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Mélina Roberge savait qu’elle servait de façade à l’importation de cocaïne en Australie

Mélina Roberge, qui fait partie du groupe de trois Québécois accusés et ayant plaidé coupable à des accusations d'importation de cocaïne en Australie, a admis en cour qu'elle savait qu'elle prenait part à une opération d'importation de cocaïne, et que son rôle consistait à faire paraître anodine la présence de plusieurs Québécois sur la croisière.

Julie Dufresne, envoyée spéciale à Sydney en Australie, pour Enquête

« Je devais être là et faire comme si j’étais en vacances, je devais être une façade pendant que les autres s’occupaient de la drogue », a dit la jeune femme de 24 ans devant le tribunal.

Mélina Roberge, originaire de Granby, avait d’abord plaidé non coupable aux accusations qui pourraient lui valoir une peine d’emprisonnement à vie. Toutefois, elle a expliqué qu’elle l’avait fait en suivant la recommandation de son ancien avocat, qui lui aurait laissé entendre qu’elle avait des chances de gagner son procès malgré sa connaissance de l’affaire.

Devant la juge Catherine Traill, dans le cadre des observations sur la peine, Mélina Roberge a admis que c’est un homme plus vieux qu’elle qui l’a recrutée pour cette opération.

Cet homme, qu’elle surnomme « Sugardaddy », mais qu’elle refuse d’identifier parce qu’elle a peur pour sa vie et pour celle des membres de sa famille, lui avait d’abord demandé « de faire un voyage pour importer de la drogue », mais elle a refusé. C’était lors d’un précédent voyage au Maroc, durant lequel, selon son propre aveu, elle avait été une escorte. Elle en est revenue avec 10 000 euros.

Ce « Sugardaddy » est ensuite revenu à la charge en lui disant que quelqu’un d’autre serait la mule, Isabelle Lagacé, selon elle. « Il m’a dit que mon rôle serait limité à celui de façade. »

À l’origine, ce n’est pas avec Isabelle Lagacé qu’elle devait partager sa cabine ni avec André Jorge Tamine – le troisième Québécois arrêté sur le navire –, mais avec un autre homme.

En fait, au moins six Québécois impliqués dans l’opération d’importation de cocaïne étaient à bord du Sea Princess lorsque le navire a quitté l’Angleterre pour cette croisière autour du monde. L’un d’eux est descendu en Nouvelle-Écosse, lors du premier arrêt du paquebot, et il n’est jamais remonté à bord. Cet homme avait pris l’avion avec Mélina Roberge, Isabelle Lagacé et André Jorge Tamine au départ de Montréal.

Mélina Roberge a raconté au tribunal qu’on lui avait donné 4000 euros pour ses dépenses personnelles durant cette croisière qui s’est arrêtée à New York, en Équateur, en Colombie, au Chili et en Polynésie française. Elle a admis s’être doutée que c’est au Pérou que la drogue avait été montée à bord du paquebot.

En larmes, elle a dit à la juge qu’elle avait énormément de remords pour les gestes qu’elle a faits.

Une fille « parfois assez naïve »

Mélina Roberge a pleuré durant le témoignage de sa mère. Chantal Duguay a raconté comment sa fille était « parfois assez naïve ». Elle savait que Mélina s’était fait offrir un voyage au Maroc – sans savoir dans quel but – et savait aussi à propos de la croisière autour du monde. Elle a tenté de convaincre sa fille de ne pas monter à bord du Sea Princess.

« Je lui ai dit : "Je sais que tu ne peux pas te payer ça." Elle m’a dit que quelqu’un payait pour elle. Je lui ai répondu : "Une croisière comme celle-là, tu dois faire quelque chose en retour." Nous nous sommes chicanées », a-t-elle témoigné, en ajoutant qu’elle ne pouvait pas l’empêcher de partir.

Une source sûre a aussi indiqué que la jeune fille avait informé son amoureux de l’opération. Selon cette source, dans un échange de messages textes, il lui aurait écrit qu’elle et lui se chicanaient constamment à cause de ce voyage de drogue, ce à quoi elle aurait répondu : « Je ne peux pas croire que tu m’écris ça par texto. »

Peine à venir

La Couronne, sans demander une peine précise, a insisté sur la connaissance de l’accusée quant à l’opération à laquelle la femme originaire de Granby prenait part.

« Elle admet qu’elle savait qu’il y avait de la cocaïne à bord, mais elle ne savait pas quelle quantité », a indiqué le procureur de la Couronne, Thomas Muir.

Thomas Muir a reconnu toutefois qu’elle n’était pas une mule au sens strict du terme. « Elle n’est pas la tête de l’opération. Elle est partie prenante d’un plan élaboré d’importation de cocaïne qui implique plusieurs personnes. »

La défense, pour sa part, demande à la juge de prendre en considération le jeune âge de l’accusée et son absence d’antécédents judiciaires. « Elle a refusé d’être une mule », a insisté Avni Djemal.

« Mélina Roberge est naïve, vulnérable, candide. Elle a reçu de l’argent et en échange on lui a dit : "Tu n’as rien à faire sinon que d’être présente." […] La mule, c’était Isabelle Lagacé », a ajouté l'avocat.

La juge Catherine Traill a pris la cause en délibéré.

Isabelle Lagacé, 30 ans, a plaidé coupable dès le début des procédures. Elle purge actuellement une peine de plus de 7 ans de prison.

André Jorge Tamine, lui, fera face à la justice l’automne prochain.

Quant aux autres Québécois qui prenaient part à la croisière, ils sont toujours en liberté.

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