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Migrants : les services frontaliers canadiens débordés

Le flux de migrants en provenance des États-Unis ne s'est pas atténué, au contraire. En janvier et février 2017, 1176 demandeurs d'asile ont franchi la frontière canadienne illégalement par le chemin Roxham, près de Hemmingford, au Québec. C'est devenu une véritable crise que le Canada a de la difficulté à gérer par manque de ressources.

Un texte de Catherine Kovacs

« Les services frontaliers canadiens sont enragés », affirme le président national du Syndicat des douanes et de l’immigration, Jean-Pierre Fortin. « Ils sont convaincus que les Américains se débarrassent du problème en amenant les migrants au chemin Roxham, plutôt que de les conduire au poste frontalier de Lacolle », précise-t-il.

Les services canadiens ont beau discuter de ce problème avec leurs homologues américains sur une base quotidienne, rien ne change.

Du côté américain, au poste de Champlain, dans l'État de New York, l'agent Normand Lague, des services frontaliers américains, explique qu'il ne peut forcer les migrants à passer par Lacolle si ces derniers ont un statut légal aux États-Unis.

« Aucune loi américaine ne nous dit qu'on doit les détenir ou les amener à un endroit précis ». Il ajoute : « Ce n'est pas un crime aux États-Unis de traverser la frontière canadienne illégalement. » L'agent Lague précise que son travail consiste à sécuriser la frontière.

Différentes perceptions au Québec

Au Québec, la perception est tout autre. Le policier à la retraite François Doré, qui vit sur le chemin Roxham, explique la situation. « Ils savent très bien que Lacolle va les refuser en vertu de l'entente [canado-américaine] sur les tiers pays sûrs. Ils vont donc revoir [les migrants]. En les amenant ici [le chemin Roxham], ils ne les revoient plus », affirme-t-il.

Selon lui, les agents frontaliers américains « se débarrassent du problème, c'est clair ».

L'agent Lague des services frontaliers américains rétorque qu'il ne fait que son travail. De plus, il précise qu'il fait ce qu'il peut en fonction de ses ressources limitées, soit 300 agents pour 800 kilomètres de frontière dont il a la responsabilité, soit l'État de New York, le Vermont et le New Hampshire.

En effet, l'agence des services frontaliers américains, la United States Border Patrol, compte 21 000 membres, dont seulement 2000 sont affectés à la frontière canadienne, jugée moins à risque par les autorités américaines.

Le Canada se retrouve donc dans une situation délicate face au géant américain qui, depuis le 11 septembre 2001, adopte des politiques strictes pour la sécurité de ses frontières, tout en faisant preuve d'un certain laxisme face au voisin canadien.

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