgés anti-nazis. Ce dernier sera finalement abattu sous ses yeux quelques jours plus tard.

Sans famille, Martin Gray rejoint alors l'Armée rouge jusqu'à la fin de la guerre. C'est au sein de l'armée soviétique qu'il marche sur Berlin au printemps de 1945.

M. Gray a ensuite vécu aux États-Unis pendant quelques années. C'est là qu'il rencontre sa première femme, avec laquelle il décide d'aller s'établir en France.

C'est là que l'horreur viendra le frapper de nouveau quelques années plus tard. En octobre 1970, sa femme et ses quatre enfants meurent lorsque leur maison du Var est ravagée par un incendie de forêt.

Ce sont ces deux drames qu'il raconte dans Au nom de tous les miens, écrit en 1971 avec la collaboration de l'auteur à succès Max Gallo. Son nom est depuis devenu synonyme de survivant. Le téléfilm, tiré du livre, sera diffusé en 1985.

« Il est libéré d'une souffrance »

En entrevue à RDI, l'auteure Mélanie Loisel, qui s'est entretenue des centaines d'heures avec Martin Gray en 2013-2014, en prévision de son livre Ma vie en partage, croit qu'il a dû vivre sa mort comme une libération. « Il retrouve les siens, et c'est peut-être le sentiment le plus profond, dans la mesure où j'ai l'impression qu'aujourd'hui, il est libéré d'une souffrance qu'il a portée toute sa vie, indescriptible », a-t-elle commenté.

Mme Loisel explique que Martin Gray avait accepté de s'entretenir avec elle, il y a quelques années, parce qu'il brûlait de transmettre ce qu'il avait appris aux plus jeunes générations. « Il se disait : "la mémoire, ça se transmet aux plus jeunes générations. C'est les plus jeunes générations qui vont les porter, pour plus de paix, plus de justice, moins de discrimination" », raconte-t-elle.

Mme Loisel a rappelé la vie et la résilience « hors du commun » de Martin Gray, mais aussi la « souffrance indescriptible » qui l'habitait.

« Je peux vous dire qu'à la fin de sa vie, je ne voyais pas un homme complètement en paix avec la vie. Il avait une souffrance. C'était un homme quand même exigeant, dur. Moi j'ai travaillé avec lui, et je peux vous dire que ce n'était pas de tout repos. Il était toujours dans l'action », fait-elle valoir.

Malgré les souffrances qu'il a vécues, sa vie a néanmoins été très riche, poursuit-elle. « Il tenait à rappeler à quel point, malgré tout, il a fait des rencontres extraordinaires. Il était l'ami de Picasso, de Charlie Chaplin. Il a voyagé à travers le monde. Il a refait sa vie. Il a mis de la vie dans sa vie, comme il aimait si bien le dire », dit Mélanie Loisel.

« Il a su refaire sa vie », résume-t-elle, en rappelant qu'il s'est marié à deux reprises et a eu cinq enfants après la mort de sa première famille, en 1970. « Il était heureux de voir ses enfants [et ses] cinq petits-enfants qui étaient arrivés au cours des derniers mois. » 

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