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Moins de boeuf, plus de poulet : voici ce qui a changé dans votre assiette en 50 ans

Jadis un classique des repas, le boeuf accompagné de pommes de terre a été détrôné dans l'assiette des Canadiens par le poulet avec du riz. Et ce n'est qu'un des changements survenus en un demi-siècle dans les habitudes alimentaires, selon une analyse de CBC.

Pour mener son étude, CBC a d'abord compilé les données de Statistique Canada sur l'ensemble des produits offerts par les détaillants depuis 1960, pour ensuite diviser le poids total de ces aliments par le nombre de personnes vivant au pays.

L'exercice ne montre pas quelle quantité de nourriture a été consommée, mais plutôt l'ensemble de l'offre alimentaire avant les rebuts et le gaspillage. À noter qu'en moyenne, chaque Canadien jette près de 170 kilogrammes de nourriture par an.

Comme l'offre tend à suivre la demande, les changements successifs de ce qui a été offert aux Canadiens donnent un indice de leurs préférences, au fil des décennies.

« C'est un indicateur indirect des tendances en consommation », dit Evelyn Park, une analyste à Statistique Canada qui étudie les données sur l'alimentation.

L'alimentation : un miroir des changements de la société canadienne

En fait, les goûts alimentaires au pays ont changé d'une manière qu'on n'aurait pu imaginer dans les années 60 en raison de la diversité croissante de la population, des changements dans les habitudes en matière de santé et dans la chaîne mondiale d'approvisionnement alimentaire.

Les données colligées par CBC montrent que, pour la majeure partie des 50 dernières années, les pommes de terre ont constitué la plus importante source de glucides des Canadiens. En moyenne durant cette période, chaque personne a consommé environ 70 kilogrammes de pommes de terre.

Toutefois, durant les années 2000, la farine de blé a gagné en popularité. Désormais, la pomme de terre et la farine de blé sont ex aequo sur le marché et ces deux denrées sont en baisse de popularité.

De manière générale, les Canadiens ont mangé de moins en moins de pommes de terre depuis les années 30, selon Malek Batal. « Cela illustre à quel point le repas typique des Canadiens a changé », affirme le professeur de l'Université de Montréal.

Les changements démographiques, tels que l'immigration provenant de l'Asie, peuvent expliquer un autre changement dans la consommation des glucides. En 2004, le riz a devancé le maïs comme troisième source en importance de glucides, quoique loin derrière les pommes de terre et la farine de blé.

Le boeuf détrôné par la volaille

Les années 70 furent l'âge d'or du boeuf avec une offre de près de 37 kilogrammes par personne. Aujourd'hui, l'offre est de moins de 18 kilogrammes et cette proportion continue de baisser, semble-t-il.

Ce que le boeuf a perdu, le poulet l'a gagné : il y a 25 kilogrammes de poulet et de dinde pour chaque Canadien, désormais. Ce sont les viandes les plus populaires.

« Le boeuf est la protéine de choix et il est très cher, affirme Sylvain Charlebois, doyen de la Faculté de gestion de l'Université Dalhousie à Halifax. Professeur spécialisé dans la distribution et la politique alimentaires, M. Charlebois soutient que ce n'est pas seulement le prix du boeuf qui décourage les consommateurs.

« Je ne me souviens pas d'une seule étude encourageant les gens à manger plus de boeuf, dit-il. Il y a des enjeux liés à l'environnement et à la santé en ce qui concerne le boeuf. »

La banane, « produit parfait »

Voilà bientôt deux décennies que la banane a supplanté la pomme au sommet de l'offre alimentaire en matière de fruits. Pourtant, il n'est pas possible de cultiver la banane au nord du Guatemala, alors que la pomme est cultivée au Canada.

« L'offre de bananes est constante tout au long de l'année et ce fruit est moins cher [que la pomme] », soutient Malek Batal.

D'autres facteurs jouent en faveur de la banane, selon Sylvain Charlebois : « C'est le produit parfait, explique-t-il. Il est doté d'une enveloppe naturelle, donc il n'y a pas de problème de sécurité alimentaire. De plus, il se transporte aisément et peut être consommé rapidement ».

