Retour

Mon AVC : récit d'un journaliste qui a traversé cette épreuve

Un journaliste de Radio-Canada raconte le jour où une bombe a explosé dans son cerveau, mais surtout tout ce qui a suivi. L'occasion parfaite pour lui de démystifier les accidents vasculaires cérébraux (AVC), et leurs impacts à court, moyen... et long terme.

Un texte de Michel Labrecque à Désautels le dimanche

Le 11 janvier dernier, j'ai eu une douleur violente à la tête. Je n'ai pas compris ce qui m'arrivait. Heureusement, ma conjointe, elle, a compris. J'ai été frappé comme la foudre par un AVC. Ce fut un choc totalement inattendu. Et le début d'un périple de plusieurs mois, qui a connu un dénouement plutôt heureux. Jusqu'à maintenant du moins.

Je vous entends déjà me dire : « Qu'est-ce qui vous prend de nous raconter votre histoire? Vous n'êtes pas journaliste? D'habitude, vous racontez les histoires des autres, non? »

Vous avez raison. Sauf qu'il arrive exceptionnellement que la meilleure façon de parler d'une réalité soit de partir de notre propre expérience. Alors, voici l'histoire.

1. L'explosion...

Mon AVC est arrivé de nulle part au retour d'un périple familial à Québec. Ma conjointe et mon fils m'ont immédiatement conduit à l'hôpital. Je suis alors inconscient, et je suis paralysé de tout le côté droit.

Quand l'AVC arrive, des régions de votre cerveau peuvent littéralement s'éteindre. Et le temps est un facteur majeur. Chaque minute, on perd près de 2 millions de neurones (sur 100 milliards). Heureusement, mes proches ont réagi très rapidement.

2. Le sauvetage

À l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont, je reçois un premier traitement : la thrombolyse. On injecte un médicament très puissant pour dissoudre le caillot. Dans près de 40 % des cas, les patients récupèrent intégralement grâce à cette intervention. C'est un progrès important.

Malheureusement, ça n'a pas fonctionné pour moi. Me voici donc dans une ambulance à destination de l'Hôpital Notre-Dame, le grand centre de neurologie vasculaire francophone de Montréal. On y perfectionne depuis plusieurs années un autre traitement plus complexe : la thrombectomie. Une technique de haute voltige, qui consiste à se rendre dans les artères de mon cerveau à l'aide d'un cathéter et de ballonnet pour aller retirer le caillot qui a migré loin dans mon cerveau.

À gauche, une bonne partie du cerveau n'est plus alimentée en sang. À droite, une fois le caillot retiré, le sang circule de nouveau. Photo : CHUM

C'est toute une équipe qui a œuvré intensément à tenter de limiter les dégâts.

Le Dr Alain Weill est le neuro-thrombo-interventionniste qui s'est rendu aux confins de mon cerveau. « Parce qu'on a pu rouvrir l'artère du cerveau qui était bloquée et qu'il était tôt, on a pu intervenir de façon positive », dit-il.

Le neurologue vasculaire Sylvain Lanthier était là aussi, parce qu'il y a toujours des décisions très rapides à prendre. Je ne le savais pas, mais j'étais entre bonnes mains. L'équipe du CHUM a une réputation internationale et accueille souvent des médecins étrangers.

Dr Alain Weill Photo : Radio-Canada/Michel Labrecque

3. Que reste-t-il de moi?

Après une douzaine d'heures, je commence à émerger. « Franchement, il fallait avoir beaucoup d'espoir pour croire que tu pouvais redevenir comme avant », raconte aujourd'hui ma conjointe, Chantal Srivastava.

Difficulté à me déplacer, problèmes de mémoire et de langage. « On voyait que tu étais là, mais tu cherchais beaucoup tes mots », ajoute mon fils François.

Quand vous avez un AVC et que vous en avez conscience (car beaucoup sont trop affectés pour avoir ce luxe), vous vous demandez vite quelle zone de votre cerveau a été touchée : vais-je pouvoir parler? Marcher? Voir comme avant? Certaines victimes d'AVC changent aussi de personnalité.

J'amorce alors ma vie après l'AVC. C'est une sensation étrange. Ce n'est pas tant la douleur que la sensation d'avoir été dévasté. Et la fatigue n'est jamais loin.

