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Mayweather-McGregor : un croisement critiqué entre sport et spectacle

Après les provocations, insultes et autres controverses, Floyd « Money » Mayweather et Conor « The Notorious » McGregor vont enfin en découdre samedi soir à Las Vegas pour empocher une cagnotte sans précédent dans l'histoire de la boxe et du sport-spectacle.

Les amateurs de sports de combat du monde entier ont les yeux rivés sur la sulfureuse capitale mondiale du jeu et des casinos où se déroulera, à partir de 21 h locales (23 h heure de l’Est) le plus improbable des duels, entre l'un des meilleurs boxeurs de l'histoire et une star des arts martiaux mixtes.

Un duel qui n'a pas sa place, selon l'ancien champion canadien Tony « Kid » Morrison. « [McGregor] n'a jamais montré ce qu'il savait faire dans un match de boxe », déplore-t-il dans une entrevue à CBC Sports.

« Si tu veux être un grand boxeur, tu dois te battre contre d'autres prétendants et faire ton chemin, mais lui, il commence contre le meilleur. »

Vendredi lors de la traditionnelle pesée, pour leur dernière rencontre avant de se retrouver sur le ring du T-Mobile Arena, Mayweather et McGregor sont restés fidèles aux rôles qu'ils ont endossés depuis que leur combat a été finalisé en juin.

À McGregor, la provocation : à 29 ans, l'ancien apprenti plombier d'un quartier difficile de Dublin, qui survivait il y a encore quatre ans avec des allocations de chômage, s'est une nouvelle fois amusé du grand âge de son adversaire (40 ans).

« Je ne l'avais jamais vu en aussi mauvaise forme physique, je vais l'écraser », a-t-il assuré pour le plus grand plaisir d'une marée verte de spectateurs irlandais.

Mayweather lui a répondu avec son habituelle arrogance: « Tu ne vas pas tenir jusqu’au bout, je ne suis pas inquiet », a insisté celui qui s'autoproclame le meilleur de l'histoire.

Un duel inéquitable

Le duel qui se déroulera selon les règles de la boxe anglaise en 12 rounds est a priori très déséquilibré.

McGregor va en effet faire ses débuts sur un ring face à un boxeur qui ne s'est jamais incliné depuis ses débuts professionnels (49 victoires, dont 26 par K.-O.) et qui, à défaut d'être spectaculaire, passe pour l'un des meilleurs défenseurs et contreurs de l'histoire.

Les puristes de la boxe continuent de présenter ce combat comme un spectacle ou une mascarade: « C'est comme si on se demandait si un joueur de ping-pong avait une chance de battre Roger Federer dans un match de tennis », résume Teddy Atlas, un entraîneur de boxe respecté.

Tony Morrison s'inquiète aussi de l'exemple présenté aux jeunes. « Beaucoup de jeunes viennent à mon gym et regardent tout de suite le ring. Je leur dis “non, ne pense pas à ça, tu n'as encore rien prouvé. Tu ne sais même pas encore comment donner un coup" », raconte-t-il.

Pire, certains commencent à s'inquiéter pour l'intégrité physique de McGregor, comme le boxeur britannique Amir Khan qui l'enjoint « à ne pas s'entêter trop longtemps s'il commence à prendre une raclée ».

Le président de l'Association des médecins de la boxe, Larry Lovelace, est allé plus loin en estimant que la commission sportive du Nevada n'aurait pas dû autoriser ce combat: « Ce que je redoute vraiment, c'est que quelqu'un soit sérieusement blessé », a-t-il expliqué au New York Times.

Un événement sans précédent

Aucun combat de boxe n'est comparable à celui qui se déroulera samedi soir, mais quelques parallèles avec l'histoire peuvent quand même être mentionnés.

Par exemple, en 1957, le champion poids lourds Floyd Patterson a défendu son titre contre Pete Rademacher, qui effectuait ses débuts professionnels en boxe, comme McGregor. Toutefois, contrairement à ce dernier, l'Américain avait une expérience significative dans les rangs amateurs, comme en témoigne sa médaille d'or olympique.

Muhammad Ali s'est aussi déjà battu contre un nouveau venu de la boxe - deux fois plutôt qu'une. Il a tenu un duel hors-concours contre Lyle Alzado, ancien ailier défensif des Broncos de Denver, dans la NFL, en 1979.

Trois ans plus tôt, il avait accepté de se battre contre le lutteur professionnel japonais Antonio Inoki, une légende dans son pays. Le combat avait été extrêmement décevant : Inoki avait passé la majeure partie des 15 rounds au sol, si bien qu'Ali n'a pu le frapper que 6 fois au total.

Une question d'argent

Mais McGregor et Mayweather sont depuis longtemps partis dans une autre dimension.

L'Irlandais, vainqueur de 21 de ses 24 combats de MMA où il peut utiliser ses coudes et genoux, est assuré de toucher le plus gros chèque de sa carrière, 70 millions au minimum, 100 ou 150 millions selon les prévisions les plus folles, tandis que Mayweather, sorti pour l'occasion de sa retraite dorée prise en 2015, pourrait empocher 250 millions de dollars!

À défaut du « combat du siècle », ses promoteurs ont mis sur pied le « Money Fight », littéralement le combat de l'argent, qui va battre, devant 20 000 spectateurs et un milliard de téléspectateurs à travers le monde, tous les records.

Les recettes, tirées des droits TV - il faudra débourser 99,99 dollars aux États-Unis et au Canada pour suivre le combat à la télévision -, des contrats de commandite et de la billetterie, devraient dépasser les 700 millions de dollars générés en 2015 par le « combat du siècle » entre Mayweather et Manny Pacquiao.

Les faiseurs de livres se frottent eux aussi les mains: jamais un combat de boxe n'aura suscité autant de paris, au point de se rapprocher par son ampleur du Super Bowl.

Il ne manque plus à ce spectacle qu'une finale improbable, une victoire du négligé contre le favori, ce qui en ferait l'une des plus grandes surprises de l'histoire du sport.

« Quand deux hommes se retrouvent face à face sur un ring, tout est possible », veut croire Dana White, le promoteur de McGregor. Si l'Irlandais triomphe, les amateurs de MMA vont se réjouir comme jamais, assure « Kid » Morrison.

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