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Mieux communiquer pour diminuer les symptômes à long terme de l'autisme

Une étude publiée dans la revue médicale The Lancet révèle qu'une intervention précoce pour aider les parents à mieux communiquer avec leur enfant autiste permet de diminuer les symptômes à long terme.

Un texte de Sarah Sanchez

Les chercheurs ont comparé 152 enfants de 2 à 4 ans, divisés en deux groupes. Les enfants du premier échantillon ont reçu un traitement intensif habituel, c'est-à-dire une intervention ciblée uniquement sur l'enfant. L'autre groupe a bénéficié d'une thérapie incluant la participation des parents.

Six ans après ces prises en charge, le deuxième groupe a démontré une plus grande diminution de symptômes que le premier.

« C'est tout simplement la première étude au monde - de tous les temps - qui montre de façon irréfutable un effet à long terme d'une intervention avec des qualités et des standards qui seraient les mêmes que, par exemple, ce qu'on aurait pour un médicament », se réjouit le Dr Laurent Mottron, psychiatre spécialiste de l'autisme et chercheur en neuroscience à l'Université de Montréal.

Sans être un remède, le traitement vise à mieux outiller les parents d'enfants souffrant d'autisme sévère. Pour ce faire, les parents sont suivis pendant un an. Ils sont filmés en train d'interagir avec leur enfant et analysent ensuite leur comportement avec des spécialistes.

Les parents doivent également consacrer de 20 à 30 minutes par jour, à la maison, à des activités de communication.

« C'est une intervention de guidance parentale. C'est-à-dire qu'on agit sur les parents pour les aider à mieux communiquer avec leurs enfants autistes et avec toutes leurs particularités. Ce n'est pas un professionnel qui agit en un-un avec un enfant. Ce que ça veut dire, c'est que ça coûte beaucoup moins cher qu'une intervention qu'on ferait avec l'enfant, mais ça a une efficacité », résume-t-il.

Réduire les listes d'attente

Pour le Dr Mottron, ce traitement est doublement efficient puisqu'en plus de diminuer les symptômes de l'autisme à long terme, il permettrait de réduire les temps d'attente pour obtenir des services du système public de santé.

Dr Mottron plaide pour l'abandon de la thérapie comportementale intensive et souhaite que Québec intègre rapidement les résultats publiés dans The Lancet afin d'offrir un traitement précoce et efficace aux enfants autistes.

Traitement précoce

Laurence Nadeau est mère du jeune Baptiste, 8 ans, atteint d'autisme sévère. Elle a reçu le diagnostic alors que son fils avait trois ans et elle s'est rapidement tournée vers des services privés pour ne pas avoir à attendre pour les soins offerts par le système public. Elle n'est pas du tout surprise des résultats de l'étude britannique.

Mais pour Laurence Nadeau, ce qui importe davantage, c'est d'agir le plus vite possible. Si aujourd'hui, elle est capable d'aller à l'épicerie, au parc ou au centre commercial accompagnée de son petit Baptiste, elle croit que c'est parce qu'il a reçu des soins très tôt.

Laurence Nadeau est triste de constater que plusieurs personnes n'ont pas sa chance. Elle se demande quel est l'avenir pour les enfants atteints d'autisme sévère n'ayant pas accès aux thérapies précoces.

« On ne veut pas se retrouver avec des enfants qui, à l'âge de 21 ans, à 6 pieds 4 pouces [1,93 m], sont des dangers publics pour eux, pour leur famille parce que dès qu'ils ont une frustration, ils sont fâchés noir et font le bacon, illustre-t-elle. À 24 ans, 250 livres [114 kilos], ce n'est pas aussi cute qu'à quatre ans. N'est-ce pas criminel pour l'avenir de ne pas leur donner des interventions rapidement? »

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