Sauf que, dans les jours qui suivent, mes progrès sont fulgurants. Le langage revient, la motricité aussi. Pas complètement, mais de façon significative et je peux amorcer une sorte de retour à la vie.

4. Revenir de loin...

Au bout d'une semaine, je quitte Notre-Dame pour l'hôpital de réhabilitation Villa Médica. Me voici entouré et défié par un groupe de spécialistes qui m'analysent sous tous les angles.

C'est aussi ici que je peux constater au quotidien les conséquences d'un AVC. Mes nouveaux compagnons de vie sont parfois en fauteuil roulant, d'autres ont des membres immobiles et/ou des problèmes de langage.

Dans mon cas, il y a du travail à faire, mais je constate ma chance. Mon évolution positive se poursuit. Bien sûr, pour un journaliste radio, la maîtrise de la mémoire et du langage sont fondamentaux.

L'orthophoniste Guylaine Trudeau Photo : Radio-Canada/Michel Labrecque

L'orthophoniste Guylaine Trudeau m'a suivi pendant plusieurs mois. Et m'a poussé au maximum de mes capacités pour reconnecter tous mes réseaux. Nous avons aussi beaucoup parlé. Ça faisait partie de ma réhabilitation. « Vous êtes ma paye émotive, parce que vous êtes un des rares qui a pu reprendre le travail », a-t-elle fini par me dire.

Guylaine Trudeau m'a aussi raconté les efforts héroïques que doivent faire de nombreuses victimes d'AVC, qui doivent réapprendre à parler, à écrire, etc. « De grandes leçons de vie », dit-elle. 

5. Secousses intérieures

Après un mois à Villa Medica, je rentre à la maison. Je continue à y aller en externe. Je suis encore très loin du retour au travail, mais c'est bon d'être chez soi, de recommencer à cuisiner, à faire du sport, etc. Mais c'était sans compter un deuxième tsunami imprévu qui a surgi de façon aussi imprévue que le premier.

Cette fois-ci, c'était psychologique. Il y a eu des maux de tête, qui m'ont rappelé le seul avertissement que j'ai eu avant l'AVC. Je retourne à l'urgence de Notre-Dame. C'est une fausse alerte, mais on dirait qu'une anxiété profonde s'est emparée de moi. La crainte d'un deuxième AVC me secoue de façon irrationnelle. Me voici en plein stress post-traumatique. Oppressant et épuisant.

Dr Sylvain Lanthier Photo : CHUM

Je l'ignorais, mais je suis normal. C'est le neurologue vasculaire Sylvain Lanthier qui me le dira : « L'AVC, c'est comme une agression. C'est comme si quelqu'un vous sautait dessus. Il y a un impact psychologique épouvantable. »

Même quand on n'a pas de séquelles physiques, il y a donc des séquelles psychologiques. Plusieurs vivent des périodes d'anxiété, voire de dépression. Il m'a fallu plusieurs semaines de travail sur moi et d'aide psychologique et médicale pour sortir de cette autre tempête.

6) Aujourd'hui... la vie

Mais petit à petit, la vie l'a emporté sur la peur, et elle a repris le dessus.

J'ai recommencé la plupart de mes activités. J'ai repris graduellement le travail, le sport, et les belles choses de la vie. Il y a même une période d'euphorie, où on trouve tout formidable : le bleu du ciel, le goût des fruits, etc.

Au bout du compte, j'ai eu beaucoup de chance dans ma malchance. Suis-je le même? Oui, mais quand même, j'ai reçu un très sérieux avertissement. On ne peut rester le même quand on est passé à côté de la mort. J'ai changé certaines habitudes de vie, et j'accepte dorénavant mon statut de personne vieillissante. J'ai été un « vieux jeune » pendant longtemps. Je suis désormais un « jeune vieux ».

Et bien sûr, tout va plutôt bien, mais je reste aux aguets. Je suis encore en train de vérifier s'il me manque des habilités ou si certaines ont diminué.

Et bien sûr, je suis très reconnaissant envers mes proches, qui m'ont soutenu dans tous les sens du terme. Et à cette équipe incroyable du CHUM et de Villa Medica qui m'a donné une seconde vie.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Un avion s'écrase dans un arbre





Rabais de la semaine