Quelque 11 000 travailleuses syndiquées par la Confédération des syndicats nationaux (CSN) se sont dotées d'un mandat de six jours de grève, qu'elles menacent d'exercer si les négociations en cours avec le gouvernement Couillard pour le renouvellement de leur convention collective ne débloquent pas.

Au total, 94 % de ces syndiquées, réparties dans 400 centres de la petite enfance (CPE), se sont prononcées en faveur de ce moyen de pression, qu’elles exerceront « au moment opportun ». Leur contrat de travail est échu depuis le 31 mars 2015.

« À notre avis, c’est le plus fort résultat de vote de grève dans le secteur des CPE affiliés à la CSN », a commenté le chef du syndicat, Jacques Létourneau, lors d’une conférence de presse, jeudi. « Ça démontre en quelque sorte le ras-le-bol généralisé des travailleuses et travailleurs de ce secteur ».

Selon lui, les travailleuses des CPE sont confrontées à un « véritable mur de la part des associations patronales et du gouvernement dans l’actuelle négociation », qui est en cours depuis le 8 novembre 2016. Une trentaine de séances de négociations avec le Conseil du Trésor n’ont pas permis de dénouer l’impasse.

Louise Labrie, qui est membre du comité de négociations, affirme que la « presque totalité » des questions qui ne concernent pas les salaires a été réglée, hormis la question du ratio enfants/éducatrice. Mais l’offre patronale contient d’importants reculs en ce qui concerne les salaires, les assurances et le régime de traite.

Mme Labrie explique que les comités de négociation et de mobilisation jugeront du bien-fondé d’aller de l’avant avec un débrayage en fonction de ce qui se passera lors des quatre prochaines séances de négociations, prévues les prochaines semaines.

« Ça pourrait être des grèves perlées; ça pourrait être tout le monde en même temps, à la même place; ça pourrait être trois jours consécutifs. Tous les scénarios sont sur la table », indique-t-elle. Peu importe la nature du mouvement, ajoute Mme Labrie, les parents touchés seront prévenus à l’avance. « L’objectif n’est pas de faire la grève. [...] Mais s’il faut qu’on y arrive, on va y arriver », résume-t-elle.

« C’est clair que voter pour la grève, personne n’a fait ça de gaieté de cœur », ajoute Ann Gingras, présidente du Conseil central de la CSN pour la région de Québec-Chaudières-Appalaches.

Des offres salariales insuffisantes, selon la CSN

Selon Jacques Létourneau et Jeff Begley, qui préside la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN), l’offre patronale actuellement soumise par le Conseil du Trésor est inférieure à ce qui a été consenti aux autres employés du secteur public québécois.

Québec offre une hausse de salaire de 5,25 % pour les trois premières années du contrat de travail, affirme M. Begley, ce qui est équivalent aux autres employés du secteur public. Mais Québec offre des montants forfaitaires moindres pour les deux années subséquentes et refuse d’accepter un exercice de relativité salariale.

Avec cette offre, « il y a de bonnes possibilités que le salaire de la travailleuse moyenne en CPE salaire soit moins en 2020 que c’est en 2015 », conclut-il. « Oubliez ça; jamais de la vie. »

La question du ratio enfants/éducatrice est elle aussi importante pour les syndiquées. Ce ratio, actuellement inscrit dans la convention collective, varie selon l’âge des enfants. Une éducatrice peut, par exemple, s’occuper de 5 poupons, de 8 enfants de 18 mois à 4 ans ou de 10 enfants de 4 ou 5 ans. Or, Québec cherche à retirer ces normes, indique la CSN.

« Si tu retires le ratio, ça va être au bon vouloir et à la discrétion de chaque patron de dire : "On les augmente ou on les baisse", et tu n’as pas de recours à ce moment, parce que tu n’as rien de conventionné », résume Jacques Létourneau. « Si, dans un groupe de 8 enfants, j’en ai 9, je n’ai pas la convention collective pour faire un grief pour dire : "Ça ne marche pas". Je n’ai pas de recours », illustre Mme Labrie.

Plus d'articles

Commentaires