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Mission en Inde : Trudeau veut aller au-delà de l'exportation de lentilles

Le commerce bilatéral entre le Canada et l'Inde ne représente qu'environ 8 milliards de dollars par année, un chiffre que Justin Trudeau souhaite voir augmenter alors qu'il entame, samedi, une mission d'une semaine dans ce pays.

Arrivé samedi soir à New Delhi après un long voyage, M. Trudeau doit s'accorder une journée de repos, dimanche. Dès lundi, le premier ministre a notamment planifié de nombreuses rencontres avec des PDG et des chefs d'entreprise indiens.

Ce chiffre de 8 milliards est assez anémique quand on considère que l'Inde est sur le point de dépasser la Chine pour devenir le pays le plus peuplé du monde d'ici 2025.

Pour l’ex-premier ministre de la Colombie-Britannique, Ujjal Dosanjh, premier Indo-Canadien à gouverner une province, le commerce entre l’Inde et le Canada progresse à pas de tortue.

« Le commerce entre l’Inde et le Canada ne représente toujours pas grand-chose, dit-il. Depuis l'époque où j'étais à la tête de la Colombie-Britannique [de 2000 à 2001], les premiers ministres fédéraux et provinciaux ont beaucoup visité l’Inde, mais le commerce n'a tout simplement pas pris l’essor qu’il aurait pu. »

Le peu d’ampleur du commerce entre les deux nations est encore plus surprenant quand on sait que le Canada compte environ 1,4 million de citoyens d’origine indienne, dont beaucoup sont nés en Inde.

Les Indo-Canadiens ont pourtant connu, et connaissent toujours, un succès économique et politique considérable au Canada.

« Les liens interpersonnels ne se sont pas traduits par des liens économiques solides », explique M. Dosanjh. « Le Canada vend à l’Inde des céréales et des légumineuses, ainsi qu’un peu de pâte à papier. Mais les besoins de l'Inde sont pour la plupart comblés par d'autres marchés. »

Nouvelles opportunités

Harry Sharma, qui dirige le Centre d'excellence Canada-Inde de l'Université Carleton, abonde dans le même sens. « Leurs besoins étaient, dans le passé, très différents de ce que le Canada avait à offrir », dit-il.

Mais M. Sharma pense que de nouvelles opportunités se profilent à l'horizon. « Compte tenu de tous les changements qui se produisent dans le monde, l'Inde et le Canada forment une bonne paire, poursuit-il. Je pense que les négociations en cours depuis un bon bout de temps sur un accord commercial ainsi qu’un accord d'investissement aboutiront bientôt. »

Les haricots et les lentilles, des aliments de base du régime alimentaire indien, comptent actuellement pour près du tiers des exportations canadiennes en Inde et relient ce pays aux Prairies canadiennes.

Le Canada espère accroître ces liens, les faire évoluer en dehors des plaines de la Saskatchewan.

« Les légumineuses représentent plus de 1,1 milliard de dollars d'exportations pour le Canada », explique le ministre du Commerce international, François-Philippe Champagne. « C'est très important pour les agriculteurs canadiens en termes de stabilité et de prévisibilité. »

M. Trudeau a aussi noté la récente imposition de tarifs douaniers en Inde sur les importations de pois chiches et d'autres légumineuses.

Des tarifs douaniers de 30 % ont été imposés sur les pois chiches et les lentilles tout juste avant Noël. Ils ont ensuite été rehaussés à 40 % depuis le 6 février.

Le gouvernement indien justifie sa décision par la chute des prix sur le marché international, la production mondiale abondante et l'impact négatif sur les producteurs locaux ainsi que sur les prix.

En novembre dernier, des tarifs douaniers de 50 % ont aussi été imposés sur les importations de pois jaunes.

Les analystes estiment toutefois que le véritable potentiel de croissance ne réside pas dans l'agriculture, mais plutôt dans le programme de modernisation de l'Inde, qui se fait très rapidement.

