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Mise en garde aux demandeurs d'asile qui se cherchent du travail

Des organisations mettent en garde les demandeurs d'asile contre les employeurs malveillants, comme certaines agences de placement de personnel qui agissent dans la clandestinité et qui exploitent ces travailleurs.

Un texte de Dominic Brassard

Dans certains quartiers de Montréal, la scène se répète régulièrement. Tôt le matin, des gens se rassemblent près d'une station de métro. Il s'agit pour la plupart d'immigrants, parfois sans permis de travail, désireux de gagner un peu d'argent pour payer leur loyer et subvenir aux besoins de leur famille.

Ils montent dans un autobus jaune, puis s'en vont travailler hors de la ville pour différentes entreprises. L'opération est parfois organisée par des agences de placement clandestines qui ne déclarent rien et qui profitent de la situation pour ne pas respecter les normes du travail.

Pour le porte-parole de l'Association des travailleurs et travailleuses temporaires des agences de placement (ATTAP), Jacques Dago, les récents demandeurs d'asile qui sont entrés au pays deviennent des « proies » pour ces agences. « Si (les autorités) ne donnent pas un permis de travail aux réfugiés qui arrivent, alors ils seront livrés à eux-mêmes », soutient M. Dago.

C'est aussi l'avis du porte-parole du Comité d'action des personnes sans statut, Serge Bouchereau. À son avis, cette main-d'oeuvre « est une aubaine pour ces employeurs-là parce qu'ils savent que ces gens sont fragilisés ».

Arnaques

À l'Association des travailleurs et travailleuses temporaires des agences de placement, le porte-parole Jacques Dago précise que certaines de ces agences « ont un local sous couvert d'une autre entreprise ». Il se souvient même d'une agence qui opérait officiellement sous une bannière d'auto-école.

Il explique par ailleurs que ces travailleurs reçoivent des salaires « minables » et travaillent dans des conditions « pénibles ». Dans certains cas, ceux qui exploitent ces agences refusent de les payer, dit Jacques Dago. « Quand le travailleur retourne à l'endroit où il avait trouvé du boulot, il n'y a plus personne, précise-t-il. Et même encore, les agences les menacent : "Si vous mettez trop de pression pour votre argent, on va vous signaler!" »

Étude

La Direction de la santé publique s'est intéressée au phénomène des agences de placement légales et clandestines dans une étude publiée l'an dernier et intitulée Les travailleurs invisibles.

La chercheuse Marie-France Raynault précise que les agences de placement de personnel, légales ou clandestines, sont souvent vues comme des portes d'entrée au marché du travail. Mais elle ajoute que le travailleur s'expose parfois à de grands risques. En plus d'être mal payés, ces employés sans protection sociale sont mal formés et soumis à de plus grands risques au travail.

Marie-France Raynault affirme que ces travailleurs « échappent actuellement aux lois du travail et aux lois qui protègent la sécurité des travailleurs. Comparés aux autres travailleurs, ils ne jouissent absolument pas de la même protection ». Pour changer cela, elle souhaite notamment que Québec oblige les entreprises à déclarer tout incident avec lésion d'un travailleur, sous peine d'amende. Une telle pratique est notamment en vigueur en Ontario, ce qui permet par le fait même de mieux protéger ces travailleurs.

Mise en garde

Le porte-parole du Comité d'action des personnes sans statut, Serge Bouchereau, met en garde les demandeurs d'asile et les immigrants : « Moi, la première chose que je leur dirais, c'est de ne pas accepter un emploi s'ils n'ont pas de permis de travail parce que ça peut leur causer du tort. Et de s'assurer que l'entreprise pour laquelle ils vont travailler est une entreprise reconnue ».

Il recommande aussi aux immigrants de s'informer sur leurs droits auprès d'organismes communautaires ou gouvernementaux afin de ne pas se faire arnaquer.

Projet de loi

Au ministère du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale, on ne commente pas ce dossier puisqu'un projet de loi sera déposé avant Noël afin de réformer la Loi sur les normes du travail et d'encadrer davantage les agences de placement.

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