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#MoiAussi : les histoires de violence sexuelle inondent les réseaux sociaux

Moi aussi. Ces mots ont été écrits des milliers de fois sur les réseaux sociaux, lundi, par des femmes et des hommes qui s'identifient comme des victimes de violence sexuelle. D'heure en heure, le phénomène prend de l'ampleur et illustre l'étendue des violences à caractère sexuel subies dans notre société.

Un texte de Catherine Allard

L’initiative #MeToo (#MoiAussi) a été lancée par l’actrice Alyssa Milano dans la foulée des accusations de harcèlement sexuel qui pèsent sur le producteur de cinéma américain Harvey Weinstein. L’actrice a invité les femmes à témoigner de leur expérience de harcèlement et d’agression sexuelle sur Facebook et sur Twitter.

Des histoires derrière le #MoiAussi

« C’était quelqu’un que je connaissais. Je lui faisais confiance. Une soirée après un peu trop de boisson, j‘ai dit non, mais il n’a pas arrêté. C’est quelqu’un que je croise encore en ville et je n’ai jamais senti que je pouvais être ouverte avec ça », raconte Christine Griffin, une jeune femme de 24 ans.

« Au travail, des attouchements non voulus qui étaient ambigus. Une main sur la hanche, par exemple, de la part d’une personne en position de pouvoir. Ça a commencé avec les paroles et les gestes sont venus par la suite », explique Amélie Bryar, 34 ans.

« C’est surtout des remarques verbales. Et du harcèlement physique, quand tu sors, des mains aux fesses [...] essayer de m’embrasser. Si je n’ai pas dit oui, tu ne touches pas mon corps », affirme Mélanie Cleriot, 29 ans.

Ces femmes, rencontrées dans la région de Moncton, au Nouveau-Brunswick, ont partagé le mot-clé #MoiAussi sur leur page Facebook, lundi matin. En s’identifiant comme des victimes de violence sexuelle, elles voulaient attirer l’attention sur l’ampleur du problème.

« J’ai été poussée à mettre ça sur Facebook, comme survivante d’agression sexuelle, pour faire réaliser aux gens à quel point c’est un immense problème », explique Christine Griffin. Avec cette publication sur Facebook, la jeune femme a annoncé à plusieurs de ses proches qu’elle avait été victime de violence sexuelle.

« On voulait montrer que l’affaire Weinstein est juste la pointe de l'iceberg. Je me suis posé la question de le faire ou pas, mais j’ai choisi de le partager pour faire prendre conscience aux gens que c'est quelque chose qui arrive à tout le monde », confie Mélanie Cleriot.

Elle croit également qu’il est nécessaire d’élargir le spectre de ce qu'on entend par violence sexuelle. « Pour beaucoup de gens, une agression sexuelle, c’est tout de suite un viol, mais le harcèlement verbal, quand t’es dans un bus et quelqu’un se rapproche de toi pour te frotter, c’est aussi une agression », dit-elle.

Et les hommes?

Des femmes, comme Amélie Bryar, espèrent que les mots-clés qui apparaissent en grand nombre sur les réseaux sociaux lanceront une discussion « chez les hommes ».

« J’aimerais que les hommes commencent à se parler entre eux et arrêtent d’être passifs face à ça. J’aimerais que ces conversations qui existent en privé entre femmes se rendent aussi dans la sphère publique », explique-t-elle.

Sur les réseaux sociaux, des hommes ont été nombreux à démontrer leur soutien à la cause en s’identifiant comme des alliés.

Dénoncer la violence, au-delà du mot-clé

Même si elle applaudit l’initiative, Christine Griffin, qui travaille également au Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick (RFNB), dénonce le fait que les victimes de violence sexuelle n’aient d’autre choix que de se tourner vers les réseaux sociaux pour faire entendre leur voix.

« Il faut que les femmes, entre elles, se mettent en garde contre certains hommes, parce qu’il n’y a pas d’autre système en place pour nous protéger, comme des institutions. Donc on doit le faire entre nous », dit-elle.

La directrice générale du Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick, Nelly Dennene, espère que ce mouvement permettra de souligner l’urgence de la création d’une politique provinciale et d’une stratégie pancanadienne.

« On a besoin de politiques, et on a besoin de politiques qui vont être en prévention et pas seulement en réaction. Un mot-clé peut ouvrir la conversation, mais après on a besoin que nos élus prennent acte de la conversation et prennent des actions », croit Nelly Dennene.

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