M. Charlebois ajoute que le vieillissement de la population peut aussi expliquer pourquoi la banane est si appréciée. « Les pommes peuvent être difficiles à manger pour les gens âgés », avance-t-il.

Salade un jour, salade toujours

Les légumes offerts en plus grande quantité sur le marché ont peu changé en 50 ans : tomates, carottes, laitue et oignons. Ces denrées de base pour une salade dominent les légumes proposés sur les tablettes des supermarchés.

D'autres légumes se sont taillé une popularité plus modeste : épinards, asperges, brocoli et rapini.

Un café s'il vous plaît

Longtemps en tête de palmarès, la bière occupe maintenant la deuxième place des boissons offertes aux Canadiens. Nous vivons à l'ère du café, popularisé par des chaînes telles que Tim Hortons, Starbucks et Second Cup.

Entre 1990 et 2004, pourtant, la domination était celle des boissons gazeuses. Elles ont perdu depuis en popularité, les consommateurs les ayant délaissées pour des raisons de santé.

« Les compagnies de boissons gazeuses se tournent vers les pays en développement maintenant, fait remarquer Malek Batal. Elles ont compris que le marché [ici] a atteint un plateau et que leur croissance doit se faire ailleurs. »

Ce qui est en croissance au Canada, c'est le vin. Il y a 10 ans, l'offre de vin a supplanté celle du jus d'orange. Une situation qui s'explique par la globalisation des marchés, certes, mais aussi par le fait que le Canada devient lui-même un meilleur producteur de vin, de dire Sylvain Charlebois.

« Beaucoup de recherche est faite pour que l'industrie canadienne du vin soit bien soutenue, explique-t-il. Nos vignobles ont un meilleur rendement, et ici, en Nouvelle-Écosse, plus de gens boivent du vin produit localement. »

Seul le père Noël se voit encore offrir du lait...

Dans les années 60, il y avait sur le marché plus de 70 litres de lait entier pour chaque Canadien. De nos jours, cette proportion a chuté à 10. La préoccupation autour du gras n'explique pas à elle seule ce déclin, puisque même l'offre de lait à 2 et 1 % de gras est en baisse.

Les Canadiens qui accompagnent leur repas d'un verre de lait sont de moins en moins nombreux, selon Malek Batal : « Il y a eu des changements dans les habitudes alimentaires ».

Moins friands de lait, les consommateurs sont aussi plus circonspects face au gluten. Lait et gluten en défaveur : telles sont les plus fortes tendances alimentaires de la dernière décennie.

Des substituts comme le lait de soya ou d'amande sont venus gruger la portion de marché que détenait le lait, affirme Evelyn Park de Statistique Canada. Statistique Canada ne dispose pas de statistiques à cet égard. Toutefois, un coup d'oeil du côté du marché américain nous donne une idée du phénomène.

Aux États-Unis, entre 2011 et 2014, les ventes de lait d'amande ont augmenté de 250 %, alors que les ventes de lait ont chuté de 7 %.

Canneberges et bleuets : vive les antioxydants

Depuis 1980, de nouvelles tendances émergent. Par exemple, les canneberges et les bleuets qui n'étaient offerts qu'à raison d'un tiers de kilo par Canadien sont maintenant considérés comme des superaliments remplis d'antioxydants : il y a plus de deux kilogrammes sur le marché pour chaque Canadien.

« De produit [fruit frais] qu'elle était autrefois, la canneberge est maintenant considérée comme un ingrédient, dit Sylvain Charlebois. Beaucoup de produits connaissent pareil cycle : ils deviennent des ingrédients qu'on peut ajouter à d'autres produits comme les tartes, les sauces et les jus. »

La population canadienne consomme aussi davantage de fromages raffinés : il y a maintenant 8 kilogrammes offerts pour chaque consommateur par rapport à seulement 0,6 kilogramme en 1960.

Parmi les autres produits ayant connu une formidable poussée figure la crème de table, avec une croissance de l'offre équivalant à 1230 % en litres par personne depuis 1980. Le yogourt suit la crème de près.

« Les sous-produits du lait ont connu une hausse de popularité, confirme Sylvain Charlebois. La tendance veut que les gens apprécient de nouveau les gras naturels. »

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