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Meurtre de ses deux fillettes : Adèle Sorella invoque ses troubles mentaux devant la Cour d'appel

Quatre ans après avoir été reconnue coupable du meurtre prémédité de ses deux filles à Laval, Adèle Sorella clame toujours son innocence. Son avocat invoque entre autres ses problèmes de santé mentale devant la Cour d'appel. Cette longue bataille rappelle le grand mystère qui plane toujours sur la cause de la mort d'Amanda et Sabrina de Vito.

Un texte de Geneviève Garon

Le matin du 31 mars 2009, Amanda, 9 ans, et Sabrina, 8 ans, sont en uniforme scolaire lorsqu'elles disent au revoir à leur grand-mère, dans leur résidence cossue de la rue de l'Adjudant, à Laval. Elles restent seules à la maison avec leur mère Adèle Sorella, la dernière personne à être vue en leur compagnie.

Le père des enfants, le mafieux Giuseppe de Vito, est en cavale depuis plus de deux ans, et Mme Sorella souffre de dépression depuis.

En après-midi, la femme de 43 ans laisse un message inquiétant à un de ses frères pour lui demander de venir à la maison. Les corps sans vie des deux fillettes sont découverts, allongés côte à côte, dans la salle de jeux.

Ce n'est que vers 3 h du matin qu'Adèle Sorella est arrêtée après avoir embouti un poteau d'Hydro-Québec, au volant de sa voiture, dans un rang lavallois.

Les secrets de la chambre hyperbare

Malgré toutes les expertises, la cause de la mort des enfants est toujours inconnue. Les corps ne révèlent aucune trace de violence, ni d'anomalie interne, ni de trace d'empoisonnement.

L'hypothèse principale du ministère public repose sur une chambre hyperbare, un appareil qu'Adèle Sorella avait acheté pour traiter les problèmes d'arthrite juvénile de Sabrina. La mère de famille s'en serait servie pour tuer les fillettes par asphyxie, selon les procureurs Maria Albanese et Louis Bouthillier.

Deux cheveux appartenant probablement aux sœurs ont été retrouvés à l'extérieur de la machine. Par contre, aucun indice ne révèle que les vêtements des fillettes ont été en contact avec le drap de la chambre hyperbare.

Au procès, les avocats de la défense Guy et Pierre Poupart insistent sur l'absence de preuve tangible et le fait que l'accusée était une mère aimante.

Après avoir entendu une cinquantaine de témoins au cours des huit semaines de procès, les 12 jurés déclarent Adèle Sorella coupable d'un double meurtre prémédité. Elle écope de l'emprisonnement à vie, sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans.

L'état mental d'Adèle Sorella

Selon le mémoire d'appel de plus de 4425 pages consulté par Radio-Canada, les avocats de Mme Sorella plaident que l'état mental de la femme l'empêchait d'avoir l'intention spécifique de tuer ou de planifier le meurtre, ce qui en ferait plutôt un homicide involontaire. La juge du procès, Carol Cohen, aurait donné de mauvaises directives au jury à ce sujet.

« La condition mentale fragile de l'appelante a été mise en preuve, entre autres, par son dossier médical et par les témoignages de proches faisant état de tentatives de suicide », peut-on lire dans les documents judiciaires.

De plus, la défense d'Adèle Sorella allègue que l'enregistrement vidéo de son interrogatoire avec la police, plusieurs heures après son arrestation, n'aurait pas dû être admis en preuve.

En quatre heures, Mme Sorella invoque son droit au silence d'une manière ou d'une autre « plus de 90 fois » et répète qu'elle veut retourner dans sa cellule.

Au procès, le ministère public a souligné son comportement détaché. C'est un problème pour les avocats d'Adèle Sorella, qui estiment que « l'exercice du droit au silence par l'appelante est devenu un élément de preuve incriminant ».

Des liens avec la mafia

Les avocats reprochent aussi à la poursuite d'avoir insinué sans preuve que la mère de famille faisait partie de la mafia, tout comme son mari. Ils estiment que la juge aurait dû indiquer aux jurés de mettre cet aspect de côté au moment de leurs délibérations.

Lors du procès, la défense avait suggéré que des intrus se sont peut-être introduits dans la maison familiale pour causer la mort des deux enfants, notamment en raison de l'implication de leur père dans le crime organisé. Le frère et la mère d'Adèle Sorella ont témoigné à ce sujet.

La déclaration de la grand-mère

Les avocats d'Adèle Sorella jugent que la déclaration vidéo de la grand-mère des fillettes, Teresa Di Cesare, le soir de leur mort, n'aurait pas dû être présentée aux jurés.

La mère de Mme Sorella affirmait alors à un enquêteur avoir appris le matin même que les fillettes avaient un rendez-vous médical. Le midi, Adèle Sorella lui aurait téléphoné pour s'excuser de ne pas être venue la chercher à l'heure « parce qu'elle avait fini trop tard avec les enfants ».

Lors du procès, Mme Di Cesare n'avait aucun souvenir de ces événements. La déclaration filmée n'aurait pas dû être admise en preuve, selon les avocats de la détenue.

Adèle Sorella, qui est emprisonnée depuis le verdict il y a quatre ans, espère que la Cour d'appel va l'acquitter ou qu'elle aura droit à un nouveau procès.

Le ministère public s'y oppose et estime que la culpabilité de Mme Sorella ne fait aucun doute.

Les parties vont se rencontrer lundi devant la Cour d'appel de Montréal.

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