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Merkel en eaux troubles à la veille d'un sommet européen crucial pour son avenir

Les tensions sur les politiques migratoires qui pourraient emporter la coalition gouvernementale dirigée par la chancelière allemande Angela Merkel restent vives à l'aube du Conseil européen qui aura lieu jeudi et vendredi, à Bruxelles.

C’est ce qui ressort d’une rencontre de quatre heures réunissant mardi soir des dirigeants des trois partis membres de la coalition, le Parti social-démocrate (SPD), l’Union chrétienne sociale (CSU) et l’Union chrétienne-démocrate (CDU).

« Sur toutes les questions, notamment la politique migratoire, nous avons une situation très tendue au sein de la coalition », a convenu la présidente du SPD, Andreas Nahles, admettant qu’aucune sortie de crise n’était en vue.

« Il n’est pas satisfaisant que cette semaine nous soyons dans une impasse, et on ne sait pas ce qui va se passer », a ajouté Mme Nahles.

Invitée à dire si elle se préparait à de nouvelles élections lors d’une entrevue à la chaîne ARD, la cheffe du SPD a répondu : « Je ne sais pas. Pour être honnête, nous attendons de voir ».

Mme Merkel est engagée depuis des semaines dans un bras de fer avec son ministre de l’Intérieur, Horst Seehofer, aussi chef de la CSU, qui menace de refouler aux frontières tout migrant déjà enregistré dans un autre pays membre de l’Union européenne (UE).

La chancelière, qui a entrepris son quatrième mandat à la tête de la première économie européenne en mars, ne veut rien savoir de cette approche. Elle préconise plutôt des solutions à l’échelle de l’UE.

Mais le temps file depuis que M. Seehofer a lancé un ultimatum à Mme Merkel la semaine dernière : à défaut de parvenir à une solution européenne lors du Conseil européen, il refoulera de sa propre autorité les migrants à la frontière « dès juillet », a-t-il prévenu.

Les Européens divisés sur les questions migratoires

Dans la foulée de cet avertissement, Mme Merkel a convoqué un mini-sommet européen qui a réuni 16 pays de l’UE en fin de semaine pour discuter des questions migratoires, mais le tout n’a pas produit d’avancées concrètes.

Constatant l'absence de consensus, la chancelière allemande a dit envisager des accords bilatéraux, trilatéraux et multilatéraux » avec d'autres pays, mais il n'est pas clair que cela pourra satisfaire la CSU.

De manière générale, les pays de l'UE semblent disposés à renforcer la surveillance des frontières de l’Union européenne, mais très peu se montrent intéressés à discuter du renvoi des migrants vers le premier pays de leur enregistrement.

La nouvelle coalition réunissant des partis antisystème et d’extrême droite en Italie ne veut par exemple pas en entendre parler.

Le groupe dit de Visegrad, qui réunit la Hongrie, la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie, a pour sa part réussi à enterrer l’idée de quotas européens de répartition des réfugiés, défendue par Mme Merkel.

La CSU n'entend pas reculer

S’il décidait de mettre sa menace à exécution, M. Seehofer pourrait se faire montrer la porte par la chancelière. Cela risque d’entraîner le retrait de la CSU de la coalition, qui s’effondrerait presque assurément du même coup.

Pour l’heure, la CSU ne donne aucun signe qu’elle entend reculer sur la question de l’expulsion des migrants, si l’on en croit les propos du président du groupe parlementaire du parti au Bundestag, Alexander Dobrint.

« Nous devons agir maintenant », a-t-il insisté mercredi. « À partir de la semaine prochaine, nous voulons que les migrants soient renvoyés à la frontière s’ils se sont déjà enregistrés dans un autre pays européen où ils doivent dès lors suivre la procédure de demande d’asile. »

Volker Kauder, président du groupe CDU-CSU au Bundestag, a admis pour sa part que la coalition demeure divisée malgré les négociations de mardi soir.

« C’est très sérieux, nous l’avons vu au cours des discussions. Ce n’est pas quelque chose de petit. C’est quelque chose de central et important. Il faut que nous nous parlions », a-t-il déclaré, lui aussi à ARD.

Le populaire hebdomadaire allemand Der Spiegel a aussi traduit la situation fragile dans laquelle se trouve la chancelière Merkel à la veille du Conseil européen : « Fin de parcours », peut-on lire en une de sa dernière édition, illustrée par un sablier qui s’écoule.

Selon un sondage publié cette semaine, les Allemands sont toutefois partagés face à cette crise qui mine la coalition gouvernementale; s’ils préconisent une ligne dure sur les questions migratoires, ils privilégient également le maintien de Mme Merkel au pouvoir.

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