Le gouvernement indien a notamment mis sur pied en 2016 un vaste projet de développement de villes intelligentes, ce qui a mené à une vague d’investissements en infrastructure.

L'un des éléments centraux de ce programme de modernisation nationale lancé par le premier ministre Narendra Modi est la promesse de fournir de l'eau potable à tous les villages indiens d'ici 2022.

L'ampleur de l'entreprise est énorme, tout comme les opportunités, explique Harry Sharma, du Centre d'excellence Canada-Inde.

« Nous croyons qu'il existe d'importantes opportunités pour les entreprises technologiques canadiennes, ainsi que pour notre expertise en matière d'élaboration de politiques publiques, d'ingénierie et d’architecture. »

Technologie verte

L'eau n'est pas le seul problème d'infrastructure de l'Inde. Des villes comme Bombay et New Delhi ont également connu des niveaux records de pollution atmosphérique cette année.

Le smog à New Delhi a parfois dépassé de 30 fois les niveaux de sécurité recommandés, provoquant une sorte de panique de santé publique parmi les classes moyennes urbaines qui se sont habituées à boire de l'eau potable, mais qui ne peuvent pas grand-chose contre l'air qu'elles respirent.

À l'instar de la Chine, l'Inde se trouve maintenant contrainte de s'attaquer aux problèmes environnementaux, une entreprise que son gouvernement aurait préféré reporter à un stade ultérieur de son développement national.

« L'énergie renouvelable est un autre sujet chaud », explique M. Sharma. « L'Inde veut produire 125 gigawatts d'électricité à partir de sources renouvelables. Et le Canada est très fort là-dedans. »

Les préoccupations liées à la qualité de l’air et à sa pollution suscitent également un regain d'intérêt pour l'énergie nucléaire en Inde.

Le Canada, en tant que fournisseur d'uranium qui a déjà fait des affaires nucléaires avec l'Inde dans le passé, est bien placé pour fournir le combustible.

L'Inde est depuis longtemps réputée pour ses tendances protectionnistes et ses lourdeurs administratives qui font que les étrangers ont du mal à y faire des affaires.

Lorsque le premier ministre Modi est arrivé au pouvoir en 2014, le pays occupait la position peu enviable de 142e sur 189 au classement de la Banque mondiale pour la facilité de faire des affaires. M. Modi s'est engagé à faire grimper son pays à la 50e place.

En 2018, l'Inde s'est classée pour la première fois parmi les 100 premières nations de la liste. La Banque mondiale a cité des améliorations dans l'application des contrats, dans la protection des investisseurs, dans la fourniture d'électricité fiable et dans l'émission de permis.

Les yeux rivés sur l'électorat canadien

Comme le rappelait notre collègue Madeleine Blais-Morin vendredi, le premier ministre Trudeau ne se concentrera pas seulement, ou même principalement, sur le commerce lors de ce voyage.

À l'exception de Bombay, les endroits qu’il visitera sont des centres de la politique, de la culture et de la religion indiennes plutôt que des entreprises : la capitale New Delhi, le Taj Mahal à Agra, un temple hindou, une mosquée, une église, l'ashram de Gandhi et, bien sûr, le Temple d'or des Sikhs à Amritsar, un puissant symbole pour la communauté sikhe, très influente au Canada.

Ce sera aussi l’occasion de rencontrer M. Modi. D'un point de vue idéologique, le premier ministre indien n'est pas exactement l'âme soeur de M. Trudeau, mais c'est un leader populaire qui a été accueilli comme une vedette rock par de nombreux membres de la communauté indienne du Canada lors de sa visite en avril 2015.

Le gouvernement Trudeau sait très bien que le vote indo-canadien ne lui est plus aussi acquis que par le passé.

Grâce notamment au député Jason Kenney, les conservateurs ont fait d'importantes percées dans la communauté indienne au cours des 10 dernières années.

Et Justin Trudeau doit maintenant se battre pour les votes progressistes avec un Nouveau Parti démocratique qui a un leader indo-canadien en la personne de Jagmeet Singh.

Avec des informations d'Evan Dyer, CBC News

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