Le journaliste canadien Mohamed Fahmy et deux de ses collègues d'Al-Jazira ont été condamnés à trois ans de prison ferme, en Égypte, pour avoir « diffusé de fausses informations » visant à soutenir les Frères musulmans. Des voix s'élèvent pour que le gouvernement canadien en fasse davantage pour faire libérer M. Fahmy.

Les journalistes, qui ont toujours affirmé n'avoir fait que leur travail, feront appel de la décision rendue samedi dans le cadre d'un deuxième procès.  

Mohamed Fahmy et l'Égyptien Baher Mohamed ont été arrêtés devant une assistance sous le choc. Leur collègue, l'Australien Peter Greste, qui avait été relâché et expulsé vers son pays en vertu d'un décret présidentiel en février, a été jugé par contumace.

Le juge a déclaré, lors du verdict, que les trois hommes ne détenaient pas d'accréditations de journaliste et ont diffusé des images sans la permission du gouvernement égyptien. 

L'avocate de Mohamed Fahmy, Amal Clooney, entend réclamer la grâce présidentielle et demander à ce que M. Fahmy soit renvoyé au Canada en vertu d'une loi égyptienne qui permet la déportation des étrangers reconnus coupables de crimes.

Selon elle, la condamnation de M. Fahmy est un précédent dangereux pour les journalistes en Égypte. Me Clooney craint que les représentants des médias puissent maintenant être emprisonnés simplement pour avoir rapporté des informations.

Ottawa demande la libération de Fahmy; l'opposition veut plus

Le Canada s'est dit « déçu » de la condamnation de Mohamed Fahmy et a réclamé sa libération « immédiate et sans condition ». Par voie de communiqué, la ministre d'État responsable des Affaires étrangères et consulaires, Lynne Yelich, a déclaré que la décision de la cour égyptienne « mine gravement la confiance en la primauté du droit en Égypte. » 

Mais pour l'opposition à Ottawa, c'est trop peu. Le chef libéral Justin Trudeau et le chef néo-démocrate Thomas Mulcair ont tous deux demandé à Stephen Harper d'intervenir directement auprès du président égyptien Al-Sissi, comme l'a fait le premier ministre australien en faveur de Peter Greste. 

La directrice générale d'Amnistie internationale pour le Canada francophone, Béatrice Vaugrante, dénonce elle aussi l'inaction du premier ministre. « C'est une question de liberté d'expression. [...] Il est temps que la plus haute autorité politique du pays chez nous intervienne et pas seulement avec un communiqué de presse du ministère des Affaires étrangères et consulaires », réclame-t-elle.

La femme de Mohamed Fahmy, Marwa Omara, a quitté la cour en pleurs. « Je demande au gouvernement canadien de l'extraire d'ici, puisqu'il est un citoyen canadien, et de le ramener au Canada », a-t-elle demandé à l'extérieur.

« Je suis choqué, terriblement choqué », a déclaré le frère de M. Fahmy, Adel, en entrevue avec l'Agence France-Presse.

Le directeur général de la chaîne anglophone d'Al-Jazira, Mostefa Souag, a vivement critiqué le verdict, qui, selon lui, « défie toute logique et bon sens » et constitue « une attaque délibérée contre la liberté de presse ». Il estime que le procès ne s'est pas déroulé de manière juste et transparente.

Le journaliste Peter Greste, qui se trouve en Australie, s'est dit « choqué, outragé ». En entrevue avec l'agence Reuters, il a juré qu'il allait continuer à se battre pour lui et ses collègues.

Le verdict avait été reporté à plusieurs reprises cet été. Avant le verdict vendredi, Mohammed Fahmy disait avoir bon espoir d'être acquitté. Il bénéficiait notamment de l'appui de l'organisme Reporters sans frontière (RSF).

Enfin, les États-Unis ont déclaré être « profondément déçus et préoccupés » par la condamnation des trois journalistes.

« Nous enjoignons le gouvernement de l'Égypte à prendre toutes les mesures possibles pour corriger ce verdict, qui mine la liberté d'expression nécessaire pour la stabilité et le développement », a déclaré le porte-parole du département d'État John Kirby, dans un communiqué.

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