« Plein de gens font jouer des chansons d'amour de Céline Dion à leur mariage. René Angélil, lui, les a fait entendre à ses funérailles », fait remarquer l'animateur Guy A. Lepage à l'issue des obsèques de l'imprésario, célébrées vendredi à Montréal.

Un texte de Sophie-Hélène Lebeuf

Né dans le quartier Villeray, le Pygmalion qui s'est éteint jeudi dernier à Las Vegas après avoir au fil des ans mené sa protégée sur cinq continents a choisi de faire célébrer à la basilique Notre-Dame ses funérailles, qu'il a planifiées lui-même dans les mois précédant sa mort. Là où le couple avait uni sa destinée, il y a 21 ans.

Sur le plancher de la cathédrale était d'ailleurs étalé le tapis utilisé lors de leur mariage, en décembre 1994.

La relation d'un des couples chéris du Québec a été l'un des fils conducteurs de cette cérémonie sobre, présidée par l'archevêque de Montréal, Mgr Christian Lépine.

« La mort n'est pas le dernier mot de la vie et de l'amour », a souligné Mgr Lépine au début de son homélie, une affirmation confirmée de multiples façons au cours de ces funérailles empreintes d'émotion.

La voix de la chanteuse a ponctué la cérémonie d'une heure et demie à quatre reprises, alors qu'ont été diffusés des enregistrements de Trois heures vingt d'Eddy Marnay, L'amour existe encore de Luc Plamondon, Pour que tu m'aimes encore de Jean-Jacques Goldman et All the way, duo virtuel avec Frank Sinatra, un chanteur qu'admirait René Angélil.

Autant de chansons dont les paroles revêtaient dans le contexte un sens plus personnel.

« C'étaient des chansons appropriées, qu'ils ont choisies ensemble », souligne Guy A. Lepage, ami et partenaire de poker de l'homme d'affaires décédé. « C'était sobre, mais émouvant. »

« Tout dans cette cérémonie a été fait avec amour », commente pour sa part son ami de longue date Rodger Brulotte. Et à son image aussi, ajoute-t-il. « Ça a été fait avec classe, avec simplicité et on y voyait une façon de dire merci à ses amis ».

Au jubé, où se trouvaient des deux côtés les zones réservées au public, les admirateurs voulaient célébrer l'œuvre professionnelle d'un homme d'affaires ambitieux. Symbole d'une réussite, qui a tout misé sur le talent d'une adolescente de Charlemagne, propulsée sur les grandes scènes internationales.

Mais, aussi, ils tenaient à offrir leur soutien à la jeune veuve, qui aura connu pendant les trois quarts de son existence René Angélil, le premier amour de sa vie.

« Leur livre ouvert, c'était une belle histoire d'amour »

« J'étais ici pour René, même si je ne le connaissais pas personnellement - je le connaissais seulement à travers les médias », explique Lani Rheault, parti seul de Toronto jeudi matin pour être présent à la chapelle ardente, le soir même, et à la cérémonie du lendemain. « Mais il a touché tellement de vies ».

« J'ai grandi avec eux », ajoute le jeune homme de 26 ans, qui les a rencontrés deux fois. À Las Vegas, en 2006, puis en France, en 2008. 

Il venait aussi pour soutenir Céline Dion et « honorer ce qu'ils étaient en tant que couple ».  « Leur livre ouvert, c'était une belle histoire d'amour. »

« Les chansons étaient bien choisies, elles représentaient ce qu'ils étaient. Puis All the way, tout le monde sait que c'était leur chanson », indique-t-il.

L'éloge funèbre de Patrick Angélil, l'aîné issu d'une première union, l'a touché. Tout comme celle de René-Charles, fils le plus âgé du couple Dion-Angélil, qui a perdu son père quelques jours avant ses 15 ans. Tous deux ont vanté l'amour de leur père.

« On était quelques-uns à verser des larmes », avoue le jeune Torontois. « Il méritait quelque chose de grand et on lui a donné aujourd'hui » avec cette « superbe cérémonie », dit-il, encore ému.

Seul bémol, à ses yeux, avant la cérémonie, certains citoyens assis au balcon tentaient de repérer les personnalités connues parmi les centaines d'invités sur le parterre. On entendait fuser des noms : Julie Snyder, Régis Labeaume, Michel Bergeron...

« C'était gênant de voir des gens qui regardaient les vedettes, tranche Lani Rheault. Il y en avait peut-être cinq ou six près de nous qui étaient là, malheureusement, pour voir Céline », déplore le jeune homme.

À quelques bancs de là, Victoire Adolphe, de Montréal, se dit pour sa part heureuse d'avoir senti un élan de solidarité envers une « femme extraordinaire ». « Déjà, dans la file d'attente, on sentait l'amour, la fraternité », soutient-elle.  

Malgré une douleur à la jambe qui la contraint à marcher avec une canne, elle tenait â être là et a même prié pour pouvoir entrer dans la basilique.

De René Angélil, elle garde le souvenir d'un homme éperdument épris de sa femme. 

« C'est le genre d'homme que je voudrais avoir dans ma vie! On pouvait voir l'amour qu'il avait pour elle », affirme-t-elle.

Comme on pouvait voir celui qui unit les membres de la famille Dion-Angélil. Également en deuil d'un de ses fils, décédé deux jours après son gendre, Thérèse Dion s'est par exemple levée pour embrasser sa fille pendant L'Amour existe encore.

« Céline caressait le dos de René-Charles pour le consoler », ajoute Mme Adolphe. « Et quand ses fils ont parlé, je n'ai pas pu me retenir de pleurer! »

« Mais je sens que nous lui avons aussi donné de la force pour traverser cette épreuve », croit-elle, convaincue qu'on pourra voir « René à travers Céline et les enfants ».

« On l'encourage à continuer »

Orville Burrowes, 82 ans, est venu par amour... pour un proche. Le Montréalais s'exprimant en anglais sort spontanément de son sac une photo laminée de son fils Eric, 49 ans, en compagnie de Céline Dion. « Il voulait venir, mais il a dû se présenter à un rendez-vous aux Barbades. Je suis venu en son nom. »

« Je lui dirai que c'était un beau moment. Je suis privilégié d'avoir vu la famille et les amis de Céline Dion et c'est grâce à mon fils », lance-t-il avant de s'éclipser dans l'espoir de voir la vedette de plus près.

Julie Rousseau confie elle aussi son émotion et le respect qu'elle a pour l'artiste « au grand coeur » qui « se donne » avec générosité.

« Elle est proche des gens, elle nous représente », poursuit-elle.« Elle nous a fait connaître dans le monde, renchérit son conjoint, Ghislain Synnette.

« On est comme René et Céline », lance-t-il à la blague. « On a 26 ans de différence! »

« On l'encourage à continuer », conclut Julie Rousseau, espérant que la mort de son complice de toujours ne mettra pas un terme à la carrière de la chanteuse.

Qu'elle se rassure. Dans le programme, déposé sur tous les bancs aux côtés d'un sac de mouchoirs, un message de Céline.

« J'ai compris que ma carrière était d'une certaine manière son chef d'œuvre, sa chan­son, sa sympho­nie à lui. L'idée qu'elle puisse rester inachevée l'aurait peiné terriblement. J'ai compris que, si jamais il disparaissait, je devrais continuer, sans lui, pour lui. »

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