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Michael Applebaum ne témoignera pas pour sa défense

La défense ne fera entendre aucun témoin au procès pour corruption de Michael Applebaum, ancien maire par intérim de Montréal.

Après sept jours de témoignages, les plaidoiries des avocats vont commencer vendredi.

« Ce sera une question de fiabilité des témoins », a annoncé Pierre Teasdale, l'avocat de Michael Applebaum. Lors de sa plaidoirie, il a entre autres l'intention de se référer aux notes personnelles des enquêteurs de l'Unité permanente anticorruption (UPAC). La Couronne plaidera vendredi et la défense, lundi. Chaque partie estime que cela prendra entre trois et quatre heures.

Anthony Keeler : le dernier témoin

Le cinquième et dernier témoin appelé par la Couronne est un consultant hypothécaire à la retraite âgé de près de 70 ans. Anthony Keeler souffre de problèmes de santé et se déplace en fauteuil roulant. S'il semblait faible au début de son témoignage, il a finalement répondu aux questions avec aplomb.

M. Keeler est l'ancien associé et mentor de Robert Stein, un témoin entendu précédemment. Ils ont fait allusion à des événements similaires.

Le septuagénaire affirme avoir participé à une rencontre avec Michael Applebaum et Robert Stein. Celui qui était alors maire de l'arrondissement de Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce leur aurait présenté son chef de cabinet, Hugo Tremblay, en disant : « Lorsque vous parlez à Hugo, vous me parlez. » Anthony Keeler dit avoir trouvé cette remarque étrange.

Les deux associés se seraient fait offrir d'acheter des billets pour un cocktail de financement. Le témoin croit que c'est M. Applebaum qui leur a proposé. Il affirme avoir remis 1000 $ comptant à Hugo Tremblay en échange des billets.

M. Tremblay l'aurait par la suite rencontré pour discuter du projet immobilier Troie, un projet de résidences universitaires de 17 millions de dollars qui nécessitait un changement de zonage.

Hugo Tremblay lui aurait dit que « Michael devra travailler fort » pour faire accepter le projet et qu'ils auraient besoin d'une compensation. Les deux hommes se seraient entendus sur un pot-de-vin de 30 000 ou 35 000 $, selon le souvenir d'Anthony Keeler. Ils auraient mis au point un code pour les paiements : Hugo Tremblay téléphonait M. Keeler pour lui proposer un dîner. S'il acceptait, cela voulait dire qu'il avait de l'argent comptant à lui remettre.

En contre-interrogatoire, Anthony Keeler admet que son souvenir du montant d'argent initialement demandé par Hugo Tremblay n'est pas clair. Il reconnaît aussi avoir « assumé » que l'argent se rendait dans les poches de Michael Applebaum, mais n'en avoir aucune preuve.

Lorsque l'UPAC l'a rencontré, M. Keeler affirme que les policiers lui ont clairement fait comprendre qu'il pourrait « avoir de gros ennuis » s'il ne collaborait pas avec eux.

Tout comme les quatre autres témoins, Anthony Keeler n'a jamais été accusé en lien avec les pots-de-vin. Il a aussi refusé de devenir témoin collaborateur de la Couronne

Des liens d'affaires avec Tony Magi

L'ancien associé d'Anthony Keeler, le promoteur immobilier Robert Stein, a passé une journée et demie à la barre des témoins. Il a affirmé avoir eu l'impression d'être forcé de remettre des pots-de-vin à Hugo Trenblay, pour que Michael Applebaum fasse avancer le projet Troie.

À son avis, il ne faisait aucun doute que l'argent était ensuite remis au maire d'arrondissement. Il soutient que M. Applebaum lui avait clairement dit que son projet serait difficile à faire accepter à la population. Et il affirme également que c'est l'ex-élu qui leur a vendu les billets du cocktail de financement, en précisant que le paiement devait être fait comptant.

En contre-interrogatoire, l'avocat de la défense a mis en lumière les liens d'affaires du défunt père du témoin, David Stein, avec le promoteur immobilier Tony Magi, connu pour ses liens avec la mafia. Les deux hommes se sont associés pour certains projets, affirme Robert Stein, qui soutient faire de son mieux pour « rétablir l'image ternie de son père en raison de son association avec Tony Magi ».

Robert Stein affirme également avoir refusé de devenir témoin collaborateur pour éviter que son passé de vendeur de marijuana ne le rattrape. Il affirme avoir vendu du cannabis à ses amis pendant une courte période, il y a plus de 10 ans. Il craignait qu'en révélant tout de son passé, Revenu Québec ne le poursuive pour des gains illégaux.

Rappel des témoignages

Le seul témoin qui déclare avoir remis de l'argent directement à Michael Applebaum est son ancien bras droit Hugo Tremblay. Il a été à la barre pendant quatre jours, la semaine dernière, et a raconté avoir servi d'intermédiaire pour percevoir les pots-de-vin de l'ex-maire d'arrondissement.

Puis, l'ancien directeur général d'une filiale de Dessau, Patrice Laporte, a affirmé avoir versé 25 000 $ en argent comptant à Hugo Tremblay.

Un collègue, Mario Trudeau, a par la suite soutenu avoir remis de l'argent à Patrice Laporte, mais sans connaître la raison.

Michael Applebaum a plaidé non coupable aux 14 chefs d'accusation qui pèsent contre lui.

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