Pour la première fois en six ans, le nombre de personnes qui ont reçu une ordonnance d'opioïdes est en baisse au Québec. Selon les données de la Régie de l'assurance maladie, les médecins ont tendance à moins prescrire ce type de médicaments, qui peuvent créer une dépendance.

Un texte de Jean-Philippe Robillard

Jean-Patrick Reysset, 27 ans, souffre de douleurs chroniques au dos depuis plusieurs années. Cette douleur qui handicape sa vie le suit partout. Elle nuit à sa productivité au travail et l'empêche souvent de bien dormir la nuit.

Pour lui, les opioïdes sont devenus un mal nécessaire. « Ça fait en sorte qu'on peut avoir une vie un peu plus normale, quand les douleurs sont extrêmement présentes. »

Il y a un an, un médecin lui a prescrit une vingtaine de comprimés de Sepeudol, un opioïde, pour soulager sa douleur. Mais depuis, il n'arrive plus à s'en procurer, malgré ses maux de dos chroniques. « Il y a le mot qui se passe, de danger de dépendance, entre médecins, qui fait en sorte qu'ils ne prennent plus de risques avec ça. »

Mais Jean-Patrick Reysset ne serait pas seul dans cette situation. Selon la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ), le nombre de personnes qui ont reçu une ordonnance d'opioïdes a baissé de 1,1 % en 2017 dans la province. C'est la première fois en quatre ans que le Québec enregistre une telle baisse; 4374 personnes de moins ont eu accès à ce type de médicaments.

Le président du Collège des médecins, Charles Bernard, y voit un signe que la sensibilisation auprès de ses membres a porté fruit. « Les médecins sont beaucoup plus avisés, beaucoup plus conscients des risques, précise-t-il. Je pense que c'est un début qui nous indique qu'on est dans la bonne direction. »

Les médecins québécois ont eu tendance à moins prescrire de comprimés d'opioïdes en 2017, comparativement aux années précédentes. L'an dernier, les renouvellements d'ordonnance ont même baissé de 2 % par rapport à 2016.

Le Dr David Barbeau affirme qu'il hésite maintenant à prescrire des opioïdes, surtout à un patient qu'il rencontre pour la première fois, et qu'il limite les ordonnances « dans le temps et en quantité ».

Accès plus difficile aux opioïdes

Jean-Patrick Reysset connaît plusieurs personnes qui souffrent de douleurs chroniques comme lui et qui ont désormais de la difficulté à se procurer des opioïdes. Certains « ont l'impression que leur médecin les traite comme des toxicomanes, tandis que d'autres ne veulent prendre aucun risque, ne pas du tout être associés à un potentiel danger ».

D'ailleurs, le Collège des médecins entend poursuivre sa lutte contre les médecins qui prescrivent ce type de médicaments en trop grande quantité, parfois jusqu'à 3000 comprimés par mois pour un seul patient.

Après des années d'attente, le président du Collège, Charles Bernard, dispose à présent d’un nouvel outil pour épingler les médecins fautifs : il a accès aux données informatiques du Dossier santé Québec.

« On aura maintenant les statistiques, dit-il, pas uniquement les prescriptions de la RAMQ, mais de tous les médecins et de tous les patients qui ont des prescriptions d'opioïdes, donc on pourra faire une meilleure surveillance. »

Le syndic du Collège des médecins mène actuellement des enquêtes sur des médecins qui ont prescrit des opioïdes de façon inappropriée à des patients.

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