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Mauvaise performance du Manitoba en matière de justice pénale

Pour la deuxième fois, le Manitoba fait figure de mauvais élève en matière d'administration de la justice, dans le classement annuel effectué depuis 2016 par l'Institut Macdonald-Laurier.

Un texte de Barbara Gorrand

« Le système de justice pénale du Canada est confronté à une litanie de problèmes graves. » C’est en ces termes que les auteurs du rapport de l’Institut Macdonald-Laurier ouvrent leur analyse, sur la base de données compilées pour l’année 2017.

Richard Audas, l’un des co-auteurs de l’étude, relève d’ailleurs deux points essentiels à travers le pays. « De façon générale, les taux de criminalité ont globalement baissé, mais ce qui nous frappe, c’est que notre capacité à administrer la justice prend toujours plus de temps, et plus de ressources. »

Le Manitoba en est le parfait exemple. La Province obtient un F en ce qui concerne le coût de la sécurité publique par personne. Le nombre de personnes en attente de procès y est aussi le plus élevé au Canada. À l’opposé, l’Île-du-Prince-Édouard conserve sa position de bon élève du classement.

Richard Audas relève le peu de confiance que les Manitobains semblent accorder aux institutions judiciaires, « particulièrement aux services de police et au système judiciaire », précise-t-il. En effet, la confiance du public envers le système de justice et les tribunaux est la plus élevée en Ontario et au Nouveau-Brunswick, et la plus faible en Colombie-Britannique, au Manitoba et au Québec.

Mais surtout, le rapport souligne les taux d’incarcération des Autochtones, disproportionnés partout au pays mais considérés comme un « problème particulièrement sérieux » au Manitoba.

Philippe Richer, avocat criminaliste, explique que les conditions de probation souvent irréalistes alimentent le système. « Ce sont souvent les Autochtones qui se retrouvent dans cette position-là. » Il donne en exemple les heures de couvre-feu qu’on impose aux gens qui sont en libération conditionnelle : quand ce couvre-feu n’est pas respecté, ils sont renvoyés devant le tribunal et cela alourdit à la fois leur casier et leur peine. « Comment fait-on pour se défendre, pour dire je me suis fait arrêter après mon couvre-feu? Il n’y a aucune défense. Ça ne fait aucun sens et crée un système biaisé, un racisme institutionnel », explique le juriste.

L’avocat trouve « décourageant » que le Manitoba se trouve à nouveau au dernier rang des provinces canadiennes, et il y voit le résultat d’un mauvais emploi des ressources financières. « On remarque qu'il y a plus de dépenses pour la correction et le nombre de policiers que la moyenne du pays, et les ressources pour l’aide juridique, c’est-à-dire pour le côté de la défense, se trouvent en bas de la moyenne. Alors, il y a une iniquité ici qui devrait être réglée », affirme-t-il.

La ministre de la Justice du Manitoba, Heather Stefanson, a fait savoir que « les secteurs d’inquiétude mis en lumière par le rapport ne sont pas nouveaux pour les Manitobains ». La ministre ajoute que des évaluations ont été menées afin de trouver des possibilités d’amélioration du système, et que le résultat de ce travail débouchera sur un plan de modernisation du système de justice criminelle qui sera dévoilé sous peu.

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