Les vives réactions négatives et ulcérées à la hausse de 3,3 % des taxes résidentielles annoncées dans le premier budget de la nouvelle administration à Montréal sont révélatrices de deux choses fondamentales : d'abord, trop de promesses électorales ne sont pas respectées; ensuite, beaucoup de gens sont allergiques aux hausses de taxes ou d'impôts et, dans certains cas, ils sont allergiques à leur simple existence!

Une analyse de Gérald Fillion

Taxe sur le carbone, taxe sur l’essence, taxe sur la malbouffe, sur le sucre ou sur la viande, taxe électronique, TVQ, TPS, TVH, taxe d’accise, taxe de bienvenue, taxes scolaires, taxes foncières, taxe sur le tabac ou l’alcool, hausse des tarifs dans les CPE, hausse des tarifs d’Hydro-Québec, demandes de permis pour construire, déconstruire, creuser, occuper, déplacer, modifier (on vous enverra la facture!), des frais de 100 $ pour un technicien, des frais d’ouverture de dossier, des frais de fermeture de dossier, de remboursement anticipé, des frais de transactions, des frais accessoires... oui, on peut comprendre l’exaspération des citoyens face à la hausse de taxes plus importante qu’attendu à la Ville de Montréal dans le premier budget de la nouvelle administration Plante-Dorais.

Mais. Mais, mais, mais, nos écoles, nos hôpitaux, nos autobus, nos trottoirs et nos conduites d’eau ne se construisent pas ou ne s’entretiennent pas avec l’air du temps ou avec le bonheur de vivre! Il faut financer les services publics et ça passe par les impôts, les taxes, les tarifs et des frais de toute sorte.

Et, bien que Valérie Plante ait rompu sa promesse de ne pas dépasser le taux d’inflation, il faut quand même se rendre compte que les infrastructures d’eau à Montréal souffrent et qu’elles ont un déficit d’entretien majeur que la Ville doit régler.

L’administration Coderre n’a pas jugé bon s’attaquer à cet enjeu avec plus de célérité, ce qui lui a permis d’augmenter les taxes et les dépenses de façon très modérée, sous l’inflation. Mais, tôt ou tard, des investissements allaient devenir nécessaires.

Malgré tout, même si ces investissements sont nécessaires, les gens ont l’impression d’être floués et surtaxés. Valérie Plante aurait dû expliquer plus clairement ses intentions durant la campagne électorale. Le lien de confiance avec les politiciens est mince et la nouvelle mairesse devra redoubler d’efforts pour le reconstruire.

La colère des gens s’appuie certainement sur une impression d’avoir été trompé par une personne qui promettait de faire les choses autrement. Mais elle vient probablement du fait aussi que les Québécois paient beaucoup de taxes et d’impôt. Malgré un filet social étendu avec des services publics plus larges qu’ailleurs, ils n’ont pas toujours l’impression d’en avoir pour leur argent.

Impôts et taxes élevés au Québec

Dans son bilan de la fiscalité au Québec, édition 2018, la Chaire en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke confirme, une fois de plus, que les Québécois sont parmi les plus taxés du Canada.

Ainsi, les impôts, les taxes à la consommation, les taxes foncières, les cotisations sociales, ce qu’on appelle le poids de la fiscalité, représentaient 38,5 % du PIB au Québec en 2016.

La Chaire en fiscalité constate que « le Québec a un taux de pression fiscale supérieur à la moyenne de l’OCDE (34,3 %) et supérieur à celui de 25 pays membres de l’OCDE sur 35. (...) Le taux de pression fiscale du Québec se rapproche davantage de celui des pays européens que de celui de ses voisins nord-américains, y compris les autres provinces canadiennes. »

Cela dit, c’est important de souligner que les pays les plus réputés en matière de qualité de vie, la Finlande, le Danemark, la Norvège, ont un poids de la fiscalité entre 40 % et 45 %. Les pays les plus inégalitaires, comme la Turquie ou les États-Unis, sont à 25 et 26 %.

C’est toujours au Québec que le taux de pression fiscale est le plus élevé au Canada, loin devant l’Ontario, la Colombie-Britannique et les provinces pétrolières.

Le Québec fait partie des endroits dans l’OCDE où le poids des impôts sur le revenu est le plus élevé, à 13,4 % du PIB, tout juste derrière l’Islande et le Danemark. Toutefois, plusieurs pays dépassent maintenant le Québec au chapitre du taux maximal d’impôt. Ce taux est de 53,3 % au Québec, contre 53,5 % pour l’ensemble du Canada, 54 % en France, 55,8 % au Danemark et 60,1 % en Suède.

Le Québec a réduit sensiblement le poids de la fiscalité pour les entreprises.

L’abolition des taxes sur le capital et la réduction des impôts ont permis une chute importante du taux effectif marginal d’imposition, de 36,1 % en 2005 à 17,1 % en 2015, en ligne pratiquement avec la moyenne actuelle de l’OCDE.

Le taux d’imposition combiné pour les sociétés est de 26,8 %, presque le plus faible au Canada. Il est en baisse depuis 2007, mais se situe au-dessus de la moyenne de l’OCDE, à 24,2 %.

Le mot taxe donne des boutons

Il est clairement difficile, de nos jours, d’annoncer de nouvelles taxes ou de les augmenter (surtout au-dessus du niveau d’inflation). On l’a vu récemment dans le discours du gouvernement fédéral, qui n’a cessé de justifier l’iniquité fiscale concernant Netflix par ce désir de ne pas vouloir augmenter les taxes des Canadiens.

Compte tenu des charges fiscales importantes au Canada, particulièrement au Québec, il est presque impossible aujourd’hui d’expliquer de façon rationnelle l’ajout ou la majoration d’une taxe. La mairesse de Montréal l’apprend à la dure ces jours-ci.

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