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Moratoire symphonique? Pas pour Elvis Experience

CRITIQUE – Doit-on continuer de napper de cordes et de nouveaux arrangements symphoniques des chansons populaires immortelles qui n'en avaient nullement besoin dans leur forme première? La question me hante depuis des années et le concert Elvis Experience Symphonique à la Place Bell, vendredi à Laval, semblait être un bon endroit afin de trouver une ébauche de réponse.

En fait, la question me turlupine depuis la parution de l’album If I Can Dream, Elvis Presley with the Royal Philharmonic Orchestra à la fin de 2015, exercice de style vraiment pas très convaincant qui a lancé une affreuse mode.

L’an dernier, il y a eu A Love So Beautiful: Roy Orbison with the Royal Philharmonic Orchestra. Pourquoi concocter de nouveaux arrangements à Crying, It’s Over, Loves Hurts et Running Scared qui en ont déjà? Et de très jolis, en plus. Puis ce fut Elvis Christmas with the Royal Philarmonic Orchestra. Vous n’avez pas idée comment j’ai hurlé dans un magasin de disques à l’écoute de la nouvelle version de Santa Claus Is Back in Town. Et, finalement, A Brand New Me: Aretha Franklin with The Royal Philharmonic Orchestra. Celui-là, c’est le pire du lot.

Notez bien, chaque fois, c’est le même orchestre et la même compagnie de disques. On comprend qu’à notre époque où la musique ne se vend plus, on cherche des combines pour recycler une fois encore les répertoires des artistes de légende, mais quand même…

Intégration sans heurts

Martin Fontaine, son groupe et l’Orchestre symphonique de Québec (OSQ) qui font du Elvis, ça, c’est autre chose. Premièrement, on ne prend pas des chansons enregistrées en 1957, en 1968 ou en 1972 auxquelles on intègre des éléments symphoniques. L’apport des cordes dans la musique d’Elvis était présent avant les premiers spectacles à l’International Hotel de Las Vegas de la période 1969-1976 sur laquelle repose Elvis Experience Symphonique. Il suffit d’écouter certains enregistrements studio du début des années 1960 ou le Comeback Special de 1968.

De plus, l’OSQ n’est pas présent en permanence lors des 38 chansons de ce généreux concert. Pas d’orchestre donc pour Proud Mary, Little Sister et One Night, ni pour Johnny B. Goode.Par moments, Fontaine reproduit tellement bien les spectacles des années 1970 d’Elvis, que l’on se croirait dans une production The Musical Box qui reprend à l’identique une tournée de Genesis.

La gestuelle, les déhanchements, les poses de karaté, les présentations des musiciens et même les blagues d’Elvis. Dans ce dernier cas, je ne suis pas sûr qu’il soit nécessaire de saboter certaines phrases de Don’t Be Cruel et de Love Me Tender comme le faisait parfois le King.

Ce mimétisme poussé à l’extrême n’est pas essentiel, mais il a le mérite de présenter la fusion entre la pop, le rock et la musique classique comme elle était faite à cette époque. L’OSQ a enrobé d’arrangements discrets Welcome To My World, Love Me Tender (étonnante avec cordes), Fever et I Just Can’t Help Believin’, il a donné du tonus où il le fallait à You Gave Me a Mountain, You Don’t Have To Say To Love Me et My Way et il a fait sauter la baraque avec What Now My Love et An American Trilogy.

La surcharge

En revanche, il a surchargé Don’t Cry Daddy, In the Ghetto et Kentucky Rain, péchant par le même excès que sur les disques que je nommais plus haut. Pas sûr que cette surenchère d’instruments (80 musiciens) qui mène à un volume surélevé aide la cause de Fontaine qui semble peiner, ici et là.

Ce dernier, dont le timbre était identique à celui d’Elvis dans 95 % des chansons dans les premières années d’Elvis Story, l’est un peu moins de nos jours sur certaines chansons. Disons qu’il était loin de la cible pour The Wonder of You

Est-ce l’âge? Mine de rien, Fontaine aura 54 ans cette année. En revanche, comme cela fait 23 ans qu’il incarne Elvis, ça lui permet d’être fidèle au modèle d’origine au point que les spectatrices se précipitent à l’avant-scène lors de la distribution des foulards lors de l’interprétation impeccable de Love Me.

Poignées de mains, bises, salutations et distributions de toutous – durant Teddy Bear et Houng Dog –, rien n’est laissé au hasard. Même les musiciens sont grimés pour ressembler au groupe d’origine (James Burton, Jerry Scheff, Ronnie Tutt, John Wilkinson).

Cette fois, Fontaine a enrobé – c’est le cas de le dire – son plus récent spectacle d’un vernis différent. Et fort bien, dans l’ensemble. Au point de répondre indirectement à ma question de départ.

Oui, c’est décidé. J’exige un moratoire sur les disques de chansons populaires immortelles auxquelles on ajoute artificiellement de nouveaux arrangements symphoniques. Mais sur scène, je donne encore et toujours la chance au coureur de me montrer que ça fonctionne. Half Moon run l’a fait l’an dernier et Elvis… pardon, Martin Fontaine et l’OSQ viennent de le prouver encore une fois vendredi soir.

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